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La Fouine : sa discographie décryptée
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La Fouine (DR)
La Fouine (DR)

La Fouine : sa discographie décryptée

La Fouine a publié la semaine dernière le neuvième album solo d’une discographie comptant une vingtaine de projets. Retour sur chacun de ses albums, de Bourré au Son à XXI.

Vingt ans de carrière, plus d’un million d’albums vendus, un milliard de vues cumulées sur Youtube … Malgré un redimensionnement inévitable de son statut, La Fouine reste l’une des plus grandes stars qu’ait connu le rap français. Il n’affiche plus les fastes de ses grandes années, mais continue à publier régulièrement des projets, plus motivé aujourd’hui par l’idée de se faire plaisir en studio que par des motifs pécuniaires. En une vingtaine de projets, Fouiny a exploré tous les styles, du rap pur et dur à la chanson française en passant par le dirty, la trap, la UK drill, ou le RnB. 

En dehors de ses mixtapes, dont certaines sont considérées comme des classiques (on pense par exemple à Capitale du Crime vol.2), et des autres formats publiés en début de carrière (EP, maxi …) La Fouine compte également un projet collaboratif avec la Team BS, et surtout huit véritables albums en solo. On prend donc le temps de revenir sur ces huit albums, tous représentatifs d’une époque bien précise de la carrière du rappeur. 

2005 : "Bourré au son"  

En 2005, à l’heure de son premier album, La Fouine n’est déjà plus tout à fait un inconnu, mais plutôt un espoir du rap français. Ses premiers projets sont passés inaperçus, mais La Fouine affiche déjà un parcours atypique : des featurings avec Casey ou LIM, une finale (perdue) d’un concours organisé par Skyrock, une participation à la première partie du concert Urban Peace en 2002 … Le premier volume de Planète Trappes en 2004 vient conclure ce tour de chauffe, avant que l’album Bourré au son ne vienne installer La Fouine parmi les noms qui comptent dans le rap français. Ce premier album souffle déjà le chaud et le froid, avec une grosse orientation divertissement, et des titres plus personnels. L’influence générale, plutôt westeuse, tranche avec les tendances du rap français du début des années 2000. On retient particulièrement le titre J’rap pour le fric, qui annonce tout de suite la couleur et dénote avec la mentalité affichée par les rappeurs de l’époque (j’rappe par amour, par amour du fric). L’idée est répétée ailleurs dans l’album, comme par exemple dans Fouiny Flow, où le rappeur résume son album ainsi : “La Fouine quel est le thème de ton album ? Y'en a pas, j'rappe pour serrer des meufs et n'pas manquer d'alcool

Le morceau à faire écouter à sa mère : Unité, LE gros tube de ce premier album, et le premier gros succès de La Fouine. Grosse rotation en radio, clip diffusé en télévision : c’est un pari réussi pour le rappeur, qui exploite au mieux les qualités du roi des refrains de l’époque, J-Mi Sissoko. 

Le morceau à ne pas faire écouter à sa mère : Groupie Love, ou l’incarnation de la personnalité hardcore de Fouiny, avec ses punchlines bien salaces sur la thématique “le féminisme, ce sera pour une autre fois”. 

2007 : "Aller-retour"   

Le deuxième album est, selon de nombreux artistes, toujours le plus difficile à négocier. Dans le cas de La Fouine, c’est une énorme réussite : Aller-Retour est encore considéré par une frange des auditeurs comme son meilleur projet. La démarche est plus ambitieuse que sur Bourré au son, et la tracklist est un véritable concentré de hits dans différents styles. L'enchaînement Qui peut me stopper - Reste en chien - Drôle de Parcours - Tombé pour elle dès l’ouverture du disque résume l’essentiel : un single orienté rap, un gros titre dirty de pur divertissement, un morceau introspectif, et un storytelling romantique qui va devenir un gros tube. 

Le morceau à faire écouter à sa mère : Je regarde là-haut, un titre fort en émotions dans lequel La Fouine rend hommage à sa défunte maman, avec de jolis mots (Je souhaite à tous les gens du monde d'avoir une mère comme toi / Et pas au pire de mes ennemis de perdre une mère comme toi). 

Le morceau à ne pas faire écouter à sa mère : Pas mal de couplets à ne pas mettre dans toutes les oreilles, citons notamment On s’en bat les couilles, un morceau bien bête et bien méchant. La Fouine est particulièrement bon dans ce registre parce qu’il l’aborde de manière totalement décomplexée, le morceau est donc donc aussi dénué de but qu’efficace. 

