MENU
Accueil
Le guide des rappeurs de plus de 40 ans
Écouter le direct
Rim'K et Ninho dans le clip "Air Max" (Capture YouTube)
Rim'K et Ninho dans le clip "Air Max" (Capture YouTube)

Le guide des rappeurs de plus de 40 ans

Longtemps considérée comme un genre musical réservé aux plus jeunes générations, le rap a repoussé ses limites d’âge, et de nombreux artistes restent dans l’ère du temps à 40 ans passés.

En 2018, Rim’K fêtait ses quarante ans en publiant le single Air Max en featuring avec Ninho, qui allait devenir le plus gros succès solo de sa carrière en explosant les compteurs et en allant chercher le disque de diamant. Symbole de la seconde jeunesse du rappeur, le succès de ce titre a ouvert la voie à l’album Mutant tout en rappelant que la question de l’âge dans le rap français était de moins en moins problématique. Longtemps considérée comme un genre musical réservé aux plus jeunes générations, difficilement aux trentenaires, et dans aucun cas aux quarantenaires, le rap a repoussé ses limites d’âge au fil des ans, poussé par la bonne santé artistique de ses représentants les plus âgés.

La période du confinement et du post-confinement a été particulièrement révélatrice du glissement générationnel du rap français. En avril, Rim’K ouvrait le bal avec son EP Midnight ; en mai, ce sont Aketo (39 ans), Rockin Squat (50 ans) et Akhenaton (51 ans) qui livraient chacun un projet , en juin, Furax Barbarossa (41 ans), LIM (40 ans) et Joe Lucazz (43 ans) continuaient eux aussi à enrichir leurs discographies, alors que Nessbeal (41 ans) faisait une belle apparition sur l’album de Jul ; avant que Swift Guad (38 ans) ou Alkpote (39 ans) n'enchaînent en juillet. Pendant ce temps, Rohff (42 ans) continue à prouver son excellent état de forme, tout comme Kaaris (40 ans), qui cartonne partout avec le single Goulag, tandis que Booba (43 ans) occupe encore et toujours l’actualité, et que son ex-binôme Ali (45 ans) s’est beaucoup montré cette année

Là où rapper à 40 ans était encore impensable à une époque, c’est aujourd’hui devenu la norme. Pour certains artistes, trouver le bon positionnement à cet âge reste pourtant un casse-tête : faut-il rester à son style de toujours, quitte à se fermer aux auditeurs les plus jeunes, ou bien tenter de se mettre à jour et risquer un excès de jeunisme ?

S’accrocher à la tendance et jouer sur son expérience

C’est une méthode qui a parfaitement fait ses preuves jusqu’à aujourd’hui chez des profils comme Rim’K, Alkpote ou Booba. En s’adaptant continuellement aux nouvelles tendances, sans jamais se laisser dépasser par les évolutions de la musique, ces rappeurs ont prolongé leur jeunesse. Surtout, ils ont su miser sur leur bagage technique, fruit de longues années d’expérience, pour enrichir leur musique actuelle. Quand Rim’K invite Koba LaD et Sch sur un featuring, il peut certes profiter de leur fraîcheur et leur énergie, mais il en profite également pour une petite démonstration technique, histoire de rappeler que sur ce plan, il reste intouchable. C’est particulièrement criant sur l'enchaînement des cinq titres de son dernier EP, Midnight : quel que soit le style du morceau ou le profil de l’invité (Hamza, Dadju), on est vraiment face à un rappeur qui maîtrise chaque aspect du rap actuel avec une facilité déconcertante.

Même chose pour Alkpote, qui enchaîne les collaborations avec des rappeurs plus jeunes que lui, y compris d’excellents techniciens (Vald, Freeze Corleone) et fait à chaque fois très forte impression, tant son art est rodé. Cette approche reste la meilleure solution pour affronter l’épreuve du temps et continuer à toucher les nouvelles générations successives, mais elle nécessite de rester bien à l'affût des nouveautés et de se mettre à jour régulièrement pour ne pas perdre le train en route.

