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Laylow devient un Big Fish du rap français avec "L'Étrange Histoire de Mr. Anderson"
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Laylow - capture "L’Étrange Histoire de Mr. Anderson, Le Film" (Osman Mercan)
Laylow - capture "L’Étrange Histoire de Mr. Anderson, Le Film" (Osman Mercan)

Laylow devient un Big Fish du rap français avec "L'Étrange Histoire de Mr. Anderson"

Quand Laylow s'inspire de l'univers fou et singulier de Tim Burton dans son dernier album, voici notre focus.

Plusieurs semaines ne sont pas de trop pour digérer L’Étrange Histoire de Mr.Anderson. Le deuxième album de Laylow, sorti ce 17 juillet 2021, nous fait découvrir une nouvelle partie de son imaginaire sans limite. Après avoir voulu nous perdre entre fiction et réalité à travers TRINITY, l’artiste crée ici la confusion entre rêve, cauchemar et réalité. Le mystère et la singularité du personnage le propulse dans les tops des plateformes de streaming. Il bénéficie d’un nombre exponentiel d’auditeurs, et son dernier opus est d’ores et déjà disque d’or.

Laylow monte les marches du succès petit à petit depuis ses débuts dans le rap, notamment en duo avec  Sir’klo. Cependant, les marches deviennent aujourd’hui de plus en plus hautes, mais il les surmonte avec, semble-t-il de l’extérieur, une aisance déconcertante. Ce travailleur acharné est cependant loin de démériter ses accomplissements. Le chemin est semé d’embuches, comme il l’illustre dans son album.

Laylow et le cinéma, de Matrix à Tim Burton 

Laylow a présenté son album à l’aide d’un court métrage de son fidèle acolyte Osman Mercan produit par MAKINA. Comme l’artiste l’a fait tout au long de sa carrière, il a glissé de nombreuses références cinématographiques dans son œuvre. Jusqu’à maintenant il avait fait référence à Matrix, très largement dans son opus précédent intitulé TRINITY, mais aussi avec le nom qu’il a attribué à son alter ego beatmaker, Mr. Anderson, puisqu’il s’agit de Neo dans le film. D’autres références cinématographiques assez diverses ont pu être aperçues tout au long de sa carrière.

Cette fois-ci, ce sont des clins d'œil aux films de Tim Burton que nous pouvons remarquer. Tout d’abord, la typographie et le titre de l’album, L’Étrange Histoire de Mr. Anderson, n’est pas sans rappeler L’Étrange Noël de Monsieur Jack du réalisateur américain. Ce dernier a par ailleurs un univers fantastique et assez sombre se rapprochant ainsi de celui de Laylow.

Aussi, la maison en bois penchée dans laquelle vit Laylow avec sa mère avant de partir, au début du court métrage, ressemble à s'y méprendre à celle dans laquelle vit Charlie et toute sa famille dans le Charlie et la Chocolaterie de Tim Burton. 

L’Étrange Histoire de Mr. Anderson, Le Film
L’Étrange Histoire de Mr. Anderson, Le Film
Charlie et la chocolaterie
Charlie et la chocolaterie

Des similitudes entre Big Fish de Tim Burton et le court métrage de Laylow

Mais c'est à un autre film du réalisateur que nous allons nous intéresser ici : Big Fish, sorti en 2003. La forêt dans laquelle pénètre le rappeur pourrait être un clin d'œil à celle de Big Fish, tout comme le plan de la voiture coincée dans un arbre. 

L’Étrange Histoire de Mr. Anderson, Le Film
L’Étrange Histoire de Mr. Anderson, Le Film

Un morceau porte d’ailleurs le titre de LOST FOREST. 

La forêt perdue est un lieu important du film de Tim Burton : le personnage principal, Edward Bloom, s'y perd, elle est semée d'embûches mais il n'a pas peur d'y mourir. Grâce à ce parcours, il découvre une ville d'apparence parfaite. En fait, Edward n’a pas peur de la mort, puisqu’une sorcière lui a montré de quelle façon sa vie se terminait. Ainsi, à chaque épreuve pouvant inspirer la peur, il se rappelle que ce n’est pas de cette manière-là qu’il meurt. Une sorcière est également présente dans le court-métrage de Laylow. C’est grâce à elle, et au chien qu’elle met dans la Lamborghini Diablo que conduit Jey, qu’il se retrouve près de la cabane où il rencontre Mr. Anderson.

Jey et Edward Bloom : de nombreux points communs dans l'œuvre de Laylow

En réalité, l’album lui-même, et l’entièreté de l'œuvre de Laylow, pourrait avoir des références indirectes au film Big Fish si l’on pousse l’analyse. Dans le long métrage, Edward Bloom raconte des histoires invraisemblables, sans qu’on sache discerner le vrai du faux, ce qui agace particulièrement son fils. À la fin on saura que la vérité aura simplement été romancée avec des détails fantastiques. Il paraît évident que dans L’Étrange Histoire de Mr. Anderson, Laylow s’inspire de sa vie personnelle en l’entremêlant avec son imaginaire. 

De la même façon, Edward Bloom, personnage principal de Big Fish, se décrit comme un homme irraisonnable dont la curiosité le pousse à aller au-delà des limites préconçues afin de, parfois, forcer le destin. Voilà un nouveau point commun entre les deux personnages. L’un traverse des épreuves sans précédent pour retrouver la femme de sa vie, l’autre pour vivre de sa passion, à savoir la musique. Le fait que leur destin leur échappe n’est pas une solution à leurs yeux. Du moins, ça n’en est pas une aux yeux de Mr. Anderson dans le court métrage.

Le plus intrigant dans toutes ces références visuelles aux films de Tim Burton est qu’il n’invoque pas directement cet univers dans ses textes, contrairement à Matrix et TRINITY puisque l’album porte dans ce cas-là carrément le nom d’un des personnages du film.

Beaucoup ont considéré jusqu’à la récente explosion de Laylow que sa musique était trop évoluée, poussée, excentrique, presque futuriste pour le public français. Alors que certains auditeurs en France étaient réticents à son style, celui-ci aurait pu être largement accepté aux États-Unis par exemple, où la diversité artistique est plus vaste. D’ailleurs, l’artiste poursuit sa carrière à Paris et non à Toulouse et sa région où il l’avait entamée. Ces éléments permettent de l’associer à l’expression “Un gros poisson dans une petite mare. Dans le film Big Fish, cette phrase est énoncée : “Vous ne vous êtes jamais dit que vous n’êtes pas trop grand mais que c’est peut-être la ville qui est trop petite?” Elle est destinée à un géant, mais elle pourrait s’appliquer à Laylow face à l’industrie musicale française par exemple. 

L’artiste évolue encore aujourd’hui en indépendant, avec son label Digitalmundo. Ses titres ne sont à la base pas calibrés pour être diffusés à la radio, bien Spécial et que R9R-LINE en featuring avec Damso soit désormais playlistés chez nous notamment. Cet être qui s’est aussi bien présenté comme bionic que vulnérable progresse sans concession dans une industrie parfois cruelle. “Ce n’est pas la fin qui compte, c’est le chemin la clef” comme le dit si bien Mr. Anderson dans UNE HISTOIRE ÉTRANGE.

Marie Sineux