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Sch-Akh, Bosh-Kaaris... quand les petits jeunes tapent des feats avec les vétérans
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Bosh et Kaaris - photo Instagram
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Sch-Akh, Bosh-Kaaris... quand les petits jeunes tapent des feats avec les vétérans

La connexion Sch-Akh, le featuring Kaaris-Bosh : les collaborations entre la nouvelle génération et les rappeurs plus âgés ont le vent en poupe.

Au beau milieu de l’été, la rumeur d’un featuring entre Sch et Akhenaton a émoustillé les auditeurs de rap français. Considérés parmi les meilleurs lyricistes de leurs époques respectives, il s’agirait, si l’information était confirmée, d’une véritable rencontre au sommet, l’équivalent dans le rap d’une association R9 - CR7 sur le rectangle vert. Dans le même ordre d’idées, mais dans un registre tout à fait différent, l’annonce d’une collaboration à venir très prochainement entre Kaaris et Bosh a elle aussi déchaîné les réseaux sociaux. Malgré des univers assez proches et une politique commune de découpage de mères, les deux rappeurs sont séparés par une bonne quinzaine d’années, et représentent donc deux générations différentes. 

Les featurings intergénérationnels ont donc plutôt le vent en poupe en ce moment. Les avantages de ce type de collaboration sont nombreux. Le rappeur plus âgé joue de son expérience et démontre qu’il fait encore largement le poids face à un jeunot en pleine forme ; il touche un public beaucoup plus jeune que la majorité de sa fan-base vieillissante ; et enfin, il rappelle aux plus vieux le bon vieux temps, et les renvoie à ses classiques. Du côté des plus jeunes, c’est tout aussi positif : le prestige de collaborer avec une légende du rap ou un artiste qui a bercé leur jeunesse, la possibilité de convaincre un public plus âgé et parfois hermétique à la nouveauté ou aux nouveaux rappeurs, l’apprentissage de nouvelles méthodes et de techniques en travaillant aux côtés d’un rappeur expérimenté … Et côté public, c’est toujours bon à prendre, quel que soit le profil de l’auditeur et son âge. 

Ce type de rapprochement est monnaie courante dans le rap français depuis de nombreuses années, et a donné lieu à quelques rencontres mémorables, aussi bien entre des rappeurs dont l’association paraît naturelle (Kaaris et Bosh) qu’entre des noms a priori incompatibles. 

Jul et Le Rat Luciano

C’est une réalité qui saute à la figure : Jul est l’héritier direct du Rat Luciano, aussi bien pour son extrême sincérité et sa façon de rapper avec le coeur sans le moindre filtre, que pour ses choix artistiques en décalage avec la tendance. Un certain respect mutuel s’est installé au fil du temps, on se rappelle par exemple de la présence du Rat sur la cover de Je ne me vois pas briller en 2017, ou de la récente dédicace de Jul sur En cas de, extrait de l’album La Machine (dans la voiture, j’écoute Le Rat Luciano). La combinaison a tendance à bouleverser les certitudes des auditeurs les plus passéistes, le Rat étant l’un des grands rappeurs de l’âge d’or, et Jul étant vu comme l’incarnation de l’Antéchrist. Cela n’a jamais empêché les deux rappeurs marseillais de travailler ensemble, et ils ont régulièrement croisé le micro : Mets les en i, Madame, Full Option … 

Koba LaD et Rim’K

Le profil de Rim’K est assez atypique, puisqu’il est l’un des seuls rappeurs de sa génération à s’être constamment mis à jour, et à bénéficier de la même fraîcheur à quarante ans passés qu’à vingt ans. Régulièrement connecté avec des rappeurs bien plus jeunes (Hamza, Sch, Vald, Ninho, etc), il fait parler l’expérience et s’en sort à chaque fois avec des performances bluffantes. Le grand écart générationnel est représenté par le titre La Valise, sur lequel apparaissent Sch et surtout Koba LaD. Au moment de la sortie du titre, ce dernier n’avait en effet pas encore fêté ses vingt ans : il n’a donc même pas encore atteint la moitié de l’âge du tonton. Pourtant, tous deux s’entendent à merveille sur la prod de Katrina Squad, signe que la question de l’âge dans le rap est définitivement enterrée. 

Big Flo et Oli rencontrent Aelpeacha

Big Flo et son frère ne font pas l’unanimité auprès des auditeurs de rap français, c’est un fait. S’ils sont critiquables sur bien des points, il y a bien une chose qu’on ne pourra pas leur enlever : malgré leur statut de stars, ils continuent à montrer un certain respect pour leurs ainés. Sur leurs albums, plutôt que d’inviter de jeunes artistes en pleine tendance, on retrouve ainsi Joeystarr, Busta Rythmes, tandis qu’on les a vu freestyler aux côtés de Don Choa ou MC Solaar. De bien belles rencontres, mais la plus belle reste celle d’Aélpéacha en 2012. Oli est encore mineur, et le A se lance dans son hymne à la sodomie, Y’a pas que la chatte. Le regard des deux jeunes rappeurs, qui semblent découvrir le morceau en direct, est franchement beau à voir : une innocence brisée en morceaux en un seul refrain, bravo Alpha. 

Salif et Kool Shen

On remonte loin en arrière : au début des années 2000, Kool Shen, pionnier du rap en France et donc logiquement l’un des premiers rappeurs à être considéré comme un vétéran, se lance dans l’aventure IV My People. Entouré de jeunes talents, il va notamment se retrouver à produire Salif, qui, à son arrivée, est encore un gamin (dix-huit ans au moment de sa première apparition avec le collectif). Malgré l’écart générationnel entre les deux, la connexion va aboutir à de nombreux featurings : Qui veut la peau d’mon crew, Thugs (avec Les Sages Po’ et Exs), C’est Bouillant, Hier ressemble à demain (avec Exs), C’est pour toi qu’tu joues, Paris-Cuba (avec Roldan), etc. 

Nathy et Joeystarr

S’il semble graviter autour du rap français depuis toujours, Nathy Boss n’est né qu’en 1990, l’année où Joeystarr publiait son premier maxi avec NTM. On a tendance à oublier que le garçon occupait le terrain alors qu’il n’était pas encore majeur, entre ses apparitions régulières dans les émissions du B.O.S.S au début des années 2000, son feat avec Rohff en 2004, et sa présence sur scène lors du retour du Suprême en 2008. Plus tard, Joeystarr et Nathy Boss ont continué à travailler régulièrement ensemble, et ont même sorti un projet commun, Caribbean Dandee, le fameux 4 décembre 2015 (souvenez-vous, le même jour que les albums de Jul, Booba, Rohff, et la réédition de Nekfeu). Nathy avait alors 25 ans, tandis que Joeystarr en avait déjà 48. 

Wejdene et Booba ?

Pas encore de featuring, mais un échange d’émojis qui a mis le feu à divers médias rap, qui n’en attendaient pas plus pour lâcher de gros titresBooba et Wejdene : un featuring en vue ?. Malgré la maigreur des indices, la collaboration finira effectivement peut-être par se faire, et dans ce cas, on aurait droit à l’un des plus grands écarts générationnels de la liste : Booba fêtera ses 44 ans en fin d’année, tandis que Wejdene a tout juste 16 ans. Difficile d’imaginer à quoi pourrait ressembler le morceau, d’autant que Booba est peu coutumier des featurings avec des chanteuses (hormis Christine and the Queens en 2016, il faut remonter assez loin), mais aucun doute : la connexion aurait tout le potentiel pour casser conjointement l’internet des vieux et celui des jeunes.