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Pourquoi "Roses" de SAINt JHN cartonne enfin quatre ans après sa sortie ?
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"Roses" de SAINt JHN
"Roses" de SAINt JHN

Pourquoi "Roses" de SAINt JHN cartonne enfin quatre ans après sa sortie ?

Au milieu des tubes de The Weeknd, Naps, Ninho et Drake, un titre vieux de quatre ans vient d’arriver dans le top 3 du classement single en France : "Roses" de SAINt JHN. Ou pour être exact, son remix par un DJ kazakh. Retour sur ce drôle de parcours.

C’est un peu la même valse depuis le confinement dans le classement hebdomadaire des singles réalisé par le SNEP. Un jeu de chaises musicales entre The Weeknd (de nouveau premier du classement cette semaine avec Blinding Lights), Ninho (redescendu à la 2e place avec Lettre à une femme), Soolking, Naps, Jul, Drake… Pourtant, au milieu de ces têtes d’affiche, un autre nom se maintient dans le top 10 depuis bientôt un mois : SAINt JHN (pour “Saint John”, son nom de famille) et son morceau Roses. Ou pour être exact, son remix electro signé par Imanbek, DJ et producteur… kazakh. Une alliance curieuse qui a permis à ce titre sorti en 2016 de connaître une deuxième vie. Au point d’être numéro un dans plusieurs pays (Royaume-Uni, Irlande, Australie), et d’avoir décroché, chez nous, une certification de single de platine début avril.

SAINt JHN est un rappeur dandy, New-Yorkais d’origine guyanienne (du Guyana, pays sud-américain anglophone) qui se revendique tout autant rappeur, chanteur que modèle. Il a été engagé par la marque Gucci pour une de leurs dernières campagnes. Cela fait déjà dix ans qu’il sort de la musique, d’abord sous son propre nom, Carlos St. John, puis sous son pseudo actuel. Il a longtemps été auteur pour d’autres, notamment pour Usher sur son album Hard II Love (Crash, Rivals). Ses projets Collection One et Ghetto Lenny’s Love Song racontent une vie de débauche, de fête discontinue, d’aventures amoureuses plus ou moins heureuses. C’est d’ailleurs le sujet de Roses : il y raconte sa rencontre avec une fille lors d’une soirée, pense en faire “sa femme pour l’hiver” avant d’imaginer inviter tous ses potes à la fête et de proposer aux strip-teaseuses de danser pour eux. Quel rapport avec les roses dans tout ça ? “J’adore les roses, ce sont des fleurs délicates et belles, et j’adore les roses”, expliqua le chanteur dans une interview en 2018. “Elles sont associées à l’idée de cadeaux aux femmes. Mais moi, je m’achète des roses à moi-même. Je n’ai pas attendre que tu me dises que tu m’aimes, j’ai besoin de m’aimer moi-même. Si tu ne m’aimes pas, je ferai avec, mais si je ne m’aime pas, je ne m’en sortirai jamais”. Roses est donc une chanson qui célèbre le plaisir égoïste et personnel.

Avec sa musique hybride, mêlant influences trap, r’n’b, pop, rock, SAINt JHN ne rentre pas vraiment dans une case musicale prédéfinie. Son surnom de “Ghetto Lenny” est un clin d’œil à la star du rock Lenny Kravitz, que SAINt JHN a invité sur l’un des titres de son dernier album. L’an dernier, il a collaboré avec Beyoncé et Wizkid pour Brown Skin Girl, titre afropop présent sur la bande originale du remake de Roi Lion. Il vient de poser aux côtés du rappeur anglais Giggs sur Been Thru This Before, un morceau co-produit par le producteur électronique Marshmello et le producteur rap Southside. Il n’a donc aucun problème a embrassé le succès du remix de Roses par Imanbek, DJ jusqu’alors inconnu, sur qui la seule source d’informations est un topic sur Reddit : il aurait peine 19 ans, vivrait encore dans son village au nord du Kazakhstan et aurait appris à utiliser le logiciel de création musicale FL Studio grâce à des tutoriels sur Youtube, comme d’autres jeunes musiciens partout dans le monde. “Il a vraiment donné un second souffle au morceau”, reconnaît SAINt JHN au magazine Billboard. “Je crois que ma chanson marchait bien en Russie, il l’a entendu, et en a fait sa propre version. Il mérite qu’on l’applaudisse, vraiment. Il en a fait un hit. J’vais pas mentir : c’est pas un truc que je visais forcément. Mais mon ambition c’est d’être numéro 1, ou que ce soit. Donc que ce morceau soit numéro 1 [dans le classement musique électronique], c’est un beau cadeau”.

Qu’est-ce qui explique le succès de cette version remixée ? Très probablement son tempo plus élevé, sa rythmique binaire entraînante et sa basse entêtante, bien plus prompts à faire danser que l’instrumental trap et sombre de la version originale. Surtout, plus que jamais en cette période de confinement, c’est la viralité qui garantit le succès du morceau : il est parfait pour TikTok, le réseau social de micro-vidéo où les utilisateurs se filment en train de danser. Mais d’après le magazine Rolling Stone, c’est sur le concurrent de TikTok, Snapchat, que le morceau cartonne le plus, grâce à un filtre dans lequel est directement incluse la chanson. Piqués par la curiosité, les utilisateurs et spectateurs de cette vidéo utilisent Shazam, l’application de reconnaissance musicale. Résultat : en France comme dans le monde, le titre est le plus “shazamé”, selon le classement produit par l’application, devant les singles de The Weeknd et Drake. Car si on peut facilement deviner qu’ils sont les interprètes respectifs de Blinding Lights et Toosie Slide, la voix de SAINt JHN, déjà moins connue du grand public, est encore plus difficilement identifiable dans cette version remixée. Et en effet boule de neige, les curieux peuvent aller écouter le titre sur les différentes plateformes de streaming. Si pour le moment, le morceau rencontre un succès modeste dans son pays (22e au classement général, 1er au top musique électronique), son succès international pourrait bien le pousser un peu plus haut. Et détrôner Drake, The Weeknd, ou même Ninho chez nous ?