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Le rap français fête le Star Wars Day
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Booba et Yoda - (photos : DR)
Booba et Yoda - (photos : DR)

Le rap français fête le Star Wars Day

Le 4 mai est un jour particulier pour les fans de Star Wars, véritable source d'inspiration pour nos rappeurs français. Zoom.

Notre calendrier est ponctué par quelques dates sacrées qui constituent de véritables points de repères pour certains : Noël pour ceux qui le fêtent, le jour de l’an, Yom Kippour ou Hanouka pour les juifs, les deux fêtes de l’aïd pour les musulmans, le 20 avril pour les fumeurs de joints, le nouvel an chinois, etc. Pour une catégorie de population bien particulière, les fans de Star Wars, ce jour sacré tombe le 4 mai. 

Pourquoi cette date ? Le 3 mai 1979, Margaret Thatcher remporte les élections et devient Premier Ministre du Royaume-Uni. Dès le lendemain, son parti fait publier dans le London Evening News le slogan “May the fourth be with you, Maggie. (“Que le 4 mai soit avec vous, Maggie”). Les fans de Star Wars finissent par reprendre la formule, et consacrent la journée du 4 mai comme fête non-officielle de leur saga préférée. Depuis, cette date revêt un caractère quasi-officiel, puisque Disney l’a également choisi pour célébrer l’univers de la Guerre des Etoiles. 

Le 4 mai est l’occasion pour nous de nous pencher sur les liens très étroits qu’entretient le rap français avec les films de Frank Lucas, depuis IAM jusqu’à Lunatic et PNL et Lomepal. 

IAM

Les membres du groupe marseillais ont été parmi les premiers à mettre en avant leur amour de la Saga, popularisant la relation rap / Guerre des étoiles en 1997 avec des titres comme L’Empire du côté obscur. La première version du morceau sample alors directement la fameuse Marche Impériale caractéristique de la Bande Originale des films. Malheureusement, John Williams, compositeur de la musique, refuse de céder les droits aux rappeurs, et le morceau doit être retravaillé avec une autre prod, celle que tout le monde connaît. La version originale est cependant disponible sur internet (attention, le lien saute régulièrement) : 

Ce titre fourmillant de références à Star Wars (les ewoks, les rebelles, Jaffar, l’Empereur, Dark Vador, les sabres laser, Skywalker, etc) est cependant loin d’être le seul dans la discographie d’IAM. Dès Ombre est Lumière, le groupe enchaîne les clins d'œil, allant jusqu’à intituler leur label “Côté Obscur”.Je me souviens, quand j’étais petit, avoir pris une claque au cinéma en découvrant la Guerre des étoiles ”, expliquait d’ailleurs Akhenaton en 2015 à France TV Info.Ça nous a influencés, évidemment, et nous avons mis dans nos premiers morceaux des références à la saga.

IAM parvient à dépasser le simple cadre de la référence cinématographique en faisant des analogies entre l’univers de Star Wars et le monde réel (la corruption, les gentils qui ne sont pas forcément si gentils, les attaques envers Jean-Claude Gaudin). Fait intéressant, les rappeurs marseillais se placent clairement dans le camp des antagonistes du film, comme le révélait Akhenaton dans une interview pour le magazine XL : “On pense que Luke Skywalker est la figure emblématique de Star Wars. En fait, ce n’est qu’un blond aux yeux bleus, nouveau cow-boy du style John Wayne. Le gendre parfait. Le vrai génie, c’est Dark Vador. Non seulement parce que tu ne vois jamais son regard et qu’il n’utilise jamais physiquement la force, mais surtout parce que c’est le seul à te montrer l’infime frontière qui existe entre le bien et le mal. Dark Vador est la preuve que des le blanc il y a du noir et vice-versa.

Booba

On ne compte plus le nombre de fois où Booba a namedroppé des personnages de la saga (“Anakin j'lui nique sa mère, j'suis en vale-ca interstellaire”), parlé de sabre-laser (“Sabre laser à Skywalker est dans mon fourreau”) ou fait référence aux enseignements ou à la syntaxe de son personnage préféré, Maitre Yoda (“Yoda m’a dit : domine ta peur”; “Aussi méchant est-il, pourquoi ? Maître Yoda, celle-ci est pour toi”). L’obsession du rappeur va bien plus loin que de simples clins d’oeil dans les textes : Booba s’est fait tatouer le visage de Yoda, le porte en pendentif … 

Dans une interview pour Trace TV en 2012, il expliquait sa relation bien particulière avec le personnage : “Maitre Yoda, c’est spirituel. C’est comme Shiryu, dans les Chevaliers du Zodiaque : c’est la force tranquille. Je suis plus du genre posé, réfléchi, que faire une vidéo avec une pelle où j’insulte les mères. C’est deux écoles différentes. Mais ça n’enlève rien à la puissance et à la profondeur. Maître Yoda, il ne ressemble à rien, il ne parle pas beaucoup … mais attention !

Sa passion pour les films de George Lucas est loin d’être nouvelle : on se souvient que Booba évoquait déjà la saga à l’époque de Lunatic (“j’ai envie de ken, j’ai la force comme Anakin j’opère au laser”), mais on peut remonter encore plus loin : en 1994, au beau milieu d’un freestyle avec La Cliqua, il lançait déjà “Renégat, méchant comme Dark Vador, j'ai buté Chewbacca”. 

