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L’histoire d’IAM en 10 dates
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IAM - photo promo (DR)
IAM - photo promo (DR)

L’histoire d’IAM en 10 dates

IAM publie ce vendredi un énième projet, "Deuxième Vague". L’occasion de revenir sur les grandes dates de l’histoire du groupe marseillais.

IAM publie ce vendredi un énième projet, intitulé Deuxième Vague. Ce format court (6 titres) fait suite à un premier EP paru en juin, Première Vague. Le groupe marseillais est actif sans discontinuité depuis plus de trente ans, et s’il a laissé sa place à une nouvelle génération dans le cœur des jeunes auditeurs, il a conservé une fan-base très solide. Dernièrement, l’actualité médiatique du groupe s’est plutôt concentrée sur l’état de santé d’Akhenaton ou sur les déclarations de ce dernier au sujet du pass sanitaire. On peut donc regretter qu’une partie du public, celui qui n’était pas en âge d’écouter IAM pendant les années 90, ne connaisse le groupe que par ce prisme, sans forcément avoir eu l’occasion de s’intéresser à ses albums. On vous propose donc aujourd’hui un petit panorama de ce qui a fait la légende du groupe marseillais. 

23 mars 1986 : Premier concert

On a tendance à situer un peu grossièrement les origines du rap français au tout début des années 90, mais on oublie que les fondements du genre ont été posés pendant les années 80. Comme on l’a déjà expliqué dans nos colonnes, on considère généralement que le premier album du genre est l'œuvre de Dee Nasty, avec Paname Rappin’ City en 1984. Dès le milieu de la décennie, Akhenaton et Khéops sont déjà dans la musique : le premier enregistre d’ailleurs un morceau à New York en 1987, ce qui constitue la première collaboration recensée entre un rappeur français et un rappeur américain. 

Akh et Khéops, et un troisième comparse nommé Sudio, donnent un premier concert le 23 mars 1986 à la MJC Corderie à Marseille. Le groupe IAM n’existe pas encore : accompagnés de Nasty Mister Bollocks et MCP One, le crew rappe alors sous le nom de Lively Crew. 

Décembre 1989 / Janvier 1990 : Enregistrement et sortie du premier projet

Tout premier projet d’IAM, la cassette Concept est tout ce qu’il y a de plus artisanal. Pour les plus jeunes, l’artisanat de la production musicale en 1990 n’a rien à voir avec ce qui se fait en 2021 : pas de version crackée de Photoshop, mais des collages et coloriages réalisés à la main ; pas de home-studio commandé sur Amazon, mais une minuscule pièce contenant le ballon d’eau chaude chez Khéops, aménagée en mini-studio d’enregistrement ; pas de diffusion en mp3 ou d’upload sur Youtube, mais 400 exemplaires produits sous format cassette. 

Intitulé Concept, ce projet constitue la toute première mixtape de l’histoire du rap français. 150 exemplaires auraient été vendus à l’époque -pas ouf si on compare aux premières semaines de Jul ou PNL, mais c’était avant le streaming, avant les bacs de la FNAC, avant que les maisons de disques ne signent des rappeurs, et même avant Rapline

25 mars 1991 : Premier album

Intitulé “... De la planète Mars”, le premier véritable album d’IAM contient déjà l’essentiel de ce que sera l’univers du groupe au cours des trois décennies suivantes : des références mystico-mythologiques (Khéops appartient à l’horizon), une propension au storytelling (Attentat), une forte revendication de l’identité marseillaise (Je viens de Marseille), la méfiance envers la politique (Le nouveau Président), une grosse dose de dénonciation / revendication (Non-soumis à l’Etat), sans oublier le second degré (les interludes Lève ton slip, Crack …).  Pour les plus jeunes qui souhaitent découvrir IAM, ce n’est pas forcément le projet par lequel il faut commencer : les sonorités sont très représentatives du rap du début des années 90, et ne collent plus vraiment à ce qui se fait aujourd’hui. En revanche, si on compare à la production de l’époque, force est de reconnaître qu’Akh et consorts sont déjà dans le haut du panier. 

1994 : Le premier gros tube 

Beaucoup de français ont entendu pour la première fois IAM sur le titre Je danse le MIA. Très léger, avec ses sonorités funky tirées d’un sample de George Benson, ce morceau et surtout son clip, qui accentue le côté humoristique, devient le deuxième single le plus vendu de l’année 1994 en France. Il marque tellement les esprits que pour une partie du public, le MIA est la première chose qui vient en tête quand on évoque IAM, voire même, quand on évoque le rap. On peut donc voir le verre à moitié vide, ou à moitié plein : d’un côté, il s’agit d’un énorme succès, qui permet au groupe de changer de statut ; de l’autre, il enferme IAM dans une image caricaturale de groupe rigolo, alors qu’Akhenaton ou Shurik’n sont plutôt réputés dans le milieu du rap pour la qualité de leurs lyrics. 

