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La Fouine : les 15 ans de l’album "Aller-Retour"
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La Fouine - (photo : DR)
La Fouine - (photo : DR)

La Fouine : les 15 ans de l’album "Aller-Retour"

Le deuxième album de La Fouine, "Aller-retour", est paru le 12 mars 2007. Quinze ans plus tard, il représente une véritable note d’intention de ce que sera la suite de sa discographie.

Au début des années 2000, un jeune rappeur commence à se faire un nom sur l’échiquier du rap français. Progressivement, celui qui se fait appeler La Fouine émerge, malgré une vie personnelle encore un brin chaotique. Enchaînant plusieurs peines de prison entre 1997 et 2002, il parvient tout de même à accrocher quelques réussites. Si la sortie de son premier maxi  en 2001 reste assez confidentiel, le rappeur parvient à toucher un large public par le biais d’un concours radio organisé par Skyrock, Max de 109. Arrivé en finale, il s’incline mais marque les esprits en freestyle avec son style atypique, mêlant le rap et le chant. On y retrouve déjà la matrice de ce que seront ses plus gros succès quelques années plus tard, avec des textes aux paroles bien salaces (“viens par là que j’te donne ta vitamine, la bitafouine”) et un penchant pour les histoires de rue (3 gars au ghetto).

Aller-Retour : un album ambitieux

Sa signature chez Sony en 2003, qui coïncide avec la naissance de sa fille, constitue un nouveau point de départ pour lui. Une première mixtape, Planète Trappes (2004) puis un premier album, Bourré au son (2005), lui permettent de devenir une figure bien identifiée par le public rap français. Ses influences artistiques très assumées et surtout sa mentalité le coupent immédiatement d’une frange très sérieuse du rap français. A l’époque, il est très clair au sujet de ses intentions dans le monde de la musique, clamant “j’rappe par amour, par amour du fric” ou encore “La Fouine quel est le thème de ton album ? Y'en a pas, j'rappe pour serrer des meufs et n'pas manquer d'alcool“.

Bourré au son est loin d’être le plus gros succès de l’année 2005, mais certains singles (en particulier L’Unité, en feat avec J-Mi Sissoko) prennent et entrent en rotation régulière en radio. Le public s’habitue à entendre le nom de La Fouine, retient sa voix, et l’intègre progressivement au paysage rap français de l’époque. Le rappeur occupe alors autant que possible le terrain, que ce soit par le biais de featurings (Manu Key, Willy Denzey) et d’apparitions sur des compilations (Talents Fâchés 3, Paname All Stars) ou via son clash avec Kamelancien, l’un des premiers de la génération internet.

Dans ce contexte, la sortie de l’album Aller-Retour en mars 2007 est un petit évènement. Plus ambitieux, mieux marketé, il est teasé des mois à l’avance par le biais de singles et de clips qui donnent le ton. Dès octobre 2006, On s’en bat les couilles est un premier extrait totalement décomplexé, qui assume pleinement sa dimension de divertissement bas-du-front. Avec son parti-pris artistique assez radical, assumant sans frein ses influences américaines dirty south ou westcoast, La Fouine se positionne comme un personnage exubérant, au rap bête et méchant, destiné avant tout à divertir.

Un bon démarrage et un changement de statut

D’autres extraits viendront confirmer cette facette de la personnalité du rappeur, notamment Reste en chien, en featuring avec Booba, l’un des titres qui viendront asseoir définitivement La Fouine parmi les gros noms du rap français à tendance dirty. La Fouine a cependant la bonne idée de ne pas s’enfermer dans ce registre. Extrêmement polyvalent, il livre d’autres singles plus doux, visant à toucher un autre type de public. On pense par exemple à Qui peut me stopper, avec son texte autobiographique, parfois émouvant. Cet excellent choix de single donne de la profondeur à la personnalité de La Fouine, permettant de rallier les auditeurs allergiques à l’absurdité d’un titre comme On s’en bat les couilles. Dans le même ordre d’idée, Tombé pour elle, en collaboration avec Amel Bent, devient le plus gros succès de sa carrière à ce moment de sa carrière.