Rester fidèle à son style en toutes circonstances

C’est le cas de rappeurs comme Akhenaton ou Furax Barbarossa, dont les derniers projets en date ont tout pour plaire aux auditeurs qui regrettent l’époque où un bon rappeur était avant toute chose un véritable lyriciste. Fidèles à eux-mêmes, ces profils n’ont jamais couru après aucune tendance et ont toujours défendu leur propre vision du hip-hop, sans forcément cracher sur la nouveauté. Une bonne nouvelle pour leur fan-base et pour le public qui recherche des qualités moins présentes chez la jeune génération, comme cette tendance à enchaîner les rimes riches sur 32 ou 48 mesures qu’on retrouve chez Furax, ou cette inclinaison à la réflexion et à l’introspection qui fait le sel des textes d’Akh.

L’inconvénient de cette approche est évident : le décalage avec les nouvelles générations se creuse au fil du temps, et si certains jeunes auditeurs font l’effort de s’intéresser à un style de rap qui a dominé dans le passé, il sera plus difficile d’accrocher la masse. L’artiste doit donc accepter de voir son public vieillir avec lui. Dans un genre différent, un profil comme LIM reste lui aussi très fidèle à ce qu’il a pu produire auparavant. Si les sonorités ont évolué, la mentalité du rappeur reste la même, puisque son dernier EP en date, Bouteille d'absinthe, démarre tranquillement sur “dans la ville ça deal, kill tranquille ouais, handek au civils”, comme si son couplet avait été écrit vingt ans plus tôt.

Aborder des thématiques en rapport avec son âge

Entre l’expérience de vie, le recul, les épreuves vécues, le savoir accumulé, les différentes phases d’introspection réalisées, il est évident que le discours d’un artiste n’est pas forcément le même à 40 ans ou à 20 ans -malgré quelques exceptions comme LIM, qui continue de rapper comme s’il était au milieu d’une émeute ou Alkpote, qui continue à explorer les champs lexicaux de la fellation et des produits laitiers.

Akhenaton est l’un des exemples les plus évidents de ces rappeurs qui évoquent des thématiques en phase avec leur âge, comme lorsqu’il traite du deuil sur Marches pour les cieux ou qu’il se rappelle de ses premiers contacts avec le hip-hop en 1984 sur Re-Présenter. Dans les projets récents, on peut également citer Aketo, moins solennel dans sa façon d’aborder ce genre de sujet, et clairement décidé à s’amuser sur son dernier EP, Confiserie, mais qui trouve le temps de poser quelques enseignements de vie au sujet des relations humaines : “est-ce que ton cul est propre ? C’est ce que m’a dit un vrai pote, celui qui te fait pleurer, pas celui qui te fait rire.

Prouver qu’on est toujours dans le truc

Le cas d’Aketo est par ailleurs assez atypique, puisque comme on l’a déjà explicité dans nos colonnes, il s’agit d’un rappeur dont l’univers solo et les influences sont assez éloignées de ce qui peut ressortir de sa discographie en groupe. Si l’on s’en tient uniquement à l’âge et à la date de ses grands succès, on pourrait le classer parmi les vétérans. Pourtant, en solo, il n’a encore jamais sorti de véritable album, et serait presque à considérer comme un newcomer. L’EP Confiserie a largement convaincu, prouvant qu’Aketo était à l’aise sur des sonorités dans l’ère du temps, et faisait preuve d’une maîtrise technique impeccable.

Laisser le devant de la scène aux plus jeunes et les coacher

L’émergence d’une scène dite alternative ces dernières années a permis au rap français de se renouveler aussi bien sur le plan des sonorités que sur celui des thématiques ou de l’imagerie. La réussite de rappeurs comme Freeze Corleone ou Retro X cache pourtant une autre réalité : derrière eux, ce sont respectivement Shone (Ghetto Fabulous Gang, Holocost) et Gizo Evoracci (rappeur originaire de Grigny que l’on a vu aux côtés de Snoop Dogg, Nipsey Hussle ou la Three Six Mafia) qui gèrent leurs arrières. 

La longue expérience de ces profils, rodés au rap indépendant, aux modèles économiques parallèles, et aux discours ou influences en marge du reste du milieu rap, est particulièrement utile pour lier la dimension underground de cette scène et l’ouverture à un public de plus en plus large.