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Kaaris : sa discographie décryptée
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Kaaris : sa discographie décryptée

De "43ème Bima" à "2.7.0 : Chateau Noir", retour sur la longue discographie de Kaaris.

Débutée il y a quinze ans, la carrière de Kaaris a connu des hauts, des bas, et pas mal de tumultes. Moins bien connus du grand public, ses deux premiers projets, 43ème Bima et Z.E.R.O, préfigurent l’arrivée de l’album qui va bouleverser le rap français, et amorcer des changements majeurs sur la scène nationale : _Or Noir._Depuis, Kaaris est particulièrement productif, avec un projet par an en moyenne, entre hardcore et parenthèses plus légères. On revient donc sur la dizaine de projets qui compose la discographie de K-double-A a.k.a Talsadoum. 

2007 : 43ème Bima 

Tout premier projet de la discographie de Kaaris, 43ème Bima sonne aujourd’hui comme un brouillon de ce que seront ses projets suivants : le potentiel est plus que palpable, il ne manque qu’une direction artistique mieux affirmée et surtout un step-up sur le plan des productions. Pour le reste, tous les ingrédients du personnage sont déjà présents : l’interprétation brutale, les changements de flow, quelques punchlines salaces, une écriture maîtrisée avec un vocabulaire qui s’étend bien au delà du champ lexical de la proctologie (faire du biff dans ce pandémonium grâce au parabellum), et même le “Oooorh Click” caractéristique. 

Certaines punchlines présentes sur ce projet seront même reprises plus tard : “Marianne j't'écoute plus tu m'soules, tu vois bien qu'je coule et tu m'demandes si l'eau est bonne, sale conne(Mes Pulsions) se retrouve en 2014 sur le titre Comment je fais. On remarque également que, plus que sur tout autre projet de sa discographie, Kaaris se dévoile au sujet de sa vision de la société et du monde : “Ça atomise des champignons, ça crée des guerres de religion / De New-York à Tokyo, huer le protocole de Kyoto, le monde part en buée / Ça manipule l'Afrique comme une fille nue dans leurs mains / Des soi-disantes têtes pensantes organisent des génocides tels des après-midi dansantes. 

Le morceau représentatif : Aide-moi, tue-moi, l’un des titres les plus aboutis de Kaaris à cette période. Le morceau a très bien vieilli, et donne une vision assez claire du niveau du rappeur, une demi-douzaine d’années avant que le grand public ne le découvre. Déjà dans le hardcore, le rappeur enchaine les rimes crues, place quelques name-droppings (Nessbeal, Tito Ortiz) et met déjà une certaine pression dans ses menaces (“il pleut des front-kick). 

La punchline :Les boutons roses enflent comme des dattes au printemps”, une façon plutôt poétique d’évoquer le clitoris, un organe mal connu par les rappeurs. 

2012 : Z.E.R.O  

Un projet sur lequel on est déjà revenu longuement l’an dernier, et qui reste considéré par certains auditeurs comme le meilleur de la discographie de Kaaris. Dix-huit mois avant Or Noir, le rappeur sevranais pose toutes les bases de ce que sera son grand classique : les punchlines éparses de 43ème Bima sont devenues légion, l’écriture a gagné en précision, et surtout, la collaboration avec Therapy assure un niveau de production optimal. Sur certains titres, le sens de la formule de Kaaris atteint des sommets : “l’Afrique c’est un milliard de Jésus sur des croix”  ; “accouché par le goudron, je grignote mon cordon dans le hall” ; "j'achète des caisses de munitions au format familial”, etc

Le morceau représentatif : Z.E.R.O contient bon nombre de pépites, citons par exemple Lourd Lourd, qui constitue l’une des entrées les plus spectaculaires qu’ait connu un morceau de rap français, et qui cristallise les deux facettes de la plume de Kaaris : les punchlines très brutales d’un côté, les écrits plus sophistiqués de l’autre. 

La punchline : Il est évidemment difficile de n’en retenir qu’une seule. Pour sa virtuosité, citons celle-ci : “Chanter c'est trop tard, tu nous découvres sur les ondes / Comme un archéologue qui trouve sa propre tombe

2013 : Or Noir  

A la fois la consécration de tout le travail effectué, et la malédiction qui va poursuivre Kaaris pendant des années. Or Noir place la barre tellement haut qu’il va devenir un poids : chacun de ses projets suivants seront ainsi comparés à cet album, et forcément dévalués. Inutile de s’étaler trop longuement sur ce classique que tout le monde connaît déjà par cœur, et sur lequel on est déjà revenu en long et en large. 

Le morceau représentatif : Impossible de ne pas citer Zoo, qui reste l’un des morceaux les plus emblématiques de la carrière de Kaaris, et constitue un excellent résumé de ce que représente le sevranais en 2013. En avance sur le reste de la scène française sur le plan des sonorités, il joue à fond son rôle de grand méchant loup (j’trempe mes cookies dans tes larmes” ; “dans les veines je n’ai que de la glace), kalash à la main assis à la fenêtre d’une audi, et impose le renouveau du hardcore, à une période où le rap français se cherche encore. 

