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La discographie de Vald décryptée
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Vald - capture clip "Journal Perso" 2 (Kub & Cristo)
Vald - capture clip "Journal Perso" 2 (Kub & Cristo)

La discographie de Vald décryptée

Alors que son retour se précise, on fait un point sur la carrière du phénomène Vald.

L’actualité du rap français a été assez plate pendant les vacances de Noël, l’occasion pour tout le monde de proposer ses tops de fin d’année, ou de faire le bilan sur les meilleures ventes. Certains ont également profité de l’occasion pour teaser leur année 2022. C’est le cas de Vald, qui après avoir publié 5 inédits en un seul clip, a créé le débat parmi ses fans en proposant son petit classement personnel de sa propre discographie. On ne s’attardera pas sur la première place du classement, le rappeur considère que son prochain album sera le meilleur, ce qui est plutôt logique : arriver avec un album “un peu moins bon que le dernier” ou “presque aussi bien que Xeu” n’aurait aucun sens et reviendrait à un pur suicide commercial.

C’est plutôt la suite du classement qui nous intéresse : Vald affirme que son album le plus abouti est le dernier en date, Ce Monde est Cruel. Xeu, son plus gros succès commercial, n’est que deuxième, tandis qu’Agartha est relégué en dernière place. Le projet commun avec Heuss l’Enfoiré n’est même pas cité, tandis que les différents volumes de NQNT ne sont pas pris en compte, étant donné qu’il ne s’agit pas d’albums. Il n’existe évidemment aucun avis meilleur qu’un autre quand il s’agit de faire un classement au sein de la discographie d’un artiste, on n’apportera donc aucune réponse définitive ici, mais ce petit débat est l’occasion de revenir sur chacun de ces projets.

2011/2012 : NQNTMQMQMB / Cours de rattrapage

Techniquement, il s’agit de deux projets différents, mais la réédition sur un seul et même double-album au format physique en 2016 nous permet de considérer qu’il s’agit d’une seule et même ligne au sein de sa discographie. Véritable témoignage de ce qu’était l’univers de Vald quelques années avant sa signature avant sa maison de disque, NQNTMQMQMB / Cours de rattrapage est un format qui n’existe plus vraiment aujourd’hui : celui du bootleg.

La tracklist complète de 42 titres est forcément très inégale, avec des pépites franchement savoureuses (Winston, Journal Perso) et des titres plus anecdotiques ou dispensables.

Le morceau représentatif : Journal Perso, devenu un petit classique pour les fans de Vald, à tel point qu’il aura droit à une suite en 2019. Le rappeur livre un regard très cynique sur lui-même et sur le monde qui l’entoure, entre relations amoureuses dysfonctionnelles, déprime cachée sous l’humour, et prophétie autoréalisatrice (“un jour dans une église y’aura ma gueule en aquarelle”).

Le coup de folie : Donkey Punch. Le Vald de l’époque fait énormément de références au porno, ce titre est peut-être sa référence la plus extrême, expliquée en fin de morceau (on vous laisse la découvrir par vous-même).

2014 : NQNT

Signé en maison de disques, Vald passe du statut de jeune rappeur amateur avec un beau potentiel à artiste attendu, avec une couverture médiatique étendue et des moyens à disposition pour la production des clips. Loin d’édulcorer son univers, l’aulnaysien développe les mêmes thématiques, avec le même goût pour la provocation dans le propos et dans l’image. Vald évolue dans un monde qui n’a aucun sens, au sein d’une société malade, entouré par des êtres humains affreux. Il apparaît donc désabusé mais capable de s’en amuser, une bonne attitude pour survivre à notre civilisation sans sombrer dans la dépression.

