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PLK : une mécanique qui roule
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PLk - cpature clip "250"
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PLK : une mécanique qui roule

En constante progression depuis quelques années, PLK s’impose doucement mais sûrement comme l’une des principales têtes d’affiche du rap français.

Construire sans se précipiter  

La notion de carrière dans le rap français a continuellement évolué depuis trente ans, et tend à se renouveler après chaque bouleversement des modes de fonctionnement de l’industrie du disque. Il était ainsi totalement inespéré de pouvoir se faire un nom et gagner sa vie en tant que rappeur au début des années 90, alors qu’à la fin des années 2010, la notoriété et les revenus du streaming n’ont jamais semblé aussi accessibles au premier quidam venu. En revanche, les difficultés se sont déplacées : il est peut-être plus facile de faire une percée aujourd’hui, mais la concurrence et la productivité globale sont telles qu’il est devenu extrêmement difficile de durer -là où les groupes et artistes qui ont su faire leur trou à l’époque ont pu durer une, deux ou trois décennies. 

Dans ce contexte assez particulier ou tout le monde existe, mais jamais très longtemps, les premières années de carrière de PLK apparaissent comme l’une des rares exceptions à la règle. Loin des grands écarts permanents que constituent certaines discographies, où l’on monte parfois très haut -que ce soit sur le plan qualitatif ou sur celui du succès populaire- avant de redescendre en tentant de redonner quelques courbes ascendantes à l’encéphalogramme, PLK maintient en effet depuis quatre ans une progression nette à chaque projet. S’il est encore loin d’être arrivé au bout de la course, il semble appliquer -consciemment ou non- la morale chère et Esope selon laquelle l’effort constant sur la durée est bien plus efficace que la pointe de vitesse ponctuelle. 

L’historique du rappeur constitue un exemple assez frappant de plan de carrière pensé et appliqué étape après étape, sans précipitation et avec des objectifs à moyen-terme toujours réalisables. L’aventure de groupe (avec la Confrérie d’abord, mais surtout avec le Panama Bende), insuffisante pour s’en extirper en solo mais parfaite pour faire ses premières armes, aura ainsi permis à PLK de poser la majeure partie des bases de sa carrière. Des premiers open-mics aux premières salles de concert, des premières séances de studio au premier album, l’équipe progresse ensemble, digère au fur et à mesure ses influences, et permet à chacune de ses individualités de s’affirmer année après année. 

De mécanicien à conteur   

Quand PLK finit par se faire un nom en solo, et par lâcher son travail de mécanicien, il a donc déjà un solide bagage à faire valoir. Encore marqué par l’ambivalence du Panama Bende, un groupe influencé par la vieille école des années 90 mais ouvert aux sonorités les plus modernes, il doit composer avec autant de louanges que de reproches, au point de renvoyer une image contradictoire. On salue ainsi ses qualités techniques ou son univers terre-à-terre d’un côté tout en fustigeant ses rimes parfois téléphonées (“tes MC's sont fatigants, fatigués / j'suis pas pratiquant mais j'aime pratiquer / j'suis qu'un habitant qui est habité”) ou son manque de folie de l’autre. En somme, PLK fait l’expérience du public rap : pour les uns, il a les qualités de ses défauts, pour les autres, les défauts de ses qualités, et fans comme détracteurs n’apparaissent finalement que comme deux faces d’une même pièce. 

Face à la réception inégale de ses faits d’arme en solo, la réussite de PLK tient alors dans sa faculté à se réinventer continuellement sans jamais marquer de rupture directe. Catalogué parmi les kickeurs au cours de ses premières années de carrière, il s’ouvre progressivement en intégrant des éléments de plus en plus déstabilisants pour l’auditeur resté cinq ans en arrière -l’inclinaison House music du titre Ténébreux, le style très catchy de All Night, etc. Sa propension à aller chercher des tubes pouvant porter ses différents projets vers des chiffres de plus en plus solides témoigne des ambitions artistiques nourries par le rappeur : sur ce plan, la progression est particulièrement nette, PLK grimpant d’un palier chaque année. 

En s’ouvrant à une nouvelle frange du public, il s’inscrit ainsi à nouveau dans cette dynamique de mue perpétuelle, où les constituants obsolètes sont progressivement remplacés ou ajustés. Un pas vers les textes engagés, un autre vers les rythmiques entraînantes, le tout en conservant un habillage plutôt street : écouter un projet de PLK revient finalement à s’offrir un spectre assez large de ce qu’offre le panorama rap français à la fin de la décennie 2010. Un certain nombre de constantes demeurent cependant et jouent le rôle de points de repères dans la discographie de PLK, à l’image de son penchant pour le storytelling (La Rue, Casino, Dylan). D’un point de vue extérieur, l’intérêt est double : d’une part, faire découvrir à la jeune génération un art de plus en plus délaissé par les têtes d’affiche ; d’autre part, attirer des auditeurs plus mûrs, nostalgiques d’une époque où Oxmo Puccino, Médine ou Nakk Mendosa jouaient encore pleinement ce rôle de conteurs. 

Des problématiques à anticiper  

De projet en projet, PLK tend finalement à proposer un package de plus en plus complet, tant sur le plan technique et artistique que sur celui de la communication. Le teasing autour de la sortie de Mental s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Fin août, les visuels des covers de ses mixtapes Ténébreux et Platinum étaient ainsi modifiés sur le même principe : une radio du visuel original, suivant le même code couleurs. Quelques jours plus tard, certains auditeurs, journalistes et médias spécialisés recevaient un faux billet annonçant indirectement une sortie le 13 septembre. En somme : sans déployer des moyens démesurés ni miser sur un coup de buzz viral, PLK et ses équipes trouvent tout de même le moyen de créer la discussion et de mettre en avant la cohérence de l'enchaînement des projets. 

Exponentiel depuis cinq ans, le développement de PLK n’a pour le moment pas connu de ralentissement. Une carrière de rappeur est cependant rarement prospère de bout en bout, et une courbe ascendante finit forcément par retomber. Lorsque le long fleuve tranquille commencera à montrer des signes de turbulences, on pourra alors définitivement mettre à l’épreuve la solidité de la mécanique PLK. En 2018, il mettait le doigt sur l’une des grandes problématiques des rappeurs au succès trop serein au cours d’une interview chez Yard : “parfois, je me force à ne pas écrire. J’entends des prods, je trouve des refrains, j’ai envie. Mais je ne veux pas, parce que je sors d’un an où j’ai écrit tous les jours. Je vais te faire les mêmes textes que dans Polak ou Ténébreux parce que je n’ai que ça à dire, je n’ai rien vécu de plus qu’être en studio pendant un an et faire un peu de tournée. Je vais accumuler un peu de vie, et après on verra”. Se réinventer continuellement reste donc possible jusqu’à un certain point, mais nécessite une gestion minutieuse du temps et une compartimentation suffisamment nette entre la vie d’artiste et le reste. 

L’angoisse de la page blanche, du manque d’inspiration, les risques de tourner en rond et de ne plus savoir relancer la machine sont donc réels -s’ils ne le sont pas dans l’immédiat, ils le seront dans quelques années, en particulier si le rappeur maintient une telle productivité. Avec un plan de carrière qui a semblé jusqu’ici bien structuré et pensé suffisamment à l’avance, la suite pourrait donc devenir un cas d’école -en cas de réussite comme en cas d’échec. En six projets solo, PLK a déjà dit, écrit et enregistré énormément. On finirait presque par oublier qu’il n’a que 22 ans.