MENU
Accueil
Lacrim : retour sur la série "R.I.P.R.O"
Écouter le direct
Lacrim - (photo : Fifou)
Lacrim - (photo : Fifou)

Lacrim : retour sur la série "R.I.P.R.O"

Lacrim est sur le point de conclure l’aventure "R.I.P.R.O" avec un quatrième et dernier volume. On revient sur les trois premières mixtapes de la série.

Le 16 octobre, Lacrim livrera le quatrième et dernier volume de la série R.I.P.R.O, débutée en 2015. Annoncé par le rappeur comme un projet particulièrement sale, ce dernier épisode a déjà partiellement dévoilé sa tracklist, et le moins que l’on puisse dire, c’est que Lacrim reste fidèle à lui-même. : références à des séries Netflix hispanophones (El Professor, piste 1), à des hommes politiques à l’image de gangsters (Jacques Chirac, piste 2), et insultes gratuites (Allez nique ta mère, premier single dévoilé). 

Malgré des chiffres moins spectaculaires qu’il y a quelques années, quand l’album Force & Honneur scorait plus de 60.000 ventes en première semaine et allait chercher le triple platine, Lacrim reste un poids lourd du rap français, et la sortie d’un nouveau projet de sa part est toujours un petit événement. Avec quasiment un million de disques vendus depuis le début de sa carrière, le rappeur du 94 a tranquillement marqué la dernière décennie. R.I.P.R.O volume 4 lui permettra à la fois de refermer un chapitre important de sa carrière, et d’en entamer un autre, puisqu’une nouvelle décennie s’ouvre, avec beaucoup d’interrogations pour les rappeurs qui ont connu leur apogée il y a quelques années et qui voient émerger une nouvelle génération aux dents longues. 

Si Lacrim ne convainc pas tout le monde, il y a bien une chose qu’on ne peut pas lui reprocher : de la première à la dernière ligne de sa discographie, il a toujours été parfaitement cohérent avec son personnage. Quasiment immuables, son univers, son discours, son imagerie, restent les mêmes depuis dix ans. Douzième projet d’une carrière qui l’aura vu accumuler les featurings avec des stars françaises (Rohff, Booba, Sch, Gims) et surtout internationales (Snoop Dogg, Migos, Rick Ross, Cheb Mami), R.I.P.R.O volume 4 vient prolonger et conclure une série de mixtapes ambitieuses. 

Juin 2015 : R.I.P.R.O Vol.1  

Le contexte de sortie : Après des années à charbonner et à enchaîner des projets qui installent son univers (Faites entrer Lacrim, Liberté Provisoire, etc), Lacrim a explosé en 2014. Il concrétise sa montée en puissance avec l’album Corleone, disque d’or en deux semaines avant le streaming, une grosse performance à l’époque. La popularité de Lacrim est accrue suite à des mésaventures dont il se serait bien passé : condamné en mars 2015 après que ses empreintes aient été retrouvées sur des kalachnikovs à Marseille, il part en cavale et quitte la France. Le premier volume de R.I.P.R.O déboule donc en fin de premier semestre 2015, alors que le public s’est emparé de son histoire, avec hashtags et t-shirts “Libérez Lacrim”. 

Le contenu : Le premier volume de R.I.P.R.O démarre de façon assez incompréhensible pour qui découvre Lacrim à l’époque, puisque sa première piste est une part.2, celle du titre Sale Époque, sorti cinq ans plus tôt en intro de Liberté Provisoire, un projet resté assez confidentiel ; sachant que la tracklist se poursuit avec un remix international de Corleone, le titre éponyme de son premier album, sorti un peu moins d’un an plus tôt. Au delà de ces choix assez étonnants, R.I.P.R.O est typiquement le genre de mixtape dont le contenu n’a rien à envier à celui d’un album : Lacrim mise sur des gros featurings pour asseoir définitivement son statut de poids lourd (Migos, Gradur) et place quelques singles majeurs. 

Le morceau à part : Mon fils, un titre à l’ambiance bien particulière en featuring avec Leslie, une chanteuse qui se faisait déjà de plus en plus rare sur disque en 2015. Comme son titre l’indique, Mon Fils traite de paternité et du genre de vie qu’il souhaite à sa progéniture, mais évidemment Lacrim reste lui-même et place tranquillement “les keufs m'ont pété à quatre heures du mat', ils s'sont amusés à me tabasser” ou “fils de pute, si tu es mon ennemi, on se souhaite la mort et ça c'est pour la vie. 

L’invité marquant : Sch, qui charbonne aussi depuis quelques années, et qui signe sur R.I.P.R.O Vol.1 son premier véritable contact avec le grand public. Un featuring (6.35, avec Sadek en troisième larron) et surtout un solo (Millions) qui vient conclure la tracklist de la mixtape et titiller la curiosité de tout le monde : qui donc est ce rappeur à la voix pincée qui démarre son morceau par un “je ne leur accorderai pas le respect même s’ils me sucent le bâton” ? Cinq ans plus tard, la question ne se pose plus. 

Décembre 2015 : R.I.P.R.O Vol.2  

Le contexte de sortie : Après une longue cavale, Lacrim finit par se rendre début novembre, comme il l’avait annoncé. Il est donc incarcéré au moment de la sortie du deuxième volume de R.I.P.R.O, ce qui est loin d’être handicapant en termes d’exploitation du projet : de nombreux clips ont été tournés pendant les mois précédents, et surtout, la médiatisation du rappeur est accrue (les médias généralistes auraient-ils annoncé une simple sortie de mixtape sans les gros titres cavale/incarcération ?). 