La punchline : On pourrait citer une quantité hallucinante de formules salaces ou violentes, évidemment. Or Noir reste cependant un album sur lequel Kaaris fait encore parler la finesse sa plume, comme sur le titre éponyme qui s’ouvre ainsi : “J'suis le fruit de tes entrailles, j'témoigne sur un champ de ruines / Comme un épouvantail, qui éloigne les anges du deal. 

2014 : Or Noir part.2   

Etant donné qu’il ne s’agit que d’une réédition, on a tendance à considérer qu’Or Noir 1 et 2 ne forment qu’un seul et même projet. Avec ses 11 pistes inédites, toutes au niveau du premier album, ce deuxième disque est suffisamment solide pour constituer un album à part entière. Des titres comme Sombre, Juste, Chargé, traumatisent toute une génération d’auditeurs, et comme sur la première partie, Kaaris marche sur l’eau : changements de flow incessants, quantité effroyable de punchlines, interprétation brutale, et les bien sûr prods sur-mesure de Therapy. 

Le morceau représentatif : Sombre, un titre puissant qui met en relief l’ambivalence des sensations à l’écoute de Kaaris, rappeur aussi violent (tu pollues, j'vais t'enfoncer dans la gorge un filtre à particules) que drôle (ma bite grossit et rétrécit, comme toi bitch, elle fait le yoyo), à mi-chemin entre Hannibal Lecter et Jean-Marie Bigard. 

La punchline :Son boul est tellement gros que sa ***** avale la chaise”, on fera difficilement plus imagé. 

2015 : Le Bruit de Mon Âme  

Un album injustement considéré, qui souffre de sa comparaison avec le projet précédent. Là où le public attendait une partie 3 d’Or Noir, Kaaris choisit de livrer une œuvre différente, avec des sonorités moins brutales (80 Zetrei, LBDMA, Voyageur, Zone de transit), des featurings (Future, Lacrim, Ixzo, Solo le mythe, 13 Block, Blacko), et des moments d’introspection (Honorable est mon parcours, j'peux bien me flatter / J'm'ennuie partout mais j'veux rien rater / Qui va m'attendre sur l'autre rivage? Je ne suis que de passage). Toujours produit intégralement par Therapy, Le Bruit de Mon Âme contient tout de même une majorité de gros titres percutants (Se-vrak, Les Oiseaux, Caillera Mentalité, Trap) qui n’auraient pas fait tâche sur la tracklist d’Or Noir. 

Le morceau représentatif : Les Oiseaux, un titre qui réunit le Kaaris de Z.E.R.O, celui d’Or Noir et celui de LBDMA. L’écriture léchée du premier (Une ceinture explosive, C4, quand ton cerveau a prié / Comme les étoiles, seule l'explosion intérieure te permettra de briller) rencontre les punchlines salaces du second (tu peux voir mes couilles qui pendent au-dessus d'ta tête comme un putain de lustre) et l’introspection teintée de mélancolie du dernier (J'veux qu'des frères sincères témoignent et m'accompagnent jusqu'à ma dernière demeure / Seuls le sourire et le regard de la daronne peuvent me faire verser une larme). 

La punchline : Beaucoup de phases beaucoup trop sales pour être citées sur le service public (l’entrée de Sevrak), repartons donc sur la thématique “Kaaris a une plume bien plus subtile qu’il n’y paraît" avec le morceau éponyme Le Bruit de Mon Âme : ”après avoir gagné la guerre, il faudra encore que j'aille gagner la paix. 

2015 : "Double Fuck"  

Après l’accueil ambivalent du Bruit de Mon Âme, Kaaris revient à la base avec une mixtape qui fait la part belle au hardcore. Double Fuck oscille entre le très bon et le plus anecdotique, et marque la dernière collaboration avec Therapy avant les retrouvailles sur Chateau Noir (2021). Pas de direction artistique trop recherchée sur cette simple mixtape, c’est surtout l’occasion de voir Kaaris croiser le micro avec XV Barbar, PSO Thug, Sch et Worms, et offrir un peu de place à Bakyl le temps d’un solo. Le titre Petit Vélo marque les esprits, on retient également Talsadoum ou Terrain. 

Le morceau représentatif : Talsadoum, l’un des nombreux alias de Kaaris, et un morceau dans lequel le sevranais règle ses comptes (tu veux clasher, ce que j'ai cru entendre, on a pas élevé les truies ensemble), avec son habituel sens de la formule (t'as l'air étonné comme un lémurien, ça finit comme dans un drame shakespearien), ses métaphores sexuelles et son fort taux de testostérone. 

La punchline :Je serai ton ours brun, tu seras mon pin”, peut-être la métaphore la plus choupi de la discographie de K2A. 

