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La longue discographie d’Alkpote décryptée (partie 2)
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Alkpote dans son clip "Patek" (Capture YouTube)
Alkpote dans son clip "Patek" (Capture YouTube)

La longue discographie d’Alkpote décryptée (partie 2)

15 ans de carrière pour l'Empereur de la crasserie : on poursuit l'analyse de la discographie d'Alkpote.

Après avoir fait le point sur ses projets solo ou collectifs sortis entre 2006 à 2012, on poursuit notre exploration de la discographie d’Alkpote. 

2014 : L’Orgasmixtape Vol.1

Le projet de la renaissance pour Alkpote : alors que le personnage a déjà énormément donné et qu’il ne semble plus en mesure de surprendre outre-mesure son auditoire, il propose une véritable mise à jour de son programme en 2014 avec l’Orgasmixtape. Ce projet entièrement produit par DJ Weedim permet d’entendre Alkpote sur des productions plus modernes, mais aussi de se rendre compte qu’il est capable de dépasser ses propres limites à dépasser sur le plan de la crasserie. Considéré par une partie de ses fans comme l’un de ses meilleurs projets, l’Orgasmixtape offre quelques moments de grâce : le morceau chanté “N’importe Quoi”, garanti sans vulgarité, qui aurait fait un excellent single ; la conclusion “Vomissure”, qui rappelle le classique “44 mesures de terreur” ; les featurings dans l’esprit très Néochrome (Zekwe, 25G, Joe Lucazz), le remix de Mongoldorak, l’improbable featuring avec Nekfeu et Alpha Wann … 

Le morceau représentatif : L’introduction, qui résume l’essentiel du projet, avec des références douteuses, des schémas de rimes spectaculaires et précis, des effets de voix, et un clip avec pas mal de guests (Infinit’, Joe Lucazz, Idjil ...) et des joints longs comme un bras. 

La punchline pas sale : “Ne mets pas tes putains de doigts dans la prise” (La Crise), une énième démonstration du bon sens d’Alkpote dans les situations pratiques, et encore un bon conseil de sa part. Il a peut-être sauvé des vies avec ce genre de rime, ce n’est pas rien.  

2015 : L’Orgasmixtape Vol.2

Contrairement à ce qu’avait annoncé Alkpote en freestyle quelques semaines après la sortie de ce volume 2 (la bonne nouvelle c’est qu’y aura d’autres Orgasmixtapes), cet opus marque la fin de la série -à moins d’un revirement au cours des prochaines années. Dans le même état d’esprit que le premier épisode, L’Orgasmixtape Vol.2 contient à la fois des titres entre égotrip et crasserie, assez classiques pour Alk, et des morceaux plus introspectifs, voire mélancoliques, qui permettent de mieux comprendre son état d’esprit (Papier Violet, Pluie Diluvienne). Côté featurings, le panel est extrêmement large : gros noms (Vald, Sadek, Seth Gueko), invités habituels d’Alk (Joe Lucazz, Sidisid, Idjil), belles surprises (Nubi), sans oublier l’habituel posse-cut. 

Le morceau représentatif : Meilleurs lendemains, qui constitue le point de départ de la deuxième jeunesse d’Alkpote. Vald a toujours revendiqué son influence et rappe avec une des idoles de ses années d’auditeur, la clique PTFG (à la réalisation du clip) est toute heureuse de travailler avec un personnage comme Alk, et son imagerie commence enfin à être exploitée à fond. 

La punchline pas sale :  J'aurais tant aimé être docteur, un grand chirurgien(Papiers Violets), l’une des confessions les plus personnelles de sa discographie. L’ensemble du texte est plutôt touchant, Alk se montrant tour à tour romantique (J'aurais tant aimé être plongeur / Explorer les fonds marins ou être l'élu de ton cœur), spirituel (Choisir le Paradis comme dernière destination), surprenant (J'aurais tant aimé savoir jouer de l'ocarina"), exposant ses regrets (J'ai jamais voulu avoir la vie qu'je mène) et ses rêves (J'aurais tant aimé acheter une baraque à mes parents). 