Le morceau représentatif : En plus d’être un single qui fonctionne, Shoote un Ministre est un excellent résumé de tout ce qu’est Vald en 2014 : un mépris profond de la politique, un sentiment d’exclusion de la société (“la télé t’représente pas”) qui risque de mener à des actes désespérés (“ça fait longtemps que tu penses à tuer des gens”), des mots au minimum dérangeants (“y’a que ta soeur qu’en vale la peine, mais ça serait de l’inceste”), et des rimes multisyllabiques de partout, même si elles n’ont pas forcément de sens (“grande pustule, sens-tu qu'j'tue ? Sens-tu qu'j'tue ? Sans tutu”)

Le coup de folie : On pourrait citer quasiment toute la tracklist, mais on va s’arrêter sur Vie de cochon, un morceau qui pointe du doigt les dérives de branleur de sa génération, entre pornophilie, malbouffe, et défonce, et qui constitue peut-être le point d’orgue de la misanthropie de Vald sur ce projet.

2015 : NQNT 2

Après le succès du premier volume, Vald aurait pu directement enchaîner sur un véritable album. Il préfère continuer à installer son univers, à gagner en visibilité et en crédibilité, et surtout, se délester encore pendant quelques temps de la pression inhérente au format album. NQNT2 ne crée pas de rupture, mais explore tout de même d’autres thèmes, en dévoilant notamment tout le potentiel d’entertainer de Vald. Les singles Bonjour ou Selfie portent le projet vers le haut, et lui permettent de changer une première fois de dimension, passant du statut de rappeur prometteur et dérangé à celui de nouvelle tête d’affiche au visage reconnu par un public de plus en plus large.

Le morceau représentatif : Infanticide feat Suikon Blaz AD, un morceau et un clip avec un petit penchant horrocore, une influence qui va malheureusement se faire de moins en moins pregnante sur les projets suivants.

Le coup de folie : On pourrait citer les 3 versions des clips de Selfie (une soft, une érotique, et une pornographique), mais le gros coup de folie c’est évidemment Bonjour, un morceau qui n’a absolument aucun sens et qui aurait pu rester une blague de studio, avant de devenir son plus gros single de l’époque, et de rester l’un des titres les plus emblématiques de Vald.

2017 : Agartha

Enfin le premier album pour Vald, trois ans après NQNT. C’est une bonne confirmation pour Vald (double-platine), qui consolide sa place parmi les gros noms du rap français, et parvient encore à surprendre avec des concepts musicaux (Lezarman, Eurotrap) ou visuels (les 5 clips en 5 épisodes) en dehors des clous. Vald apparait plus désabusé que jamais et broie même franchement du noir dans certains morceaux (Kid Cudi), et même les titres plus enjoués dépeignent une réalité finalement plutôt sordide (Ma meilleure amie).

Le morceau représentatif : Si j’arrêtais, ou comment proposer un nouveau clip à son public uniquement avec des chutes de tournage, tout en représentant au mieux l’ambiance de l’album : les coulisses des clips semblent tristes et moroses. Derrière les visuels que l’on connaît, spectaculaires ou drôles, personne ne sourit jamais ou ne donne l’impression de s’amuser.

Le coup de folie : Évidemment Lezarman, avec son intro en générique de dessin-animé et son concept complotiste poussé à l’extrême qui fonctionne au mieux grâce à la capacité de Vald à faire dans l'ambiguïté, jamais trop sérieux, mais jamais complètement déconneur.

2018 : XEU

Deuxième album de Vald, avec sa fameuse pochette blanche qui permet de voir le rappeur au choix comme un génie ou comme un branleur. Avec son disque d’or glané en seulement 10 jours, c’est aussi le plus gros succès de Vald jusqu’ici, en particulier grâce au carton du single Désaccordé (150 millions de vues sur Youtube). Comme chacun de ses autres projets, Xeu oscille entre moments de pur entertainment sauce Vald, séquences de démonstrations multisyllabiques, et portrait sombre de la société humaine.

Le morceau représentatif : Deviens Génial, qu’on pourrait comparer à un cross-over entre Notes pour Trop Tard d’Orelsan, et Pouvoir Illimité d’Anthony Robbins. Complètement improbable dans la forme, ce titre est en fait une ôde à la différence et à l’acceptation de l’autre.

