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Le guide des vacances du rap français
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PNL -  "Je suis QLF" (Capture écran © Kamerameha / Mess)
PNL - "Je suis QLF" (Capture écran © Kamerameha / Mess)

Le guide des vacances du rap français

Où partir, à quel prix et où bien manger et sortir ? Le rap français a très largement répondu à toutes ces questions estivales récurrentes. Doc Gyné, Rim'K, La Rumeur...

Que l’on soit vacancier ou non, les mois de juillet-aout ont toujours un parfum un peu particulier. Pour ceux qui partent, ce sont quelques jours ou quelques semaines de dépaysement qui viennent récompenser les efforts des dix mois précédents, et recharger les batteries avant la rentrée. Pour ceux qui restent, c’est l’impression de vivre un temps dans un monde parallèle, avec des rues et des transports en commun vides comme un lendemain de fin du monde. Reflet déformé de la société, le rap français vit lui aussi des heures un peu particulières pendant la période estivale : beaucoup moins de sorties, des artistes en pause sur les réseaux sociaux, et des médias spécialisés partiellement éteints. L’été, certains ont des exigences simples (Ademo et son pot de Nutella au soleil), d’autres sont plus originaux (Alkpote qui scande "en vacances en enfer mec, j’t’envoie une carte postale"), tandis que certains n’ont pas d’autre choix que de regarder la réalité en face ("redescends sur terre ou barre-toi dans un 4 étoiles plein de Parisiennes à poil en train de faire de la planche à voile" - Ekoué, évidement). Le guide des vacances du rap français : suivez le guide !

Quand tu pars pas  

Jul amenait le sujet sur la table il y a deux ans avec le titre A La Cité (“j’connais des gens endettés, qui savent pas où passer l’été”), mais la galère des mois de juillet-aout au quartier sont un sujet récurrent dans le rap français depuis le mythique Un été à la cité du Ministère Amer. Les vacances passées au pied des tours ne sont pas forcément les plus excitantes, mais contiennent leur lot de péripéties : grosses chaleurs (« 11 heures, le soleil brille brille brille ») et beaucoup de prudence (“on surveille ses arrières pour ne pas se faire serrer, c'est ça un été à la cité”) du côté de Passi ; chez Stomy, les conditions climatiques sont encore plus difficiles (“14 heures, le soleil brûle sa mère”) et les activités extrêmement restreintes (“attendre par ce temps c'est chiant”). 

Quelques années plus tard, c’est La Rumeur qui retourne la question dans tous les sens, évoquant “la chaleur accablante d’un été en villégiature”. Le soleil est vu comme “hostile”, le principal problème reste “les poches vides”, avec des détails auxquels on ne pense pas forcément toujours, mais qui restent des obstacles face à tout velléité de voyage : “la révision d’la caisse pour partir sans qu’ça craigne”. Depuis, rien n’a changé ou presque : quand Dosseh pose Eté au tieks 20 ans plus tard, les galères sont les mêmes (“j’fais que traîner au tieks”, “faire bronzette sur le banc”) même si l’ambiance est globalement plus festive (“le temps idéal pour mater quelques fesses”, “samedi y’a le poto qui se marie”, “barbac vers le lac”). 

Coût du voyage 

Zéro euro. En enchaînant les missions intérim ou les petits boulots, vous pouvez même finir les vacances avec un solde positif. Inespéré partout ailleurs. 

Où bien manger ? 

A Garges-Sarcelles, du côté de chez Passi, vous pourrez faire le tour du monde des spécialités culinaires sans même avoir besoin de traverser la rue : “la chaleur fait monter chez moi l'odeur du tchep et cantonnais du deuxième, le couscous et colombo du troisième mélangé au saka saka du quatrième

La Thaïlande  

Si les rappeurs français d’origine thaïlandaise ne courent pas les rues (on peut miser sur les enfants de Seth Gueko ou ceux de Jason Voriz, mais laissons-leur le temps), les plages de Pukhet et Pataya attirent nos artistes comme le miel attire les mouches. Si vous rêvez de croiser un rappeur en vacances, vous aurez donc plus de chances sur place que nulle part ailleurs dans le monde. Avec un peu de chance, vous tomberez même sur le tournage d’un clip voire même d’un film -et donc potentiellement, sur une concentration de rappeurs au mètre carré aussi forte qu’à Sevran. 