2015/2016 : Ténébreuse Musique

Un album au parcours totalement improbable : simple fantasme d’auditeurs à la base, ce projet commun entre Butter Bullets (Sidisid et Dela) et Alkpote est directement financé par les auditeurs par le biais d’un crowdfunding, suite à une initiative de l’illustrateur SingeMongol. Initialement annoncé en 2015, l’album leak mystérieusement le 31 décembre juste avant minuit. L’engagement sur la date de sortie est donc respecté, bien que la sortie officielle du disque ne se fasse finalement que courant 2016. Une bande-dessinée en deux tomes retrace d’ailleurs la genèse de ce projet fou : Le Pilote vol.1 est sorti en 2018, la deuxième partie sera disponible en septembre. Véritable ovni, cet album clivant est peut-être le projet où Alkpote se lâche le plus sur tous les plans : références, flow, effets de voix … 

Le morceau représentatif : Difficile d’en citer un seul tant il se passe de choses tout au long de cet album. L’Île de l’incantation reste un grand moment pour la prod grandiloquente de Dela, la complémentarité entre les deux rappeurs, et le couplet fou d’Alkpote qui fait rimer “tu b***** des trans’ à place Clichy” avec “repose en paix Ilan Halimy. 

La punchline pas sale :À mon âge je regarde encore Tom & Jerry”, la preuve que derrière son amour pour le champ lexical de la fellation, Alkpote reste un grand enfant qui s’amuse avec des programmes tout public. 

2016 : Sadisme et Perversion  

Un projet entièrement produit par DJ Weedim, avec un format longtemps réclamé par les fans d’Alk : quinze titres solo, pas le moindre featuring, et par conséquent, un accueil critique franchement favorable. Le rappeur signe quelques-uns des titres les plus marquants de sa discographie récente : Renifle, Pyramides, Amsterdam City Gang … On retient également la surprenante interlude “Skit Squirt” placée en tout début de tracklist, le titre reggaeton SuperFluxxx, ou encore les nombreuses influences du rap de Memphis, encore une fois très assumées. 

Le morceau représentatif : Renifle, qui a rencontré un gros succès auprès des inconditionnels d’Alkpote, avec son refrain un brin mélancolique, ses changements de flow incessants, sa maîtrise des répétitions, et ses punchlines improbables. 

La punchline pas sale :J'suis vif comme Maître Miyagi ou les enfants dans Ninja Kids(Pyramides), encore une référence totalement inattendue dans cet univers gore et hypersexualisé, et encore une preuve qu’Alkpote reste un grand enfant. 

2017 : Les Marches de l’Empereur saison 2

Pas vraiment prévu comme un projet à part entière à la base, Les Marches de l’Empereur saison 2 compile les 11 titres d’une série de morceaux publiés sur Youtube entre juin 2016 et juillet 2017. Il s’agit quasiment uniquement de collaborations, principalement avec des rappeurs de la nouvelle génération : Niska, 13 Block, Leto, Vald … L’occasion de rappeler qu’Alkpote reste généralement imprenable en featuring, avec de vraies leçons de rap dispensées à ses jeunes élèves. 

Le morceau représentatif : Mange mes groseilles, le tout premier épisode, une vraie démonstration technique et une belle illustration des propos de Vald, selon qui “écouter Alkpote permet d’apprendre à rapper”. 

La punchline pas sale : “J'rappe mieux qu'les mecs de Rap Contenders”, et franchement on aurait aimé voir Alk face à un Wojtek ou un Hermano, d’autant qu’il a déjà prouvé son sens de l’impro. 

2018 : Inferno  

Après des années plutôt compliquées à jongler entre la vie réelle (avec un travail alimentaire) et le rap, Alkpote se retrouve progressivement dans une position confortable, libéré des contraintes quotidiennes, et concentré sur sa vie d’artiste. Inferno est malgré tout un album plutôt inégal, avec des titres dispensables (Le nouveau Doc, Rachid Taha) et des morceaux très forts (Jon H Snow, Trapézistes). Signe que le statut d’Alk a véritablement changé, une nouvelle bande-dessinée, celle-ci réalisée par Wild Sketch, est publiée quelques semaines avant la sortie de l’album -la dernière piste de l’album est d’ailleurs dédiée au duo de dessinateurs. 

Le morceau représentatif : Jon H Snow, qui conclut la tracklist dans la grande tradition des outros d’Alkpote (44 mesures de terreur, Vomissure) avec 4 minutes de rimes multisyllabiques sans refrain sur un beat tout droit sorti des années 2000. 

La punchline pas sale :C’est nous les rois de la trap, les trapézistes”, reprise d’une phase de la saison 2 des Marches, une manière aussi simple qu’efficace de se démarquer du reste du plateau, fait uniquement de rustres trappeurs. 

