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Les artistes femmes qui redessinent les frontières du rap français
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Zinée - capture clip "Même pas mal"
Zinée - capture clip "Même pas mal"

Les artistes femmes qui redessinent les frontières du rap français

Zinée, Babysolo33, Lazuli ou encore Angie : voici les talents qui vont faire 2022.

Avec ses propositions uniques et sa diversité musicale incontestable, le rap français s’est hissé, au fil d’albums marquants et de morceaux à succès, comme l’une des scènes les plus prolifique et intéressante d’Europe. Fortement portée par ses têtes d’affiche les plus célèbres, la qualité de sa proposition musicale repose aussi sur le travail d’expérimentation des nouvelles générations qui n’hésitent pas à explorer des sonorités innovantes. Pourtant au milieu de cette diversité de propositions, la diversité des genres reste rare dans un milieu encore très majoritairement masculin. Alors à coup de projets, clips et morceaux marquants, celles qui travaillent une musique originale et différente se sont elle-même frayées une place : entre refrains lancinants, voix distordues chargées de mélancolie et fusions d’influences musicales cadencées, focus sur les artistes femmes qui repoussent toujours plus loin les frontières du rap français.

Les Installées

Lorsque l’on parle de rap féminin, il y a des grands noms que l’on peut difficilement éviter tant elles occupent l’espace médiatique et musical. Après la sortie de son premier album plébiscité et une large couverture dans la presse écrite, émissions à grande audience et interviews radio, Lala &ce est devenue, en quelques années seulement, une figure établie du rap français et une cheffe de file du rap féminin. Pourtant, l’artiste n’avait pas grand chose pour plaire aux standards établis de l’industrie musicale : sa musique, au croisement du mumble rap de Young Thug, de la trap d’Atlanta et du chopped & screwed de Dj Screw ne semblait pas susceptible de plaire aux majors, labels et distributeurs français.

Mais des années de travail et d’expérimentation ont fait évoluer la musique de Lala &ce en une oeuvre complète, plus abordable et plus colorée : en explorant des aspects planants et entraînants, elle a su garder son identité forte tout en proposant une musique accessible. Depuis, Lala &ce est devenue une des têtes majeure du rap français tout en s’imposant comme une figure féminine à la proposition inédite. Mais elle n’est pas la seule.

A l’automne 2021, la série produite par Canal + appelée Reines : pour l'amour du rap présentait 5 talents féminins du rap français, dont figurait notamment au casting Chilla et le Juiice. Actives depuis 2016 et 2018, elles aussi ont réussi à se hisser comme des représentantes du rap féminin en France et marquer les esprits avec leurs premiers albums respectifs, Mun en 2019 pour Chilla et Jeune CEO en 2020 pour le Juiice. Depuis, chacun dans leurs univers distincts, elle ont su imposer leur vision artistique tout en se frayant une place privilégiée dans ce secteur ou les femmes se font rares.

Alors si ces artistes ont réussi à devenir des figures de proue du rap féminin, elles sont aujourd’hui des talents installés, connus et reconnus sur la scène rap française. Mais ce ne sont pas les seules : de nombreuses autres artistes repoussent à chaque nouveau morceau les frontières du rap français avec leurs propositions musicales uniques.

L’équipe DIVA

Lorsqu’elle lançait en 2020 sa plateforme D.I.V.A, la journaliste, activiste et poétesse Lola Levent avait un objectif clair : dénoncer les inégalités, discriminations et violences sexistes et sexuelles dans le monde de la musique. Epaulée par de nombreuses actrices et acteurs de l’industrie, la plateforme s’est inscrite au fil des mois comme une référence dans la lutte féministe en s’encrant dans le mouvement #musictoo, visant à dénoncer les pratiques sexistes dans l’industrie musicale.

Mais aujourd’hui, D.I.V.A garde ses engagements tout en évoluant en une structure de management et d’accompagnement d’artistes exclusivement féminines comme Joanna, Lazuli et Angie, et met en avant des talents au potentiel impressionnant.

A mi-chemin entre les sonorités baile brésiliennes, la trap latine et le dembow, genre affilié au reggaeton, Lazuli s’est imposée avec son premier EP « Zero » comme une avant-gardiste. Avec sa voix posée, elle puise dans ses origines chiliennes des inspirations sud-américaines et se fraie un chemin entre les basses tortueuses d’Izen, producteur exécutif de ce premier projet. Le résultat est saisissant : Lazuli réjouis autant les amateurs de rap qu’elle ne fait danser les foules, le tout avec une simplicité déconcertante. Et la suite s’annonce d’autant plus détonante : l’artiste a annoncé la sortie de son nouvel EP « Cardio » en collaboration avec le producteur King Doudou, derrière les hits de J.Balvin ou encore du tube « Ohlala » de PNL, pour le 11 mars prochain.

Autre talent du roster DIVA : Angie, originairement issue du chant et des mélodies entre le R’n’B et la soul, a récemment présenté un single « OK » aux sonorités trap qui transpire d’assurance. Le morceau est efficace et on en redemande : gardons l’oeil sur cette future grande dame.

Les outsideuses

Une voix lancinante, un autotune poussé à son maximum et des intonations chargées d’émotions : l’une chante ses peines, l’autre partage ses doutes et ses ambitions grandissantes. Dans la musique de Babysolo33 et Zinée, si la forme peut se ressembler, leur musique leur est totalement propre.

Originairement active sur soundcloud, la chanteuse Babysolo a gardé au coeur de sa musique cette identité underground aux sonorités aériennes : sur des prods à mi chemin entre la trap, le cloud et les textures vaporeuses, elle apporte des mélodies distordues tout à fait captivantes, et aborde avec une certaine justesse les émotions, relations humaines et sentiments amoureux au travers de ses textes. Dans un récent morceau, Balayette, elle conte la rude histoire d’une femme confronté à son copain violent sur des accords de piano mélodieux, des batteries entraînantes et une esthétique au style des années 80. Le résultat est saisissant : Babysolo a un talent certain, et ses récentes sorties, notamment son EP commun « Stress & Paillettes » avec les beatmakers 3G & Bricksy, ne font que le confirmer.

Zinée, elle, est une artiste de la 75ème Session, ce collectif parisien qui a façonné le rap de la capitale en comptant parmi ses ses rangs Népal, Sheldon, Georgio ou encore M le Maudit. Parfois appliquée au découpage des instrumentales au travers de couplets rappés percutants, parfois emportée par ses émotions sur de grandes envolées autotunées, la musique de Zinée a quelque chose d’hypnotisant tant elle véhicule des émotions. Avec son dernier projet en date Colbalt, l’artiste nous a définitivement prouvé qu’elle avait tout pour devenir une des pionnières du rap français tant elle en redessine les contours avec justesse et précision.

Même si la tendance semble légèrement s’améliorer, il est certain que les rappeuses restent encore bien trop rares dans la scène française, et que la place qui leur est octroyée demeure trop mince. Pourtant, ces artistes semblent indispensables à la bonne santé du rap français : avec leurs propositions musicales uniques, elles s’efforcent de créer une nouvelle musique à la croisée d’influences et apportent un univers défini et tout à fait captivant dans cette grande nébuleuse du rap français. Alors tant que les femmes restent encore sous-représentées dans la scène française, continuons de supporter les projets de ces artistes novatrices qui méritent au pire de l’attention, au mieux un succès et une réussite incontestable.