Coût du voyage 

Si on en croit Kekra, plutôt spécialiste de la question (“Je me barre en Thaïlande tous les ans pépérement pour rejoindre la famille”), un séjour en plein hiver vous coutera un été de travail sur le rythme midi-minuit (“charbonne dehors tout l'été, normal que je taille en Thaï' pendant que vous vous vous les gelez”). 

Où bien manger ? 

Si vous ne souhaitez pas investir dans un billet d’avion uniquement pour aller tester les spécialités culinaires locales, vous pouvez vous rendre au Petit Phuket de Seth Gueko avec un simple pass navigo. 

Ceux qui en rêvent  

Conséquence logique des étés passés au milieu du béton et des terrains vagues, le fantasme des vacances paradisiaques sur une plage de sable fin revient régulièrement chez les rappeurs, en particulier pendant les années 90. A l’époque, La Clinique cartonne avec Playa, vision fantasmée des vacances au soleil, tandis que NTM évoque déjà “une année sabatique sous les tropiques” en 1995, une année également marquée par l’un des plus vieux titres connus de Booba : Cash Flow, qui reprend cette même thématique. Le rappeur s’imagine alors “sur les plages du Sénégal” mais aussi “en Jamaïque, danser le bugle bugle” ou encore au Mexique -en somme, les bases d’un joli tour du monde. Le cas de Booba est par ailleurs assez particulier, étant donné que la fiction a finalement été dépassée par la réalité. 

Coût du voyage 

Votre imagination. Attention, peut tout de même coûter une déprime estivale. 

Où bien manger ? 

Du côté de La Clinique on pense plus à boire et fumer qu’à manger, du côté de Booba on est plutôt dans “le caviar et le foie gras dans la limo” avec ce bel avantage : “j'bouffe tous les jours au resto et si c'est bon, j'irai voir le patron, j'achèterai le cuistot”. C’est l’avantage du pur fantasme : vous pouvez vous régaler devant un plat de coquillettes au beurre sur votre balcon en imaginant qu’il s’agit d’un vol au vent de homard sur une plage de sable fin. 

Les vacances au bled  

L’un des sujets les plus récurrents du rap français mais aussi les plus variés, tant par les origines des rappeurs que par leur perception de leur double identité, un peu en France métropolitaine et un peu ailleurs. Certains profitent ainsi de la période estivale pour renouer avec leurs racines tout en profitant autant que possible de l’aspect quasi-touristique de leur séjour, à l’image de Rim’K sur l’un des titres les plus populaires de toute l’histoire du rap français, Tonton du Bled (“qu’est ce que j’vais kiffer sur la place Guidon”, “j’suis sur la plage à Boulémat avec mon zinc et son derbouka). Malgré l’ambiance plutôt chaleureuse qui se dégage de ce morceau, le rappeur prend tout de même le temps de remettre les choses dans leur contexte avec un “j’peux pas fermer les yeux sur ce qu’il se passe vraiment” qui remet les pieds sur terre. 

Le 113 récidive d’ailleurs dans la foulée avec Tonton Des Îles, dans lequel AP conte le même type de retour aux racines, cette fois-ci en Guadeloupe. L’un des autres grands classiques du rap français sur le sujet reste toutefois Né ici de Doc Gynéco, avec cette distance entre la réalité vécue en métropole (“ici tout est gris, ça s’appelle Paris”, et pire, “les seringues mortes se ramassent à la pelle sur les trottoirs de la rue La Chapelle”) et la vision paradisiaque de l’île où sont nés ses parents (“sous les cocotiers, les filles sont dorées”). 

On termine avec l’inévitable Blessé dans mon Ego, solo d’Ekoué qui raconte de façon totalement désenchantée le moment où le rappeur met les pieds au Togo, et découvre sa position le cul entre deux chaises : “un statut de paria ici, d’intrus en cance-va au bled”. Considéré comme un fils d’immigré en France, il n’est pas mieux accepté en Afrique, où il n’est pas forcément bien vu avec “ses sapes et ses manières de petit blanc”. 

Coût du voyage 

Un 504 break suffit dans le cas du 113, l’hébergement sur place peut se faire chez la famille, le budget peut donc être limé. Le Doc, lui, a une bonne stratégie pour s’en sortir à moindre frais : “j’y vais quand c’est gratuit, congé bonifié”. Dans le cas du Togo, en revanche, oubliez le trajet en voiture et n’espérez aucune aide de votre employeur pour vous payer un billet d’avion. 

Où bien manger ? 

Colombo, plats épicés, fruit de la passion et poisson grillé du côté du Doc, chorba, thé et selecto chez Rim’K : choisissez votre camp.