2018 : Mariah   

Alkpote a toujours aimé évoluer en duo : d’abord avec Katana, puis avec Sidisid, ensuite avec DJ Weedim, et, plus récemment avec Luv Resval. L’association avec ce dernier est particulièrement fructueuse depuis quelques années, et l’influence d’Alkpote est particulièrement perceptible chez le jeune rappeur (dans sa manière de rapper mais aussi dans de s’exprimer). Tous deux ont offert à leur public un EP 5 titres en toute fin d’année 2018, s’inscrivant dans la tendance des projets de Noël. 

Le morceau représentatif : Mariah. Qui mieux que Mariah Carey, muse de ce projet, pour incarner l’esprit des fêtes de fin d’année ? 

La punchline pas sale :  J'marche dans la ville d'Évry, j'ai froid comme en Sibérie”, signe que le réchauffement climatique n’atteint pas encore toutes les zones de la planète.  

2019 : Les Marches de l’Empereur saison 3  

Un projet dans la droite lignée de la saison 2, avec des featurings de haut vol (Vald, Sadek, Freeze Corleone, etc) et toujours cette grosse volonté de kicker face à des performeurs de la nouvelle génération. Dans cet état d’esprit, les performances d’Alkpote sur Plus Haut ou Purification sont franchement impressionnantes, même si u

Le morceau représentatif : Plus Haut, l’illustration de ce que doit être un featuring entre deux compétiteurs. Face à son professeur de rap, Vald délivre une prestation de très haut niveau, chacun des deux rappeurs étant poussé par l’autre à se dépasser. 

La punchline pas sale :J'veux grossir comme Fat Joe ou Big Pun”, pas la première fois qu’Alkpote nous fait part de ses envies de prendre du poids puisqu’il rappait déjà en 2008on veut finir obèse avec des grosses caisses, des cuirs et des fourrures. 

2019 : Monument  

Devenu hyperproductif (comme la grande majorité du rap français), Alkpote enchaine la même année avec un nouvel album, Monument. Bien mieux produit que le précédent grâce la patte de BBP, il contient quelques gros featurings très attendus (Kaaris, Kalash Criminel) et une collaboration parfaitement improbable avec Philippe Katerine. Enfin entré du bon pied dans l’ère du streaming, il réalise avec cet album la plus grosse première semaine de sa carrière. 

Le morceau représentatif : Amour feat Philippe Katerine, qui symbolise les nouveaux horizons d’Alkpote. Signé en maison de disques, apprécié par des artistes d’autres genres musicaux, il dispose enfin de toutes les armes pour exploiter au mieux toutes les facettes de son personnage. Le clip est un vrai petit bijou de bizarrerie et de folie. 

La punchline pas sale :J'mange du fromage qui pue, avec l'attitude”, une énième déclaration d’amour d’Alkpote pour l’un de ses mets préférés. 

2020 : Vie Rapide

Un EP d’une vingtaine de minutes, sans autres prétentions que de faire patienter le public d’Alkpote en attendant un projet plus conséquent. Sorti en plein été, Vie Rapide met en avant les qualités de pur performeur d’Alkpote, avec des couplets denses, énormément de rimes multisyllabiques, et les habituels changements de flows. 

Le morceau représentatif : Vieillasse, un bon exemple de ce que sait faire Alkpote quand il s’agit de d’imbriquer les rimes entre elles. Si vous êtes du genre à colorier les textes pour mettre en relief les assonances, préparez une bonne centaine de crayons de couleurs. 

La punchline pas sale :Je survis comme Mad Max et puis j'mange du saumon gravlax”, une association d’idées antinomique, le décor post-apocalyptique n’étant pas vraiment compatible avec les mets plutôt raffinés qui composent l’assiette du rappeur. 

2021 : Ogre

Dernier projet en date, avec une tracklist extrêmement variée, entre influences funky (Lunettes Cartier), chanson française (Belles), house (Oh zut). L’essentiel reste tout de même orienté sur le rap pur et dur, Alkpote mettant un point d’honneur à mettre en valeur sa qualité technique. Côté featurings, l’Empereur mise encore sur les têtes d’affiches : Alonzo, Big Flo et Oli, Mister V. 

Le morceau représentatif : Belles, qui dénote avec le reste de la tracklist, et que l’on pourrait comparer à une version pop de Respect aux femmes, publié en 2008. On aurait aimé entendre Philippe Katerine intervenir sur cette déclaration d’amour à la gente féminine. 

La punchline pas sale : “Inspiré des films d'horreur et d'Van Damme dans Kickboxer”, c’est beau de voir qu’après tant d’années, Alkpote n’a pas renié ses premières influences.