2016 : "Okou Gnakouri"  

Clivant, inégal, déroutant : pour Kaaris O.G est l’album de la rupture. Détaché de son image d’ogre sanguinaire cultivée sur les projets précédents, le rappeur s’adoucit sur des titres comme Poussière, J’suis Perché, ou encore Contact. Derrière l’incompréhension du public, Kaaris signe le plus gros hit de sa carrière (Tchoin) et va chercher le double-platine, ce qu’il n’avait jamais réussi à faire. Okou Gnakouri renferme tout de même quelques pépites pour les fans du Kaaris époque Or Noir : Blow, 2.7 Zéro 17 (feat Gucci Mane), 4 Matic (feat Kalash Criminel), Chaos … 

Le morceau représentatif : Le single Tchoin, qui va devenir, comme l’album Or Noir, une consécration en même temps qu’une malédiction pour Kaaris. Le morceau, avec son changement de rythmique, son refrain porteur, et ses punchlines, est particulièrement efficace, et cartonne, devenant le premier disque de diamant de sa carrière. Il va cependant pousser Kaaris à vouloir réitérer ce succès, influençant la direction artistique de ses projets suivants. 

La punchline :Elle aime le liquide, c'est de la moule d'eau douce” : en plus de faire dans la proctologie et d’être médecin légiste à ses heures perdues, Kaaris se lance dans l’ostréiculture. En revanche, il n’est toujours pas féministe. 

2017 : "Dozo"  

En termes de direction artistique, Dozo ressemble à une suite indirecte d’Okou Gnakouri : le carton de Tchoin (diamant) et le succès relatif de Poussière et Boyz N the Hood (platines) confortent Kaaris dans ses choix. Avec des titres comme Diarabi, J’suis gninnin j’suis bien, Être deux, le rappeur de Sevran poursuit dans la légèreté. L’album dans sa globalité n’est pas particulièrement bien reçu par ses fans de la première heure, mais Diarabi est un nouveau tube. Certifié diamant, il porte les ventes du projet vers le haut : Dozo dépasse les 200.000 ventes. 

Le morceau représentatif : Bling Bling. On s’attendait à ce que ce featuring avec Kalash Criminel et Fianso soit une boucherie bien sanglante, c’est finalement un morceau plus léger dans la forme qui nous est proposé -à l’image de l’album, donc. 

La punchline :Tout d'abord, ta mère la grosse p*** et j'vais pas étayer” : première phrase d’un album qui partait dans une direction bien franche,  

2019 : "Or Noir 3"  

Après la parenthèse O.G / Dozo, deux albums qui réalisent de beaux chiffres mais ne convainquent pas la critique, Kaaris décide de donner à son public ce qu’il attend : un retour au hardcore. Une bonne idée sur le principe, mais en appelant son projet Or Noir 3, Kaaris s’impose un challenge impossible à relever : produire un album aussi puissant que les deux premiers volumes. Quelques titres retiennent l’attention (Cigarette feat Sch, Gun Salute, Octogone), mais restent insuffisants pour honorer le contrat. Même chose sur la réédition : hormis sur Exoplanète, Kaaris chante beaucoup et s’inscrit dans un registre bien trop léger pour un projet affilié à un monument du hardcore comme Or Noir. 

Le morceau représentatif : Exoplanète, qui rappelle le Kaaris de Z.E.R.O, avec cette plume léchée (plus je cours après, plus l'oseille me fuit, plus j'accélère, plus le soleil me suit) qui donne de la consistance à un morceau surtout construit sur des punchlines bien sales. C’est de loin le titre le plus efficace de cet album, on regrette donc qu’il n’y ait pas plus de morceaux dans ce registre. 

La punchline :Pour stopper un méchant avec un gros flingue, faut juste un bon gars avec un gros flingue”, une maxime qui se vérifie toujours. 

2020-2021 : "2.7.0" et "2.7.0 : Chateau Noir"   

Un projet qui s’approche bien plus de l’esprit Or Noir qu’Or Noir 3. Si Kaaris n’est plus aussi impactant, sa musique n’étant plus aussi avant-gardiste et révolutionnaire qu’en 2012-2013, 2.7.0 est un album sans fioritures ni zumba. On apprécie notamment que le rappeur se dévoile sur des titres comme Lumière feat Imen ES et surtout Réussite, titre introspectif qui revient sur l’ensemble de son parcours. Le projet est porté par le succès du premier extrait, Goulag, qui rappelle aux fans de Kaaris qu’il a toujours les jambes. Le projet Chateau Noir, initialement annoncé comme une mixtape à part entière, est finalement intégré à l’album 2.7.0, sous forme de réedition. Sans révolutionner le genre, ces 11 nouveaux titres confirment le retour de Kaaris au hardcore, avec le retour de Therapy aux manettes pour boucler la boucle. 

Le morceau représentatif : Illimité, un vrai bon single avec ses couplets rappés et son refrain plus rythmé -la preuve que Kaaris sait faire des titres radiophoniques sans forcément chercher à refaire Tchoin ou Diarabi. 

La punchline :Une vie honnête pleine d'épines, une vie corrompue pleine de roses”, une jolie métaphore des choix qui s’offrent à nous et des tentations que l’on doit affronter.