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Oboy, de newcomer à tête d’affiche
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Oboy (Coralie Waterlot/DR)
Oboy (Coralie Waterlot/DR)

Oboy, de newcomer à tête d’affiche

Passé du statut de newcomer à celui de potentielle tête d’affiche de la rentrée, Oboy poursuit sa progression avec son deuxième album, "No Crari".

Un univers aux contours flous

Quand on cherche à définir l’univers d’Oboy, plusieurs termes caractéristiques du rap de la deuxième moitié des années 2010 s’entrecroisent : on évoque inévitablement la trap, la musique cloud, les ambiances vaporeuses, le mumble-rap … Des formulations communes, interchangeables, qui peinent à délimiter précisément les contours de l’univers du rappeur. En pleine ascension ces derniers mois, ce dernier poursuit une évolution linéaire qui l’a vu passer du statut d’artiste par accident à celui de tête d’affiche de la rentrée. 

Les premiers pas d’Oboy au micro constituent en effet une origin-story parfaitement en phase avec son personnage : un court extrait posté sur instagram sans aucune ambition réelle, le collectif Way Boto qui l’invite en studio, et un jeune garçon de 17 ans qui se prend rapidement au jeu. Aucun calcul au démarrage, aucune volonté de faire carrière, ni même de réaliser quoi que ce soit de particulièrement abouti d’un point de vue artistique : à l’époque, Oboy voit seulement l’opportunité de s’amuser et de sortir un peu de son quotidien. 

Quelques années après avoir caressé l’espoir de percer dans le football, l’idée de devenir artiste à plein temps effleure forcément son esprit. Ses premiers projets lui permettent de se faire un nom dans le milieu du rap, même s’ils ne suffisent pas immédiatement à se démarquer face à l’énorme flot de rappeurs qui émerge chaque semaine. Quelques éléments permettent cependant de préciser ce qui fait la singularité du personnage, notamment une mentalité très QLF, Oboy ne se mélangeant pas en dehors du collectif Way Boto. 

Une direction qui se précise progressivement

Encore très jeune, Oboy donne l’impression, pendant ses premières années de carrière, de se calquer sur ses modèles américains. Les différents médias rap ne peuvent s’empêcher d’évoquer certaines similitudes avec l’imagerie ou les sonorités d’artistes comme Tory Lanez, The Weeknd, ou A$Ap Rocky. Après Olyside, premier projet sous forme de brouillon en 2016, ce sont Southside (2018) et surtout Omega (2019) qui viennent définir un peu plus clairement ce qu’Oboy peut apporter de plus au rap français. S’il tâtonne parfois pour trouver sa voie artistique, la direction se précise au fur et à mesure. 

Cette évolution artistique progressive s’accompagne surtout d’une professionnalisation globale : très instinctif à ses débuts, Oboy a longtemps laissé transparaître le flou quant à la distinction entre nonchalance maitrisée et réel je-m’en-foutisme. A l’heure de la sortie de No Crari, son deuxième véritable album, le contraste avec l’attitude des premiers projets est frappant : bien plus rigoureux dans sa démarche, il soigne désormais chacun des détails liés à cette sortie. Le fait qu’Oboy ait gagné en médiatisation et en popularité au cours des derniers mois ne doit rien au hasard. La promotion était par exemple l’un de ses points faibles à ses débuts : peu à l’aise en interview, il n’avait pas la capacité d’apporter une plus-value à son image en dehors de sa musique. S’il n’a pas encore le savoir-faire naturel des meilleurs clients en interviews (Fianso, Soso Maness, Kaaris), on sent une volonté de monter en grade y compris sur ce plan. 

La principale conséquence de cette professionnalisation d’Oboy est évidemment musicale. Sa nonchalance naturelle devient un atout à partir du moment où elle appuie une attitude plus générale. C’est le cas sur No Crari, un projet plus énergique, sur lequel les beats trap servent une orientation plus pop-rap. L’appellation “mumble” fait de moins en moins sens, d’autant qu’il ne s’agissait pas d'une inclinaison volontaire, mais bien d’un effet très naturel de la façon qu’a Oboy de mâcher ses mots. 

Une formule plus calibrée mais plus efficace

Concentré sur la musique avant même d’avoir l’âge de passer son permis de conduire, Oboy tourne forcément autour de thématiques assez restreintes. Le triptyque drogue-femmes-vie d’artiste occupe ainsi l’essentiel des questionnements existentiels évoqués dans ses textes, mais l’intérêt est ailleurs : qu'elles soient vaporeuses comme sur ses premiers projets, ou enjaillantes comme sur No Crari, ce sont bien les ambiances mises en place qui font toute la force d’Oboy. La professionnalisation évoquée plus haut se poursuit sur différents plans : des productions aux toplines, l’ensemble se veut ambitieux, en phase avec le statut de potentielle tête d’affiche du garçon. Avec TDB, le rappeur a même récemment réalisé son premier single numéro 1 des ventes : si la formule est calibrée, avec des sonorités pensées pour un pur hit estival, le résultat est efficace. 

Avec son attitude nonchalante et ses visuels, Oboy intrigue. L’intérêt autour de son nom a été décuplé ces derniers mois par ses deux seules collaborations, aussi inattendues que déroutantes : Aya Nakamura, d’abord, s’est rapprochée de lui à deux reprises, répondant à son invitation sur l’album Omega, avant de l’inviter à son tour sur l’album AYA. Particulièrement chaud, ce titre a constitué une découverte du rappeur pour beaucoup d’auditeurs, lui permettant de toucher un public beaucoup plus large que le simple cadre du rap. 

En début d’année 2021, Oboy s’est même offert un featuring prestigieux, en participant au remix de Come Over de Jorja Smith. Si la collaboration s’est malheureusement faite à distance, elle témoigne du nouveau statut du français, qui ne peut plus être considéré comme un simple newcomer. La concurrence, moins active que les autres années à la rentrée, pourrait laisser la voie libre à l’un des artistes les plus prometteurs de sa génération. A l’heure de la sortie de son deuxième véritable album, Oboy a toutes les armes en main pour s’imposer et devenir l’une des nouvelles têtes d’affiche du rap français.