1996 : Bad Boys de Marseille part.2

En 1996, IAM doit déjà faire face à l’arrivée d’une nouvelle génération. Le premier album solo d’Akhenaton, Météque et Mat contient le titre Bad Boys de Marseille dans lequel il invite la Fonky Family, un groupe de petits jeunes qui en veulent. La première version du titre passe plutôt inaperçu. Sa deuxième partie, en revanche, va devenir un classique et constituer le premier gros succès de la FF. Des années avant de produire les Psy4 de la Rime, les membres d’IAM se montrent déjà capables de passer le relais aux générations suivantes ... même si la suite de la relation avec certains artistes de la Fonky Family sera moins heureuse. 

18 mars 1997 : L’Ecole du micro d’argent 

L’apothéose d’IAM : ce troisième album est à la fois un gros succès critique (Victoire de la Musique du meilleur album), un album intemporel (la moitié de ses titres sont des classiques), et un carton commercial énorme. Il s’agirait même, selon Laurent Bouneau, de l’album de rap français le plus vendu de l’histoire, avec 1,5 million d’exemplaires écoulés. Pourtant, L'École du micro d’argent ne fait pas de compromis artistique pour plaire au plus grand nombre : son contenu est clairement orienté rap, avec des titres sombres, de l’engagement, et une description très terre-à-terre de problèmes sociaux. 

8 mai 1998 : Premier solo de Shurik’n

On évoque régulièrement les projets solo d’Akhenaton, loués (avec justesse) pour leurs qualités : plume sophistiquée, grosses doses d’introspection, développement de thématiques variées, etc. Il n’est cependant pas le seul membre d’IAM à pouvoir se vanter d’avoir réussi des albums en solitaire. Où je vis, tout premier projet de Shurik’n, est resté dans les mémoires des auditeurs et reste considéré par beaucoup d’entre eux comme un classique. Des titres comme Samuraï, Lettre, ou Manifeste sont indispensables dans toute bonne compilation de classiques du rap marseillais. La fin des années 90 est une époque particulièrement faste pour les aventures en solo des différents membres d’IAM : Freeman réalise le meilleur disque de sa carrière avec L’Palais de justice (1999), Khéops produit des albums à son propre nom (Sad Hill en 1997 puis Sad Hill Impact en 2000), tout comme Imhotep (Chroniques de Mars, 1998). 

14 mars 2006 : La fin de leur monde

Contrairement à d’autres groupes, au sein desquelles les velléités solo ont pesé sur la dynamique collective, les albums d’Akh, Shurik’n ou Khéops permettent à chacun de se ressourcer et de nourrir l’aventure commune. Ces différents projets ne sont jamais totalement détachés de l’esprit IAM, les uns apparaissant généralement sur les albums des autres. En 2006, Akhenaton publie Soldats de Fortune, son quatrième album en solitaire (ou le troisième, si on considère que le Black Album de 2002 n’est pas un véritable album). S’il marque moins les esprits que Sol Invictus (2001) et surtout Métèque et Mat (1995), il contient cinq featurings avec Shurik’n, dont La fin de leur monde, un titre de 10 minutes sur lequel les deux rappeurs livrent deux très longs couplets sans refrain. Signe que cet album solo d’Akhenaton participe à la légende du groupe, La fin de leur monde reste encore considéré comme l’un des grands classiques d’IAM. 

14 mars 2008 : le concert aux Pyramides de Gizeh

IAM a toujours beaucoup insisté sur l’imagerie de la mythologie égyptienne, une vérité qui transparaît jusque dans le choix des pseudonymes des membres du groupe : Akhenaton, Kheops, Imhotep, Kephren … Le concert au pied des pyramides, pour fêter leurs 20 années de carrière, constitue donc une belle consécration. Petit bonus V.I.P, leur visite a été ponctuée par la découverte de quelques trésors pharaoniques interdits au public en temps normal. Le groupe n’oublie cependant pas son engagement, puisqu’il retient surtout de son voyage l’extrême pauvreté d’une partie du peuple égyptien et tente de sensibiliser les français à ce sujet lors d’une conférence de presse. 

9 Octobre 2020 : Bande organisée

Plus de trente ans après ses débuts, IAM apporte toujours sa pièce à l’édifice historique du rap français : invités à participer à l’album Bande Organisée, Akhenaton et Shurik’n bouclent une boucle en posant sur une instru déjà utilisée par IAM sur le titre Marseille la nuit en 1998 (et par Shurik’n sur son album solo la même année). Les voir poser sur un titre avec Jul, Sch ou Le Rat Luciano est une très belle manière de conclure cet album intergénérationnel, et de constater que trente ans après leurs débuts, ils n’ont pas à rougir face à des rappeurs plus jeunes. Aussi improbable que cela puisse paraître, c’est beau de se dire que bon nombre d’auditeurs de la nouvelle ont entendu les voix d’Akhenaton et Shurik’n pour la première fois sur un album produit à l’initiative de Jul.