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Pourquoi le rap français n’a plus rien à envier au rap US
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Laylow - photo court métrage
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Pourquoi le rap français n’a plus rien à envier au rap US

Rap Français VS Rap US : une comparaison qui a encore du sens ?

« En retard », « Peu innovant » et parfois même « copieur » : depuis son installation dans la culture populaire dans les années 90, le rap français n’a cessé d’essuyer les comparaisons avec son homologue nord-américain. Encore aujourd’hui, certaines critiques envers la scène francophone continuent de tracer un parallèle entre les deux pays comme pour souligner les « lacunes » de l’héritier français du genre. Pourtant, à l’heure ou les frontières du rap ne cessent de se redéfinir et de faire éclore des artistes à l’identité propre et originale des deux côtés de l’atlantique, tracer un parallèle entre les deux scènes ne semble plus tellement avoir de sens. Focus sur une comparaison trop entendue et son lot d’arguments discutables.

"Le rap US est en avance"

Il est vrai, les artistes US ont longtemps eu une longueur d’avance sur la scène française. Entre la naissance de la Trap à Altlanta ou de la Drill à Chicago, les genres qui animent aussi la scène française sont très souvent originaires des états américains. Avec des flows novateurs, des constructions de morceaux originales et des refrains impactants, les rappeurs américains ont longtemps dicté les codes du genre à leurs homologues de l’étranger, y compris les français. A tel point qu’il était souvent coutume de dire que le rap français avait 10 ans de retard sur le rap US. Alors depuis une chose est certaine : cet écart semble s’être considérablement réduit, comme peut en témoigner le mouvements français DMV, apparu à la fin des années 2010 aux états-unis et popularisés en France en 2020 par des artistes comme Serane, 8Ruki Jwles ou Thahomey. Avec leur identité unique, ces artistes ont réussi à s’approprier l’énergie, l’assurance et les sonorités nord-américaines pour les adapter à une autre langue sans pour autant en dénaturer son essence. Mieux encore : ces héritiers du genre s’appuient sur les codes de la DMV pour en repousser encore plus les frontières, et ainsi, proposer un nouveau genre musical. C’est notamment ce dans quoi excelle Serane, rappeur parisien aux multiples connexions outre- atlantique, qui n’hésite pas à mélanger plugg et DMV, deux genre pourtant distincts, dans une musique tout à fait novatrice.

Alors si grâce aux réseaux sociaux et plateformes de streams le « retard » des français sur la scène état-unienne semble se réduire, un autre point subsiste : finalement, être en retard n’a absolument aucune incidence sur la qualité de la musique proposée. C’est vrai que le rap français s’inspire souvent des tendances nord-américaines, et donc, propose des contenus inspirés un peu après celles qui semblent déjà installées aux US. Et alors ? Si cet argument du « retard » dans la comparaison des deux scène rap est tout à fait récurrent, il ne peut être un moyen de discréditer la scène française : il semble difficile de catégoriser une musique comme « moins bonne » seulement sur le fait qu’elle ait une légère latence avec la scène US.

"Le rap français est moins créatif"

Si dans les années 90/2000, faire de la musique demandait un accès à un studio et un minimum de matériel d’enregistrement, les paramètres ont aujourd’hui changé.

Un simple ordinateur et un micro suffisent aujourd’hui à créer et partager sa propre musique à moindre coup. Véritable marqueur de ce phénomène, le premier confinement de 2020 a poussé toute une nouvelle génération à se tourner vers la création musicale, et ce, peu importe leur héritage musical et leurs influences. Et parmi cette nouvelle génération, un artiste s’est affirmé comme l’un des plus créatif de la scène francophone. Tout d’abord issu du rock et de ses sous- genres, Nyluu s’est affirmé l’année dernière avec son projet Nyluu In Paris comme l’un des artistes parmis les plus créatifs de la scène underground. Entre sonorités distordues, basses rondes et guitares électrisées, l’artiste chante ses peines et ses espoirs avec des mélodies tout à fait novatrices dans un style unique difficile à retrouver ailleurs, même chez nos confrères américains.

