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Orelsan : 10 choses à retenir de "L’odeur de l’essence"
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Orelsan : capture clip "L'odeur de l'essence"
Orelsan : capture clip "L'odeur de l'essence"

Orelsan : 10 choses à retenir de "L’odeur de l’essence"

A peine sorti, le morceau et le clip d'Orelsan font beaucoup parler, voici ce qu'on en a retenu.

Le grand retour d’Orelsan est l’un des grands événements musicaux de cette fin d’année 2021. Après le succès de sa série documentaire Montre jamais ça à personne, le rappeur est au sommet de sa popularité, à tel point que l’on se demande comment il pourrait grimper encore plus haut. A moins de 48 heures de la sortie de l’album Civilisation, le premier extrait, intitulé L’odeur de l’essence, a enfin été dévoilé. Comme prévu, ce premier single a des retombées spectaculaires, que ce soit sur le plan des chiffres, de retours critiques, ou de l’agitation sur les réseaux sociaux. 

Avec son texte très engagé et son clip ambitieux, L’odeur de l’essence est un excellent teasing de l’album à venir. Inspiration, punchlines, technique, engagement : on fait le point sur ce qu’il faut retenir de ce morceau. 

Un Suicide Social 2.0 … mais pas vraiment 

De nombreux auditeurs ont comparé L’odeur de l’essence avec Suicide Social, à tel point que ce dernier s’est retrouvé en top des tendances sur Twitter quelques heures après la sortie du clip. Interprétation nerveuse qui monte en intensité au fil du morceau, thématiques politiques et sociales, regard blasé sur la société qui nous entoure, état d’esprit à la limite de la misanthropie … il est vrai que les deux titres possèdent des points communs. 

Il y a cependant une différence fondamentale, qui empêche de les lier entre eux, et de voir L’odeur de l’essence comme une suite de Suicide Social : cette fois-ci, Orelsan ne joue plus un rôle. Là où il appuyait volontairement sur bon nombre de clichés dans le texte de Suicide Social, il livre cette fois-ci l’expression directe de sa propre pensée, sans aucun détour et sans la moindre ambiguïté. 

Orelsan met les point sur les i

A l’heure où la fachosphère prend de plus en plus de place sur l’internet français et sur les réseaux sociaux, le rap français n’est pas épargné. Qu’ils le veuillent ou non, de nombreux rappeurs comptent des auditeurs aux opinions politiques très à droite. Avec son profil de rappeur blanc de province et l’interpétation trop premier degré qu’on pourrait faire de textes comme Suicide Social, Orelsan est malheureusement le type de personnalité qui pourrait attirer ce type de public. 

Le rappeur normand a donc le très bon goût de se positionner de manière franche sur cette question. Toute la première partie de son texte est un enchaînement d’attaques directes à l’encontre des idées les plus répandues dans la fachosphère, comme la grandeur perdue de la France (la nostalgie : leur faire miroiter la grandeur d'une France passée qu'ils ont fantasmée) ou le grand remplacement (la peur : les persuader qu'des étrangers vont v'nir dans leurs salons pour les remplacer), tout en soutenant les minorités religieuses (l'incompréhension : saisir ceux qui voient leur foi dénigrée sans qu'ils aient rien demandé). 

Orelsan encaisse bien les coups d’épaules

Avouez que vous aussi, en voyant le clip, vous vous êtes dit : “les figurants y vont super fort, il est vraiment solide sur ses appuis”. 

Un morceau qui s’inscrit dans la grande tradition du rap français

Le concept du morceau, un long texte engagé dénonçant les travers de la société, les dérives de la politique, le racisme ou les inégalités, est loin d’être nouveau dans le rap français. Il renvoie même directement à certains classiques comme Hardcore d’Ideal J (ou ses différents remixs, on pense à Zekwe ou Butter Bullets) ou La fin de leur monde d’IAM. Nombreux sont les artistes qui ont appliqué la même recette pour poser tout ce qu’ils avaient sur le cœur : Diam’s, Sniper, Kool Shen, etc. Moins classique dans la forme, la proposition d’Orelsan se veut à la fois moderne et atypique, tant les sonorités choisies s’éloignent de tout ce qui s’est déjà fait.

La même équipe, et un retour qui fait plaisir 

Les premiers visages aperçus dans le clip sont ceux de Skread, Ablaye et Clément (le frère d’Orel), autant dire des mecs qui sont dans la vie d’Orelsan depuis toujours. Après la série documentaire en six épisodes, belle petite ôde à l’amitié, le rappeur insiste sur cette notion particulièrement importante. Si Orelsan affiche une telle réussite, c’est aussi parce qu’il a eu la chance de compter sur des proches solides. Beaucoup d’artistes sont passés à côté de leur carrière parce qu’ils n’avaient pas su s’entourer de personnes de confiance. 

