MENU
Accueil
Pourquoi l’actu rap est-elle si calme en ce début d’année ?
Écouter le direct
Kaaris et Kalash Criminel - (photo : DR)
Kaaris et Kalash Criminel - (photo : DR)

Pourquoi l’actu rap est-elle si calme en ce début d’année ?

L’actualité du rap français est très calme en ce début d’année 2022. Quelles sont les raisons qui expliquent un tel immobilisme ?

Après une fin d’année spectaculaire marquée par les records d’Orelsan, l’explosion de Ziak et les retours dans les charts de nombreuses têtes d’affiche (Niska, Maes, Ninho, Rohff, etc), le rap français peine à redémarrer en ce mois de janvier 2022. Le seul blockbuster annoncé est l’album commun entre Kaaris et Kalash Criminel, prévu le 28 janvier. 

D’autres devraient marquer ce début d’année, qu’ils aient déjà teasé la suite (Vald), annoncé vaguement de belles choses (Sch, Dosseh, Deen Burbigo), ou soient restés secrets, mais jusqu’ici, l’actualité des sorties reste plutôt calme. Pourquoi l’effervescence de novembre-décembre 2021 a-t-elle subi un tel coup d’arrêt ? 

La période propice aux sorties est derrière nous

La période qui s’étend de septembre à décembre est toujours faste en grosses sorties, étant donné que les évènements s'enchaînent. La fin de l’été et la rentrée appellent la nouveauté ; le mois d’octobre est celui des rappeurs qui ont justement voulu éviter le rush de septembre ; et novembre-décembre sont idéals pour capitaliser sur les fêtes de fin d’année, vendre des albums ou du merchandising à Noël, et annoncer une tournée pour l’année suivante. Forcément, le soufflet retombe en janvier, le mois de la détox, des résolutions éphémères et des soldes. 

Les gros noms sont déjà sortis

Beaucoup de têtes d’affiche ont eu une actualité chargée au deuxième semestre 2021, il est donc logique que ces noms manquent à l’appel en début d’année : Lacrim, Maes, Niska, Rohff, Ninho, Orelsan, PLK, Leto, Jul, Guy2Bezbar, Koba LaD, Gims … Une fois que l’on retire tous ces artistes des potentielles sorties, il est donc logique que l’actualité soit moins chargée. Attention tout de même, certains sont hyperproductifs (Jul) et pourraient rapidement enchainer, d’autres n’ont publié que des rééditions, ce qui ne ferme pas la porte à l’arrivée prochaine de projets inédits. 

Les modèles actuels privilégient une date de sortie annoncée au dernier moment

A l’heure actuelle, peu de projets sont annoncés au mois de janvier, mais ça ne signifie pas que rien ne sortira. Contrairement au modèle longtemps en vigueur, avec annonce de la date des mois en amont, puis publication de plusieurs clips et extraits avant la sortie, la tendance est à la sortie au dernier moment. 

On pense évidemment à Vald, qui n’a encore donné aucune précision et qui n’est même pas encore certains d’intégrer les 5 inédits de décembre à la tracklist, et qui pourrait très bien débarquer sur les plateformes du jour au lendemain. Possible également qu’un nom que personne n’a évoqué jusqu’ici publie un clip le jeudi à 18h avant de balancer un album dans la foulée à minuit, à l’image d’1PLIKE140, qui a déboulé sur les plateformes cette nuit sans prévenir.  

Les albums festifs sont mis au frais en attendant une période moins anxiogène

En assumant de plus en plus d’être un divertissement, le rap français a offert ces dernières années des albums de plus en plus festifs et ensoleillés sur le plan des sonorités. La France actuelle étant plus préoccupée par la pandémie de covid, les débats sur les vaccins, la misère sociale, ou les discours d’Eric Zemmour, l’ambiance générale n’est pas vraiment à la fête. On peut donc imaginer que des artistes ayant surtout pour but de faire danser les foules préfèrent patienter en espérant un climat un peu plus serein dans quelques mois. 

On n’a pas encore décuvé dans les maisons de disques

Les fêtes de fin d’année ont été l’occasion de se lâcher après une année difficile : non-respect des gestes barrière, excès de gras et de sucre, alcool qui coule à flot … Un petit laps de temps est donc nécessaire pour que chacun retrouve ses esprits, d’autant qu’il y a peut-être des stocks de champagne à terminer dans les labels qui ont fait des gros scores en fin d’année (3ème bureau et Rec.118, on vous voit). 

Les têtes d’affiche font le choix de la rareté

Pendant longtemps, deux modèles se sont opposés : l’hyperproductivité (la stratégie Jul, Kekra, Ninho) face à la rareté (la stratégie Orelsan, PNL, Nekfeu). Si Jul est resté fidèle à son rythme effréné, la majorité des têtes d’affiche ont désormais tendance à espacer au maximum les sorties, espérant ainsi créer l'événement lors de leur retour dans les bacs. On peut donc comprendre que même des artistes sortis au premier semestre 2021 (Sch, Damso, Sofiane, Soso Maness …) ne se précipitent pas. 

Les rappeurs n’ont plus envie de rapper

L’ère du streaming ressemble à un nouvel âge d’or pour le rap français : les certifications pleuvent, les maisons de disques signent le premier freestyleur venu, la scène indépendante réalise des chiffres spectaculaires, et la réussite de profils atypiques pousse à la créativité artistique à la prise de risques. En bref, tout va bien pour tout le monde, la vie de rappeur est belle, l’argent circule. Seulement, quand tout le monde peut manger voire se gaver, plus personne n’a faim. Qu’ils profitent des fêtes à Dubaï ou qu’ils dévalisent les boutiques de luxe sur les Champs-Elysées, nos rappeurs n’ont peut-être plus rien à raconter. 

On a peur d’un nouveau confinement

Les écoutes et ventes d’albums avaient logiquement chuté en mars 2020, à l’époque du premier confinement. Un nouveau confinement étant vaguement évoqué dans les médias qui prennent leurs sources au PMU du coin, l’incertitude règne dans le monde de la musique. 

Entre les tournées reportées et les concerts annulés, il est difficile d’anticiper, même à court-terme. Les mesures prises par les autorités évoluent elles aussi très régulièrement, tout le monde cherche donc à s’adapter en fonction de la situation. Dans ces conditions, on comprend que certains artistes préfèrent patienter en espérant un retour à la normale.