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Pourquoi Frenetik est la sensation du moment
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Frenetik - shooting promo (Julien Jansens, compte Insta : Judejans)
Frenetik - shooting promo (Julien Jansens, compte Insta : Judejans)

Pourquoi Frenetik est la sensation du moment

Phénomène du moment, Frenetik sortira le 22 janvier son premier projet définitif, Jeu de Couleurs. Portrait d’un rappeur sur qui il va falloir compter en 2021.

L’évolution des tendances dominantes dans le rap français depuis trente ans a poussé les artistes à s’adapter et travailler différemment au fil du temps. S’il fallait surtout savoir kicker et performer dans les années 90, il a ensuite été nécessaire de se diversifier, de savoir incarner un univers, puis d’apprendre à chanter et enjailler les foules. Aujourd’hui, il ne suffit plus d’être bon dans un seul domaine : un rappeur complet doit savoir maîtriser chacun des éléments en question pour mettre toutes les chances de son côté. Aussi brutal dans son interprétation que subtil dans ses textes, capable de rapper sèchement comme de se laisser aller sur des ambiances plus porteuses, la nouvelle sensation bruxelloise Frenetik se présente comme le prototype du rappeur moderne. 

Considéré par de nombreux observateurs comme l’un des noms à suivre de très près au cours des prochains mois, Frenetik s’impose naturellement comme un profil inévitable. Son passage chez Colors, sa signature chez Sony, son premier projet définitif : le belge est en train de valider une à une chacune des étapes de la progression d’une potentielle nouvelle tête d’affiche. On fait le point sur l’évidence de sa montée en puissance et les raisons pour lesquelles existe un tel enthousiasme autour de son début de carrière. 

Un rappeur concret qui sait performer

Comme d’autres profils à la visibilité grandissante ces derniers mois, Frenetik a construit sa réputation sans réellement chercher la lumière, avec la fameuse stratégie “qualité en guise de promo” décrite récemment par Alpha Wann. Plutôt que d’envoyer des singles au format radiophonique, de miser sur les featurings avec des noms plus gros que le sien, ou de s’engager dans des campagnes promotionnelles intensives, le belge a préféré envoyer du gros bois tout au long de l’année 2020. Un EP (“Brouillon”) et quelques apparitions plus tard, Frenetik s’est imposé comme un profil concret, capable d’écrire des textes solides et de rapper brutalement. Rien qui ne lui permette de sortir du lot a priori, si ce n’est la qualité remarquable de ses différentes prestations. 

Une forte ambition visuelle

Si Frenetik peut dégager à première vue l’image de rappeur brut et sombre, son univers visuel est extrêmement soigné, et surtout particulièrement ambitieux. Le clip de Trafic, publié l’été dernier, en est une bonne illustration : on y suit le rappeur, seul personnage en mouvement, remonter un embouteillage figé dans le temps - avec effet Bullet Time et donc une caméra se déplaçant entre des dizaines de figurants statufiés. 

Autre concept ambitieux, celui du double-clip Chaos-soahC, dans lequel, encore une fois, Frenetik joue avec la temporalité. Une bagarre générale entre jeunes et policiers se déroule dans un premier temps en reverse et au ralenti (Chaos) avant que la vidéo ne soit remise à l’endroit dans la deuxième version du clip (soahC). Dernier clip en date, Blanche-neige impressionne également : effets de caméra, transitions, idées en pagaille, montage nerveux, effets spéciaux … Comme Kekra, PNL ou Orelsan, on sent que Frenetik ne veut pas se contenter de clipper uniquement pour la forme, mais qu’il cherche à chaque fois à donner une plus-value à son morceau. 

L’attention portée aux détails visuels

L’ambition et le sérieux de Frenetik se ressentent particulièrement dans les détails qui composent à la fois son univers visuel et son travail textuel. Dans les clips, d’abord, des éléments anodins ou insignifiants sont soignés comme s’ils étaient centraux, des tâches de sang pendant une bagarre à la forme des flammes d’un cocktail molotov, et même l’ombre de Frenetik. 

L’attention portée aux détails textuels

Dans ses textes, le bruxellois est particulièrement attaché à la cohérence de ses enchaînements. Là où le rap français a parfois tendance à passer du coq à l’âne sans transition, Frenetik livre des couplets qui font sens de bout en bout et où les idées s'enchaînent de façon homogène. Le puzzle de mots et de pensées s’assemble de lui-même. 

Rappeur engagé 2.0

A l’image de Kalash Criminel, Frenetik a le mérite d’offrir à ses textes une bonne dose d’engagement dans un emballage de rap de rue à l’interprétation brutale. La première impression est donc celle d’un rappeur à l’impact violent et à l’univers sombre ; il faut ensuite prendre le temps d’écouter son discours et s’arrêter sur la signification de certains passages pour saisir la profondeur de son engagement. 

Beaucoup de cynisme

Le rap francophone n’est jamais aussi bon que lorsqu’il sait faire preuve de cynisme, et Frenetik l’a bien compris. Qu’il s’agisse d’observations générales nées d’un esprit sombre (les pensées sont noires comme un pédophile à la naissance de son fils), de remarques sur les contradictions de la rue (ça pue l'hypocrisie par ici, ça checke des mecs juste avant d'soulever leurs res-sœu”), de ressentis relationnels (on meurt seul donc par défaut on préfère vivre à deux” ; “on veut pas finir seul alors on s’accouple), ou simplement d’egotrip (insolent, j’trouve qu’il fait froid en enfer), Frenetik sait jouer avec les mots et surtout appliquer un filtre négatif à son regard sur tout type de situation. 

Des punchlines fortes

Tout le monde a évidemment retenu “un policier meurt dans une bavure, j’appelle ça une remontada”, mais Frenetik en a beaucoup plus sous la semelle. On a cité un peu plus haut “les pensées sont noires comme un pédophile à la naissance de son fils”, on peut également noter “je vois la concurrence essayer de se faire la belle parce qu’ils ont peur de la bête” ou encore “miroir, miroir, dis-moi lequel de ces n***** dois-je allumer ?. Attention tout de même : Frenetik a une grosse tendance à jouer avec les mots, et de nombreuses punchlines auraient pu tomber à plat ou sonner creux si le rappeur n’avait pas le charisme et la bonne interprétation pour compenser (au hasard, “plutôt singulier, la vie ma rendu solitaire, donc je n'parle pas beaucoup au pluriel” ou “si pauvreté lui fait froid dans l'dos, la rue lui apportera une veste).