Le coup de folie : Dragon, l’une des rares occasions de voir Fianso, invité en featuring, se lâcher complètement au micro. C’est le cas sur la version album, mais encore plus sur la version freestyle radio, où l’on sent les deux rappeurs complètement habités.

2018 : NQNT3 / NQNT33

NQNT3 n’a pas réellement d’existence, son leak / faux-leak / publication par erreur sur les plateformes de streaming ayant été un beau bordel. Le projet définitif est donc NQNT33, un projet plus long que les deux premiers volumes d’NQNT, avec la dimension fourre-tout du format mixtape : quelques inédits, des remixs, des solos d’invités (Suikon Blaz AD et Sirius), et des interludes.

Le morceau représentatif : Signe que ce projet n’est pas le plus marquant de la discographie de Vald, on en retient principalement Dis-moi tout BB, le tant attendu premier morceau solo de Suikon Blaz AD.

Le coup de folie : Pas forcément un morceau complètement fou, mais le remix de Possédé fait plaisir à entendre puisqu’il présente une vision plus sombre d’un texte lui-même assez pessimiste, avec de petites références satanico-horrifiques qui font toujours plaisir.

2019 : Ce monde est cruel

C’est donc l’album préféré du rappeur jusqu’ici, un projet qui constitue l’aboutissement de la pensée très cynique de Vald : on vit dans un monde de fils de pute et il faut faire avec. A mi-chemin entre l’envie de brûler le monde (le clip de Journal Perso II) et celle de se contenter de profiter de son succès sans se poser trop de questions (“j'pourrais claquer deux SMIC et demi dans un ensemble Gucci”). Pour une fois, Vald se montre lui aussi assez cruel, à travers un texte second degré comme Pensionman, mais aussi le très dur Pourquoi, un titre adressé à une femme qu’il ne porte vraiment plus dans son coeur (“t'as toujours été la ratée d'ta famille, j'vais faire en sorte que, maintenant, ils t'bannissent” ; “prends trop de médocs une bonne fois pour toutes, tu vas manquer à personne”).

Le morceau représentatif : Le single et titre éponyme est le meilleur résumé de l’album, mais on peut également citer Rappel, qui fait le pont entre Deviens Génial et Ce Monde est Cruel, avec quelques variantes : “C'est pas des lol, j'ai dit "deviens génial", deviens spécial, ah ouais, dans l'pire du pire / Tu pourrais trouver quelques fétichistes, ce monde est cruel, il te reste le cynisme”.

Le coup de folie : Difficile de ne pas citer Pensionman, un morceau qui a forcément surpris tout le monde, et qui peut être vu comme un hymne rigolo à tous les pères involontaires, ou au contraire, comme un horrible crachat au visage des mères célibataires.

2020 : Horizon Vertical, avec Heuss l'Enfoiré

Un album commun entre têtes d’affiches, c’est toujours un petit évènement dans le monde du rap français. Peu de gros singles radiophoniques, là où ces deux mastodontes des charts auraient pu se contenter d’un enchaînement de tubes faciles pour rafler les certifications. Heuss et Vald reviennent plutôt à leur base, avec des couplets denses et énergiques, et une direction artistique globalement orientée rap pur et dur. Une bonne surprise, d’autant que les univers très décomplexés des deux rappeurs se marient finalement très bien.

Le morceau représentatif : Matrixé, l’un des titres sur lesquels la complémentarité entre Vald et Heuss est la plus flagrante. Ils enchainent les pass-pass, échangent des phases, et tirent tous deux dans la même direction, avec du rap plutôt technique et une interprétation dynamique.

Le coup de folie : Pour une fois, Vald ne propose pas de concept complètement fou : pas d’écran vert, de déguisement de Trump, d’acteurs porno, on peut tout de même citer Royal Cheese pour son clip plein de références au cinéma d’horreur (The Grudge, Hellraiser, etc).