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Mister You : retour sur sa grande époque
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Mister You - (photo : DR)
Mister You - (photo : DR)

Mister You : retour sur sa grande époque

A l’occasion de la sortie de son nouveau projet, on se remémore l’époque où Mister You était l’un des rappeurs français les plus médiatisés.

Dans quelques jours, Mister You livrera Hasta la Muerte 2, quatorzième projet solo d’une discographie fournie et inégale. Depuis son premier projet, Mi-ange mi-démon, écrit à 19 ans, le rappeur parisien a tout connu : les galères, le buzz montant, la cavale, la prison, le succès, les plateaux télé, la redescente, les embrouilles, le renouvellement artistique… La plus jeune génération d’auditeurs ne connaît pas forcément les principaux faits d’armes de Mister You : pendant une période, il constitue l’une des plus grosses têtes d’affiche du rap français, avec une très forte médiatisation et des titres en rotation intensive sur les playlists des grandes radios rap. 

L’un des premiers buzz de l’ère internet

Pendant la deuxième moitié des années 2000, le rap français vit une période de transition difficile. Les grands groupes de l’âge d’or sont en fin de cycle voire en fin de course, l’industrie de la musique traverse une crise terrible, et le rap indépendant ne rapporte que des miettes à ses différents acteurs. Dans ce contexte, c’est tout un milieu qui doit s’adapter pour survivre. Certains esprits suffisamment visionnaires comprennent qu’internet va bouleverser le rapport des auditeurs à la consommation de musique et investissent le marché. C’est ainsi que vont naître les premières carrières nées sur le buzz montant d’un artiste. 

A l’époque, Mister You est encore un jeune rappeur de Belleville, dont les premières mixtapes restent très confidentielles. Petit commerçant en produits illicites pendant son temps libre, il enchaine des courtes peines de prison sans jamais se remettre en question au sujet de son mode de vie. En 2007, au cours d’une nouvelle perquisition à son domicile, il parvient à s’enfuir en sautant par la fenêtre -notons d’ailleurs son excellente qualité de réception, puisqu’il habite à l’époque au deuxième étage. Difficile d’imaginer que le plan ait pu être prémédité : Mister You s’adapte au jour le jour, et poursuit en parallèle de sa cavale une carrière de rappeur qui va finir par décoller. 

Il devient l’un des premiers rappeurs français à poster régulièrement du contenu inédit sur internet par le biais des plateformes vidéo dont l’usage se démocratise auprès des jeunes générations d’auditeurs. Vidéos en studio ou dans les rues de Paris, freestyles, Mister You fait vivre aux internautes sa cavale vue de l’intérieur. Le buzz monte progressivement, et le rappeur comprend que son histoire chaotique peut devenir un tremplin vers les sommets : il nargue ouvertement les forces de l’ordre dans ses vidéos, surenchérit en distribuant la mixtape Arrête You si tu peux, et se révèle même particulièrement inventif sur le plan marketing, en fournissant avec chaque CD acheté un joint déjà roulé. 

Au delà du buzz, une personnalité forte et attachante

Au-delà de ce buzz et de cette mise en marché innovante, Mister You écrit pendant cette période quelques-uns de ses meilleurs morceaux. Capable d’enchainer des titres de 128 mesures (!) sans refrain, il livre des titres qui deviendront ses propres classiques, comme Lettre à un traître ou La Rue c’est Paro. De la même manière, ses freestyles, parfois désordonnés mais toujours très énergiques, contribuent à installer l’image d’un rappeur qui prend plaisir à kicker et se lâche complètement une fois le micro ouvert. Signe que cette période a marqué les auditeurs, Alpha Wann se comparait à lui il y a quelques semaines sur la Don Dada Mixtape : “torse-nu, freestyle de neuf minutes comme si j’étais Mister You. 

Évidemment, You finit par se faire rattraper, d’une part parce qu’il commence à faire trop de bruit et donc à faire passer les forces de l’ordre pour des incapables, et de l’autre parce qu’il est de moins en moins prudent, se rendant sur le plateau de Planète Rap et narguant toujours plus la justice française. Signe qu’il ne cherche pas vraiment à échapper à la police, il est arrêté seulement 48h après que son dossier ait été transmis à la BNRF (Brigade Nationale de Recherche des Fugitifs). Malgré une première condamnation à cinq ans de détention, puis un appel qui ramène la sanction à trois années dont une avec sursis, il ne fait que dix mois pleins à la Santé, avant de bénéficier d’un régime de semi-liberté. La cavale puis la prison offrent à Mister You un storytelling fourni et lui permettent d’imposer son personnage dans l’esprit du public, forcément curieux d’en savoir plus sur lui. 

Bien gérée sur le plan de la communication et de la production artistique, la période qui suit sa détention le consacre comme l’une des nouvelles têtes d’affiche d’une scène rap français qui se renouvelle progressivement (arrivée de la Sexion d’Assaut, Orelsan, Seth Gueko, etc). La mixtape Mec de Rue en 2010 et surtout son premier véritable album, Dans ma grotte, en 2011, lui permettent d’entrer en playlist chez les principaux diffuseurs de rap, puis d’atteindre le grand public et de dominer les charts, allant même chercher le disque de platine à une époque où l’industrie du disque peine encore. 

Après la montée, l'inévitable redescente

À l’image d’un Stringer Bell arrivé aux sommets et surpris d’y trouver des requins encore plus vicieux que dans la rue, Mister You va rapidement se heurter aux limites de l’entertainment. Symbole de ce décalage terrible entre le jeune rappeur enthousiaste en pleine gloire et le cynisme impitoyable du monde des médias, sa participation à On n’est pas couché face à Audrey Pulvar et Natacha Polony se transforme en véritable procès. L’apogée de Mister You dure un temps, avec des singles à succès à la réception ambivalente : plus ouverts, ils tranchent avec les titres plus durs du rappeur enregistrés à l’époque de sa cavale, même si sa personnalité reste bien affirmée. 

Après les fastes de la première moitié de la décennie, Mister You rentre progressivement dans le rang. Moins productif, il ne publie aucun projet entre 2016 et 2019, et fait parler de lui pour des faits peu reluisants : l’épisode Brulux, ou la promotion d’un réseau de vente de cannabis sur ses réseaux sociaux, qui lui vaudra un an de prison ferme, condamnation pour laquelle il a fait appel et sera à nouveau jugé le 9 mars prochain. Sur le plan artistique, le rappeur de Belleville a pourtant su se renouveler. Moins attaché à son identité parisienne, il a investi le marché de la musique au Maghreb, réalisant les plus gros succès de sa carrière sur des featurings avec Balti, Hamouda, ou en rendant hommage à Cheb Hasni. 

Sur la scène rap français, il s’est ouvert aux sonorités plus légères qui se sont imposées ces dernières années, même s’il ne résiste jamais très longtemps à l’idée de rapper la rue comme il le faisait il y a quinze ans.