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Le Juiice : la trap française a trouvé sa nouvelle reine
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Le Juiice (photo - Jaimelimage)
Le Juiice (photo - Jaimelimage)

Le Juiice : la trap française a trouvé sa nouvelle reine

Rappeuse et jeune entrepreneuse, Le Juiice, grâce à son talent et à une force de caractère à toute épreuve, s’impose déjà comme la nouvelle reine de la trap française. Portrait.

Pour la majorité d’entre nous, 2020 restera une année noire à chasser de toutes les mémoires. Pas pour Le Juiice qui a vu sa notoriété monter en flèche ces douze derniers mois, quasiment aussi vite que les chiffres de la seconde vague de Covid. Au diable le confinement, et tant pis si les concerts et les festivals sont annulés un par un, la rappeuse native de Boissy-Saint-Léger (94) et d’origine ivoirienne va mettre cette sombre période à profit pour échafauder son plan de braquage de la trap française.

Après avoir sorti son premier EP, Trap Mama en février 2020, elle a poursuivi son irrésistible ascension le 27 novembre dernier en dévoilant la mixtape Jeune CEO. Une nouvelle frappe balancée sans vergogne en plein dans les joyeuses du rap game. En deux projets, Le Juiice a donné le ton et a clairement affiché ses ambitions artistiques.

Si elle a pris le micro, ce n’est pas pour faire de la figuration, mais bel et bien pour les gouverner tous. Et ce n’est pas le fait d’être une femme dans un milieu majoritairement masculin qui va l’arrêter. Au contraire même, elle va carrément en faire sa force, son moteur. « Avec moi, mâle dominant devient mâle docile », comme elle le dit si bien. Rappeuse talentueuse et entrepreneuse clairvoyante, elle promet de s’imposer dans le game par la grandeur de son talent et par la force de sa détermination. Son histoire est d’autant plus belle qu’elle n’était initialement pas prédestinée au rap.

Money Time

Il y a deux ans, Joyce de son vrai nom ne se voyait pas rappeuse. Elle était encore, conseillère financière en banque et aspirait à devenir conseillère en gestion de patrimoine. Seulement, les portes se ferment une par une et l’éloignent de plus en plus de cette voie. Combative et loin de vouloir se laisser abattre, elle s’ouvre de nouveaux horizons en avance progressivement vers le micro.

Bien que Le Juiice écrive des poésies depuis son plus jeune âge, elle ne gratte pas encore réellement le papier. Le rap, ce n’est pas elle, mais son entourage qui le pratique. Alors qu’elle accompagne Baka, l’un des potes de son quartier pour qu’il participe à Rentre Dans le Cercle, Fianso la remarque. Elle ne rappe pas encore, mais l’Affranchi visionnaire est déjà sûr de son talent : « Wallah ma sœur, il faut que tu rappes, tu as une dégaine de rappeuse ! »__, lui dit-il.

Toujours en quête de challenge, elle se prend peu à peu au jeu et, aussi incroyable que cela puisse paraître pour elle, la mayonnaise prend. Ses quelques freestyles écumés sur Instagram lèvent le voile sur son talent quasi-inné. Elle est ensuite contactée pour boucler la boucle et rentrer dans le cercle à son tour. Affamée et prête à en découdre, elle dévore tous les MC de l’assemblée, Fianso reste bouche-bée. Après avoir confirmé ses talents dans divers Planète Rap, aux BET Cyphers 2020 et sur plusieurs singles en 2019, elle n’a plus rien à perdre. Il est temps de sérieusement se lancer.

Trap Mama

Si la pratique du rap est résolument nouvelle pour Le Juiice, c’est un genre musical dans lequel elle baigne depuis toujours. Dans sa jeunesse, elle est élevée aux sons de Passi, MC Solaar, et des nombreuses compils de rap français de l’époque. C’est en grandissant qu’elle se tourne davantage vers les US et la vieille école trap d’Atlanta, portée par Gucci Mane et 2 Chainz entre autres.