2009 : "Mes repères"  

A la fin des années 2000, La Fouine est au sommet de sa popularité. Entre les deux premiers volumes de Capitale du Crime, des projets plus sombres, il livre son troisième album, en 2009, reprenant la même recette que sur Aller-Retour : des grands écarts entre titres très grand public (Afrika, Tous les mêmes) et morceaux plus gratuits, construits sur des  punchlines salaces et des jeux de mots parfois douteux (J'ai connu des meufs vierges et des meufs RW / J'ai mis des rottes-ca, nique sa mère Bugs Bunny). Mes repères contient aussi et surtout ce qui reste comme l’un des grands classiques de la discographie de La Fouine : Du Ferme, un titre audacieux, avant-gardiste, qui reste aussi fort en 2021 qu’en 2009. 

Le morceau à faire écouter à sa mère : Je sais où ça ramène, qui démarre sur un piano-voix très doux, et reste une bonne illustration des influences très chanson française de La Fouine, avec son refrain chanté et ses rifs de guitare. 

Le morceau à ne pas faire écouter à sa mère : Ca fait mal, qui pourrait être vu comme une suite directe de Reste en chien, et comme l’un des morceaux les plus gratuits de toute sa discographie, avec quantité d’insultes volontairement exagérées (la chatte, de la chatte, à la chatte à leur grand mère), de punchlines très salaces (ma bite est propre depuis que ta meuf sort en boîte) et une outro sous autotune restée dans les mémoires (Dans une cage d'escalier on peut le faire / On peut finir à l'hôtel, si y'a plus d'place, sa mère / Il reste ma banquette arrière). 

2011 : "La Fouine VS Laouni"  

Un album marquant, qui a soufflé sa dixième bougie en début d’année, et sur lequel on est déjà revenu en long et en large. Voilà ce qu’on en a dit : “Particulièrement ambitieux (featurings avec The Game, Rohff, prods de Fabulous), il s’impose comme l’une des meilleures ventes de l’année, tous genres confondus. Projet majeur de la carrière de La Fouine, ce double-album est celui qui cristallise le mieux tout son univers et ses paradoxes__. [...] Avec cet album, La Fouine assume enfin complètement sa double-personnalité. Le premier CD est un concentré spectaculaire d’égotrip, de punchlines salaces voire très salaces, et de rap extrêmement décomplexé ; le deuxième CD, est entièrement dédié à l’autre facette de La Fouine : du rap que l’on peut écouter avec ses parents ou avec ses enfants, de la chanson, des sonorités pop ou RnB

Le morceau à faire écouter à sa mère : Tout le CD2, c’est l’avantage d’un album divisé en deux. On peut par exemple citer Les Soleils de Minuit, Les Vents Favorables, ou Elle venait du ciel, ou encore Papa. 

Le morceau à ne pas faire écouter à sa mère : Tout le CD1, logiquement, La Fouine se lâchant peut-être encore plus que d’habitude sur les phases salaces, les insultes gratuites, avec un sens de la démesure digne de Michael Bay (t’as une poussière dans l’oeil, attends j’sors le lance-roquettes). 

2013 : "Drôle de Parcours"  

Un projet décisif dans la carrière de La Fouine, puisqu’il y aura clairement un avant et un après Drôle de Parcours. En 2013, La Fouine est encore au sommet de sa gloire, il intègre le jury de Popstars, et l’album cartonne avec une première semaine à 30.000 ventes -physiques uniquement, et des singles qui deviennent d’énormes hits (J’avais pas les mots, Ma Meilleure, Quand je partirai ...). Globalement, l’album est très marqué par l’idée selon laquelle La Fouine revient de loin, a connu une enfance vraiment très modeste, et des années difficiles. Le premier extrait, Paname Boss, constitue la première salve involontaire de la guerre à venir avec Booba, celui-ci s’estimant visé par la fameuse rime “j’entends ce clash partout sur les ondes, mais comme un appel à la mosquée, tu peux pas répondre. 

Le morceau à faire écouter à sa mère : Quand je partirai, qui reste l’un des plus gros tubes de La Fouine. Le rappeur imagine sa mort, son enterrement, les messages qu’il souhaite laisser (Dites à ma fille que ses prières remplaceront les courriers) et ce qu’il se passera après sa disparition (Quand j'partirai, certains faux frères feront mine d'être déçus). C’est typiquement le genre de morceau sur lequel le côté Laouni excelle, avec beaucoup d’émotion et de sincérité. 