Alkpote  

L’autoproclamé Empereur de la Crasserie a toujours placé énormément de références à la pop-culture ou au cinéma dans ses textes. Star Wars est l’une des sagas les plus présentes dans son univers, des différentes saisons des Marches de l’Empereur aux titres de ses projets (L’Empereur contre-attaque) en passant par les textes : “armé comme un chevalier Jedi” ; “j’ai un petit sabre-laser” ; “dans l'faucon Millenium j'suis en Versace” ; “De la niaks, de la wax, de la frappe de la mort, mec j'suis Dark Vador, toutes les garces m'adorent” ; etc

On se souvient particulièrement de cet incroyable épisode de la première saison des Marches de l’Empereur, où Alk apparaît casqué en Dark Vador :  

Kaaris  

Pourquoi Dark Vador est mort aussi tôt ? Pourquoi ? Pourquoi on le voit plus ? C’est ça qui fait mal” : en pleine interview pour Konbini l’an dernier, Kaaris posait enfin les bonnes questions. Je suis un fan de Star-Wars, puissance 1000. J’ai des caleçons Star Wars, et quand t’as des caleçons Star Wars, c’est que ça commence à devenir bizarre. Au delà des sous-vêtements, l’influence de l’univers de la guerre des étoiles sur Kaaris se perçoit surtout dans ses textes : l’auteur d’Or Noir name-droppe régulièrement les personnages de la saga, le plus souvent pour y accoler une allusion sexuelle spectaculaire (Elle a reconnu le comte Dooku, ma bite s'élève pour lui faire coucou”, “Je l'enfile dans la chatte à la cousine d'Anakin), mais pas seulement : la punchline “plus de midi-chloriens qu’Anakin” est particulièrement efficace. 

Pourtant, la relation Kaaris-Star Wars était partie sur le mauvais pied, comme il l’a raconté dans une interview avec Yérim Sar pour le média belge Check : “Au départ, j’aimais pas ! On m’a forcé à le regarder. Et quand j’ai commencé à regarder, j’ai pété ma tête, c’est trop ! Mais contrairement aux gens qui sont vraiment fans de Star Wars, mes préférés ce ne sont pas les derniers, qui sont les premiers en fait. Moi, mon préféré, c’est l’enfance d’Anakin. Moins fan des derniers développements de la saga (Star Wars à la base c’est dur, c’est très dur. C’est devenu trop gentil, trop enfant, trop Disney), Kaaris reste un vrai supporter, lui qui rappait en 2015 “sabre laser à l’échographie”. 

Savage Toddy

Un petit jeune qui aime faire les choses à fond : son dernier projet, intitulé Toddy1Kenobi, est très influencé par l’univers de Star Wars, que ce soit par de simples namedroppings (“J'fracasse la prod, la même ce-for que Yoda”) ou par une philosophie générale inspirée par les films de George Lucas. Le rappeur expliquait lui même l’idée chez HypeSoul le mois dernier : “Déjà je suis un grand fan de Star Wars avec mon frère. On veut vraiment apporter un côté spirituel et fantaisiste à cela. Je ne te parle pas d’un côté fantaisiste qui fait gamin on a vraiment voulu apporter une histoire avec cet univers. Il y a donc les valeurs de la force et de l’éducation des Jedi comme thèmes que l’on veut transmettre avec Star Wars. 

Lomepal, S.Pri Noir  

Le titre s’appelle R2D2, la prod sample les bruitages du fameux robot, le personnage apparaît dans le clip … En apparence, Lomepal avait tout pour produire l’un des morceaux les mieux référencés en lien avec l’univers de Star Wars. On regrette qu’hormis ce “j’ai trop faim, mon ventre produit le même son que R2D2”, il n’y ait pas grand chose d’autre à se mettre sous la dent dans le texte pour les fans de la saga. Dommage, d’autant que Lomepal est capable de jolis clins d’oeil sur d’autres morceaux (“Ton corps peut finir en désordre, comme les phrases de Maître Yoda”). 

Même chose pour S.Pri Noir : le morceau s’intitule Skywalker, le rappeur porte des boots R2D2, mais le texte ne fait finalement référence qu’une seule fois aux personnages des films : “C'que j'aime c'est me taper au sabre, Anakin Skywalker / Mais j'suis sorti du côté obscur, l'enfant vient d'ailleurs”. 

Mais aussi :   

Tiers Monde : “J’suis un débrouillard, d’accord / J’vendrais d’la ventoline à Dark Vador”

Une variation sur la thématique “savoir vendre du sable dans le désert”, plutôt bien appliquée au personnage de Dark Vador et sa respiration très bruyante. 

PNL : "J'suis perché dans les abîmes, un peu comme Anakin. Yodaroule un deux feuilles, obscure très tôt dans la matinée" 

Il est vrai que Yoda doit consommer des substances assez fortes pour que ça impacte à ce point sa syntaxe. 

Kery James : “Comme Anakin, j’ai la colère facile”

Heureusement, Kery n’a jamais cédé au côté obscur de la force. 

Freeze Corleone : J'fume la Skywalker, v'là d'midi-chloriens comme un Skywalker”

Et oui, Star Wars n’a pas inspiré que les rappeurs : la Skywalker est une variété de cannabis, qui, selon certains revendeurs, présenterait des taux de THC galactiques. 

Médine : "On a tous dans la tête un être mystérieux / Un hystérique haineux, une caricature de Mister Hyde / Le mien ressemble au seigneur des Siths capuché" 

Une idée particulièrement bien imagée, dans un titre en featuring avec Ol Kainry, orienté sur la thématique “le combat contre soi-même”, très présent tout au long de la saga. 

Caballero et JeanJass : "Tu n'fais que loose et moi je win tout / Je suis le fils de Maître Windu"

Pas forcément la plus belle rime de la carrière de Jeanjass, mais ça fait toujours plaisir de voir une référence à un personnage moins mis en avant par les rappeurs.