Elle qui a travaillé dans une banque se reconnaît aisément dans cette culture trap qui prône la démesure et glorifie les billets violets. Mais la trap ce n’est pas seulement l’éloge de l’argent, c’est surtout un style de vie à part entière. Un art brut, cool, authentique et résolument plus accessible.

N’y voyez pas là une solution de facilité. Bien que son style de prédilection se situe effectivement dans la tendance du moment, Joyce ne veut pas se contenter de rentrer dans le moule. Si elle trappe, c’est pour apporter sa touche et sa vision au mouvement. Cette manière de faire et cette identité bien à elle, elle l’appelle la « Juicy trap ». Plutôt que de sexualiser son image et user de sa chaire, elle opte pour une trap dynamique, plus joyeuse et impertinente. Pour la rappeuse, c’est la formule parfaite pour exprimer ses élans d’egotrip.

Celui-ci est d’ailleurs poussé si loin que d’emblée avec son premier projet, Trap Mama, sorti en février 2020, Le Juiice n’hésite pas à s’affirmer d’entrée de jeu comme la boss finale de la discipline. Évidemment, au-delà du culot, elle a de solides arguments. Comme personne, elle débite ses flows, enchaîne les punchlines agressives, et découpe les prod’ avec une aisance déconcertante.

Un business plan bien rodé

Pur produit de l’école « Hustle Harder », Le Juiice a toujours prôné un profond désir de liberté et d’indépendance. En voyant les portes se fermer lorsqu’elle rêvait encore de briller en tant que conseillère en patrimoine, elle apprendra une leçon, celle qui dit que l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même. C’est dans cette démarche qu’à peine lancé, elle prend l’initiative de développer son propre studio et son propre label Trap House, qui distribuera ses deux premiers projets en totale indépendance.

Envers et contre tous, elle a réussi. Celle qui se posait encore un tas de questions dans No Cap sait désormais où elle va et est définitivement sure d’une chose : sa carrière musicale, elle la façonnera par elle-même, sans dépendre de qui que ce soi. C’est là le cœur du propos de sa deuxième mixtape, Jeune CEO, sortie le 27 novembre 2020 et décortiquée dans Mouv Rap Club. C’est aussi sur ce projet de dix titres qu’elle signe ses premières collaborations. A ses côtés au micro, on retrouve Stavo de 13 Block, la chanteuse Meryl et son compatriote du 225, Jok’Air, fier de représenter avec elle ses racines ivoiriennes.

Galvanisée par ses premières années d’expérience concluantes dans l’industrie musicale, Le Juiice ne compte pas s’arrêter là et souhaite aller encore plus loin. En plus de chercher sans cesse à élever son niveau de rap, elle veut surtout insuffler une nouvelle mentalité à l’industrie. L’important pour elle, c’est d’inspirer les jeunes artistes en devenir, les inciter à garder le contrôle sur leur musique et à opter pour la voie de l’indépendance. Si elle a réussi dans cette direction, pourquoi pas eux ?

D’un point de vue plus personnel et individuel, Le Juiice compte bien continuer à gravir les échelons.  A long terme, elle se voit déjà faire fructifier son affaire et enfiler d’autres casquettes. Comme Passi qu’elle admire, elle affiche déjà l’ambition de produire de nouveaux artistes dans le futur, manager des nouveaux talents, mais aussi développer d’autres business toujours plus juteux.

Femme et patronne de caractère, Le Juiice peut déjà être fière de ce qu’elle a accompli. En à peine deux ans de carrière, la rappeuse a imposé avec aplomb et audace sa marque sur le rap game.  Bien que de nombreuses facettes de sa personnalité restent encore à découvrir, elle a déjà gagné une place confortable sur le trône de la nouvelle trap française. A celles et ceux qui voudraient l’en déloger, il va falloir se bouger.

Jérémie Léger