On apprécie également de voir Orelsan travailler à nouveau avec David Tomaszewski. Leur dernière collaboration sur un clip datait de 2014, et le réalisateur est derrière quelques-uns des moments les plus importants de la clipographie du rappeur : Raelsan, Ils sont cools, Bloqué … 

Un format hybride 

L’odeur de l’essence est un morceau qui échappe à toutes les notions de format habituelles du rap français : il n’y a pas de refrain, mais on ne peut pas non plus le considérer comme un couplet unique, étant donné qu’il est construit sur une intro rappée, un pont très court, puis un long couplet. Difficile, donc, de vraiment définir un cadre à ce morceau. La dimension hybride de L’odeur de l’essence se manifeste également dans la partie instrumentale : évolutive, elle s’appuie sur bon nombre d’effets, voit son rythme accélérer, avec des passages où le beat est absent. 

Orelsan arrive à placer une punchline sexuelle dans un texte de rap conscient 

Tout l’monde baise tout l’monde, veut faire le petit train. C’est parfaitement imagé, ça a du sens quand on écoute le reste du texte, et ça fait toujours plaisir à l’auteur de Saint-Valentin qui est toujours en Orelsan. 

La maîtrise des répétitions 

Entourés d'mongols, l'Empire mongol / On fait les mongols pour plaire aux mongols / On va tomber comme les Mongols” : la répétition d’un même mot sur plusieurs mesures est une figure qu’Orelsan aime utiliser. Il en avait fait une véritable démonstration en compagnie de Gringe sur le titre Bloqué (Complètement fumé, complètement fumé / Tu nais, tu vis, tu meurs, et tu pars en fumée / Tu sais même plus pourquoi t'as commencé à fumer / Hareng, saumon, jambon fumés), mais aussi sur le titre Bonne Meuf (J'ai jamais su plaire aux bonnes meufs / Alors j'détestais les bonnes meufs / J'ai même insulté les bonnes meufs

Dans des chansons sur les bonnes meufs / Qui m'ont rendues connu comme plein d'bonnes meufs). L’inspiration lui vient du grime anglais, et se retrouve dans la UK drill actuelle, tandis que d’autres en France en ont également fait une spécialité -c’est notamment le cas de Freeze Corleone, dans un registre différent. 

Orelsan met de côté le personnage rigolo

Si sa personnalité a évolué au fil de sa discographie, Orelsan a toujours fait preuve de beaucoup d’humour et de second degré. Chacun de ses albums compte son lot de morceaux drôles et de punchlines hilarantes, et le rappeur fait régulièrement valoir sa capacité à brouiller les pistes entre ce qu’il a réellement à dire, et ce qu’il exprime au second degré -on pense par exemple à Défaite de Famille. Sur L’odeur de l’essence, Orelsan n’a vraiment pas envie de rire : si ce premier single donne le ton de l’album à venir, on sent le rappeur déterminé à utiliser la portée de sa musique pour faire avancer les choses. Évidemment, on ne peut pas imaginer un album d’Orelsan sans quelques moments plus amusants, mais sur le plan de l’image, on est loin de l’éternel adolescent des premiers albums, ou du galérien nonchalant de la période Bloqués (Canal +). 

On comprend mieux pourquoi “Civilisation”

Quand Orelsan a annoncé le titre de ce nouvel album, personne n’a vraiment compris où le rappeur voulait en venir -la notion de Civilisation n’est pas vraiment un élément majeur de sa discographie jusqu’ici. A l’écoute de L’odeur de l’essence, on comprend mieux dans quel état d’esprit cet album a été pensé : entre une société qui arrive à bout de souffle, et des questions écologiques urgentes, une odeur de fin du monde plane sur notre époque. D’ailleurs, Orelsan n’y va pas par quatre chemins : “Génération Z parce que c’est la dernière”. 

L’album pourrait donc constituer un témoignage des dernières heures d’une civilisation en train de s’effondrer (On va tomber comme les Mongols / Comme les Égyptiens, comme les Romains, comme les Mayas, comme les Grecs / Faut qu'on reboot, faut qu'on reset). Dans le discours du rappeur, l’espoir a disparu, et l’avenir n’existe pas. L’être humain n’apporte plus rien de bon à notre société (“On s'crache les uns sur les autres, on sait pas vivre ensemble”), et tout le monde fonce tranquillement dans le mur : “On s'bat pour être à l'avant dans un avion qui va droit vers le … crash. Conclusion : la société va s’effondrer, on va tous mourir, mais au moins, on aura eu le temps d’écouter un quatrième album solo d’Orelsan. Tout va bien.