Le morceau à ne pas faire écouter à sa mère : Ray Charles, que l’on pourrait très bien voir comme une chute de studio de l’album La Fouine VS Laouni, avec son gros feat américain (French Montana), sa prod oppressante, son hyper-matérialisme (j’suis en boîte avec dix putes”, “nouveau Classe S, j’ai besoin d’un chauffeur) et ses punchlines volontairement puériles. 

2016 : "Nouveau Monde"  

Après Drôle de Parcours, La Fouine balade son public avec des choix contradictoires : un album collectif très consensuel (Team BS), une mixtape très sale quelques mois plus tard (Capitale du Crime 4), un clash avec Booba qui s’éternise et n’est glorieux pour personne… Il faudra trois longues années avant l’arrivée d’un nouvel album solo. Plus cohérent que ses projets précédents, qui soufflaient soit vers le côté Fouiny, soit vers le côté Laouini, Nouveau Monde est quasiment un album de variété française, celui qui met le moins en avant les velleités hardcore du rappeur. C’est aussi l’album du redimensionnement, La Fouine étant redescendu d’un bon cran sur le plan de la visibilité et des chiffres. 

Le morceau à faire écouter à sa mère : Amigo, un morceau entièrement chanté, qui emprunte tous les codes de la chanson française : couplets très courts (4 mesures chacun), ponts avant les refrains, guitare, aucun artifice sur les voix, pas la moindre grossièreté … 

Le morceau à ne pas faire écouter à sa mère : Argent Sale, un vrai banger qui n’a pas forcément eu le succès qu’il aurait mérité. Du La Fouine assez classique dans le texte, avec namedropping de narcotrafiquants et obsession autour de la thématique de l’argent. 

2020 : "Bénédictions"  

Malgré ses qualités, Nouveau Monde n’a pas convaincu le public en 2016. Au cours des années suivantes, La Fouine lutte pour se maintenir à flot, mais les projets Capitale du Crime Censuré (2017) et Sombre (2018) ne suffisent pas. Le rappeur finit par accepter son nouveau statut sans afficher d’aigreur. C’est l’idée derrière Bénédictions, un septième album solo qui ne révolutionne rien, mais prouve que La Fouine a encore du jus, en particulier quand il revient à ses fondamentaux. L’album est pensé comme une volonté de réconciliation avec son public, avec beaucoup d’humilité et de recul sur les erreurs (de communication, de direction artistique) qu’il a pu commettre au cours des années précédentes. 

Le morceau à faire écouter à sa mère : Première Fois, un morceau aux accents autobiographiques, avec de vraies punchlines (la première fois que j’ai vu une blanche, les grands l’avaient dans les narines) et une ambiance nostalgique qui fait plaisir aux premiers supporters de Laouni. 

Le morceau à ne pas faire écouter à sa mère : #FouinyFlow, un couplet unique bien énergique, avec sa prod qui rappelle Bafana Bafana et ses punchlines … étonnantes (l'alcool, c'est de l'eau et de l'eau c'est un cunnilingus). C’est typiquement le genre de morceau sur lequel La Fouine se fait plaisir en enchaînant les phases gratuites en totale décomplexion, chose qui n’a jamais changé depuis son premier album. 

2021 : "XXI"  

Dernier album en date, XXI est paru il y a quelques jours sans faire énormément de bruit, mais a été plutôt bien accueilli par ses fans. De tous temps, La Fouine a toujours su s’adapter aux dernières sonorités, il le prouve une fois de plus en s’essayant (avec réussite) à la UK Drill, mais aussi en se remettant en selle sur du rap plus classique ou sur de la trap. Peu de tentatives de singles, ce qui n’aurait plus tellement de sens pour lui en 2021, mais une tracklist qui se termine sur des titres influencés par la chanson française ou la variété. 

Le morceau à faire écouter à sa mère : Pardonne-moi, une vraie belle chanson qui aurait pu cartonner si La Fouine avait la même visibilité qu’il y a dix ans. L’interprétation surprend mais s’avère particulièrement efficace, le refrain est catchy, et l’ensemble est poussé vers le haut par ce bon équilibre entre chant et rap. 

Le morceau à ne pas faire écouter à sa mère : Poulet Braisé, un titre qui aurait eu plus de sens sur Capitale du Crime vol.1 que sur l’album d’un millionnaire qui vit à Miami depuis dix ans.