Le contenu : Du Lacrim pur jus, évidemment, avec tout de même une différence notable en comparaison avec ses derniers projets : aucun featuring américain, alors qu’il avait beaucoup misé dessus jusqu’ici. Lacrim refait en revanche le coup du petit jeune en devenir qui avait fonctionné avec Sch, il invite cette fois-ci Walid, très prometteur à l’époque. Pour le reste, la mixtape oscille entre gros titres énervés (Poutine, Gustavo Gaviria), titres plus destinés à s’ambiancer sur les pistes (Petit jaloux, En la calle), et des morceaux plus introspectifs (J’ai Mal, C’est ma vie) qui donnent à R.I.P.R.O 2 un ton plus personnel. 

Le morceau à part : J’ai mal, déjà parce qu’il s’agit de l’un des seuls morceaux de la discographie de Lacrim à ne comporter aucune insulte ; ensuite, parce que Lacrim se livre sur son enfance, ses galères, ses états d’âme, alors qu’il est loin d’être le rappeur le plus enclin à l’introspection. 

L’invité marquant : Citons Rimkus, qu’on retrouve régulièrement tout au long de la discographie de Lacrim, et qui s’offre ici un morceau solo (Papiers) assez basique mais avec des fulgurances notables, comme ce “j’rappe sous thiopental” qui ne fait pas référence à une énième drogue de synthèse, mais à un produit censé permettre une forme d’hypnose et la remontée des souvenirs enfouis. En somme, Rimkus nous dit de façon détournée qu’il rappe sous sérum de vérité, avec une formulation bien plus intéressante que ce qu’on entend régulièrement dans le rap français. 

Novembre 2017 : R.I.P.R.O Vol.3  

Le contexte de sortie : Un peu plus de six mois plus tôt, Lacrim a explosé tous les compteurs avec l’album Force & Honneur, sorti en mars et certifié double-platine en août. Il a également cartonné avec sa web-série Force & Honneur, au point où Canal+ s’intéresse au concept et investit dans une saison 2. R.I.P.R.O 3 sort donc à une période où tout va bien pour Lacrim sur le plan professionnel. 

Le contenu : Une mixtape un peu plus longue que les deux premières (18 titres, une heure), mais toujours la même direction, avec des titres des morceaux qui sont soit des noms de narcotrafiquants (Judy Moncada), soit font référence au monde criminel (Vory V Zakone, Intocable) ou à des marques de luxe (Audemars Piguet). Contrairement au volume 2, Lacrim mise à nouveau beaucoup sur les featurings, et à raison : les collaborations avec Damso (Noche) et Gims (Ce soir ne sors pas) cartonnent et portent le projet vers le haut. 

Le morceau à part : Géricault, qui conclut la tracklist avec une note plus personnelle et pas mal d’introspection (J’me suis assis, devant l’miroir je fais le vide / Ils pensent que j’ai vendu mon âme / J’ai pas besoin du diable, quand j’étais pauvre / Les seuls présents pour moi c’est mes couilles et mon arme). Lacrim se confie même sur ses faiblesses (nous sommes faits d’argile, nous partirons poussière) et ses paradoxes (à la salle j’fais les dorsaux, la veille j’ai niqué ma bouteille). 

L’invité marquant : On pourrait citer Paigey Cakey, puisque le cheminement qui l’amène à se retrouver sur cette mixtape est tout de même assez farfelu : quelques mois plus tôt elle s’était insurgée contre Lacrim et Sch en les accusant de plagiat, les choses se sont arrangées et tout le monde a trouvé son compte. Pour finir sur un trait positif, intéressons-nous plutôt à Mister You, qui, un peu comme Rimkus cité plus haut, représente l’un des points de repère de la discographie de Lacrim. On ne compte plus le nombre de collaborations entre les deux rappeurs, qui partagent également pas mal de similitudes dans leurs parcours respectifs. Chacun aura son featuring préféré entre les deux, mais Intocable se place tranquillement parmi les plus réussis de la liste, d’autant que, des années après avoir percé dans la musique, les deux rappeurs prennent le temps de revenir sur les nombreuses galères traversées ensemble (Avant d'faire d'l'oseille dans l'pe-ra nous on en a fait sur le terrain” ; “comme à l'époque Yougataga, on voulait tout pakave)

Octobre 2020 : R.I.P.R.O Vol.4   

On pensait que R.I.P.R.O était une trilogie terminée, il s’agira finalement d’une quadrilogie. A moins de revirement de la part de Lacrim, la série sera cette fois-ci bel et bien refermée. On l’a dit plus haut, le contexte n’est plus le même qu’à l’époque de Force & Honneur, et cette nouvelle mixtape servira à situer Lacrim sur l’échiquier actuel du rap français. Sur le plan du contenu, pas trop d’inquiétudes dans l’ensemble : ça va insulter des mères en continu, name-dropper des narcotrafiquants internationaux et citer quelques modèles de Patek. 

Reste à savoir si on aura droit à quelques titres plus surprenants, comme Lacrim a su le faire ponctuellement, et si les titres un peu plus introspectifs auront leur place ici. Dix ans après son premier projet, il serait intéressant d’entendre Lacrim faire un bilan. Ce serait également l’occasion de refermer définitivement une page et d’engager la suite en regardant uniquement de l’avant.