Avec ses morceaux détonants, Nyluu s’affirme comme un artiste parmi les centaines qui témoignent de la créativité de la scène française. Et ces propositions musicales décalées ne se limitent pas qu’aux scènes underground : dans les grands noms du rap francophone, nombreux sont celles et ceux qui s’efforcent de proposer une musique nouvelle. C’est notamment le cas de Jul , qui de part son charisme, son énergie et sa diversité musicale énorme s’affiche comme un artiste complet qui a su forger son propre style unique, seulement définissable par l’expression « à la Jul » et tellement particulier qu’il ne semble pas avoir d’alter-ego nord américain.

Devenu l’un des artistes les plus populaires du rap français en 2021, Laylow s’est lui aussi hissé en haut des charts en apportant une proposition musicale exceptionnelle : avec ses deux derniers albums Trinity et L’étrange Histoire de Monsieur Anderson, l’artiste à réussi à amener dans le rap français une musique aussi sincère que scénarisée, portée par une originalité certaine qui n’a d’égal dans le rap français…mais aussi dans le rap américain.

Et pour ceux qui s’affirment encore plus dans un style bien défini comme celui de Lomepal, autant influencé par la variété française que le rap de New-York ou le rock des Strokes, sa musique hybride condensé dans son dernier album en date « Jeannine » ne semble aussi n’avoir nul homologue dans le rap d’outre atlantique. Et finalement, tout ça semble assez logique : chaque scène possède ses propres artistes, et donc, ses propres particularités. Le rap américain continuera à faire éclore des talents qui ne trouveront de profil comparable à aucune autre scène rap à travers le monde, et la scène française, des artistes complets dont la musique ne ressemble à aucune autre.

Rien à envier

Alors finalement, comparer rap américain et rap français ne semble, aujourd’hui, ne plus avoir de sens. Premièrement, la taille des deux pays n’est absolument pas comparable : l’un s’étale sur plus de 4500 km de long et comporte près de 330 millions d’habitants tandis que l’autre voit son nord et son sud séparé de seulement 1000 kilomètres, et compte une population de 67 millions d’individus. Alors sur un territoire 17 fois plus petit, il est évident que la scène rap ne comporte pas autant de diversité musicale et de propositions que la scène américaine.

D’autant plus que sur un territoire aussi réduit, le public français semble être particulièrement présent lors des sorties d’album : véritable recordman de sa génération, Orelsan confirme par les chiffres de Civilisation, son dernier projet qui s’approche des 500 000 ventes en moins de 6 mois d’exploitation que le rap français comporte aussi de véritables mastodontes de l’industrie. Avec une direction artistique léchée et une stratégie de promotion tout à fait originale, les chiffres du plus gros vendeur de 2021 témoignent aussi de l’impact des artistes francophones qui dépassent les scores de certaines têtes d’affiches américaines : Gunna, l’un des rappeurs les plus écoutés des états-unis, vendait 150 000 copies de son album DS4ever en 10 jours tandis qu’Orelsan s’est hissé à plus de 160 000 ventes sur cette même période en France, un chiffre témoin de l’ampleur certaine des artistes français malgré leur audience numériquement plus restreinte.

Alors à la question : « Le rap français a-t-il encore quelque chose à envier au rap US », la réponse est non. Non parce que tout d’abord, la scène française possède aussi son lot de talents unique qui ne semblent pas avoir d’homologue américain de par leur singularité musicale.

Et non aussi et surtout parce que cette comparaison Rap Français / Rap US n’a finalement que peu de sens : comparer deux scènes nationales qui n’ont que très peu de points communs dans le but d’en choisir une « meilleure » ne semble pas être une réflexion vraiment utile pour le rap, qu’il soit américain ou français. Alors au lieu de nous demander quelle scène est la meilleure, concentrons-nous plutôt sur les talents qui composent ces deux scènes et les font vivre, et continuons d’explorer la musique de celles et ceux qui se chargent d’en repousser toujours plus les frontières.