A sa sortie, Aller-Retour obtient donc rapidement des résultats encourageants. S’il ne réalise pas les scores faramineux de ses 3 projets suivants (Mes repères en 2009, La Fouine VS Laouni en 2011, et Drôle de Parcours en 2013), il entre pour la première fois dans le top 25 français, et confirme que la montée en puissance du rappeur entrevue depuis quelques années n’était pas qu’un feu de paille. Passé avec cet album du statut d’espoir du rap français à celui de véritable tête d’affiche, il entre véritablement dans une nouvelle dimension, celle de la médaille et de ses revers. Aller-Retour marque symboliquement le moment de bascule dans la vie de La Fouine.

Malgré ce premier succès, La Fouine reste en contact avec la réalité. Agent de médiation auprès de la mairie de Trappes, il reste en poste jusqu’en 2009. A l’époque de la production puis de la sortie de ce deuxième album, il a donc encore les pieds sur le terrain, ce qui se ressent tout au long de la tracklist. Enfance défavorisée, jugements mal vécus, récits de garde-à-vue, économie parallèle, violences, agressions : encore loin du star-system, le jeune Laouni raconte le premier quart de siècle de son existence.

La Fouine crée son propre créneau

Sur la plan purement musical, l’appartenance de La Fouine à la scène rap français n’est d’ailleurs jamais aussi marquée que sur certains titres de cet album. Si les productions d’Animalsons emmènent le rappeur de l’autre côté de l’Atlantique (Reste en chien, On s’en bat les couilles, Banlieue Sale), celles de Focus le ramènent du côté de la banlieue parisienne, avec des registres plus proches des standards du rap français de l’époque (C’est pas la peine, Contrôle abusif, Laissez-moi dénoncer). Les titres qui ont le mieux vieilli sont assez logiquement ceux qui s’éloignent de ce type de sonorités et cherchent à imposer une vision plus caractéristique du personnage.

Hormis ces choix instrumentaux variés, La Fouine se distingue surtout sur le plan de l’interprétation. Misant sur le chant quelques années avant l’apparition de l’autotune, et surtout, quasiment une décennie avant que les rappeurs français n’osent s’aventurer sur le terrain de la mélodie, sa proposition musicale dénote avec le reste du plateau rap français. Les très grands écarts entre les différentes personnalités artistiques de La Fouine, qui trouveront leur climax sur le double album La Fouine VS Laouni, sont déjà présents et bien palpables sur Aller-Retour.

Quinze ans après sa sortie, cet album reste un excellent symbole de la rupture qui s’opère au sein du rap français pendant la deuxième moitié des années 2000. Là où certains suivent un virage net vers le mainstream, d’autres opèrent un retour à un rap plus dur. La Fouine se situe alors à cheval entre deux mondes, n’hésitant pas à mettre les pieds dans la démesure sur les titres les plus décomplexés. S’il n’est pas le seul à le faire, il est de ceux qui ouvrent la voie à un rap de cour de récréation, dans lequel on s’amuse et on débite des insanités en débranchant son cerveau. A l’inverse, avec ses singles radiophoniques grand public et ses titres chantés, il emmène le rap sur un tout autre terrain, des années avant que La Sexion d’Assaut ou Soprano n’investissent ce créneau.

Aller-Retour constitue le premier chapitre des années de faste de La Fouine. A partir de 2007, et pendant une bonne demi-douzaine d’années, il va tout rafler, et représenter toutes les ambivalences et les contradictions du rap français. Avec ce deuxième album, qui plante différentes graines dans différents registres, il pose une véritable note d’intention pour la suite de son histoire personnelle, clamant “rappelle-toi quand on était pauvres et heureux” avant d'enchaîner quelques titres plus loin sur “les bitches et les euros, c'est ma life”.