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Kaaris featuring Bosh : la paix dans le monde est-elle menacée ?
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Bosh et Kaaris - photo Instagram
Bosh et Kaaris - photo Instagram

Kaaris featuring Bosh : la paix dans le monde est-elle menacée ?

Réclamée par les auditeurs depuis des semaines, la collaboration à venir entre Kaaris et Bosh laisse présager un titre brutal et violent.

Il y a quelques jours, Kaaris a dévoilé la tracklist de son neuvième projet solo (et oui, sa discographie ne démarre pas avec Or Noir). Hormis le sevranais Sid, fortement soutenu par K2A sur ses réseaux sociaux ces derniers mois, on retrouve un trio Dadju - Imen Es - Gims qui laisse présager une orientation artistique plus proche d’un Diarabi que d’un Zoo. Les premiers extraits et le freestyle 2.7.0 nous avaient pourtant mis sur la voie d’un projet plutôt sombre et nerveux, et dans cette optique, le nom du dernier featuring de la liste est plutôt rassurant : Bosh. 

Actif depuis des années mais révélé au grand public par l’intermédiaire de son rôle dans Validé, Bosh a littéralement explosé en 2020, réalisant notamment un carton plein avec le single Djomb, certifié diamant au mois d'août. Sa performance dans la série de Franck Gastambide a marqué les esprits, son personnage de Karnage étant l’archétype du rappeur brutal et énervé -on se rappelle par exemple de son passage face à Pascal Cefran, où une demi-syllabe lui suffit à installer une ambiance pesante. 

Bien plus détendu en réalité malgré un style assez dur quand il rappe, Bosh a clairement pris la mesure de son rôle : on lui a surtout demandé d’être menaçant et de représenter un grand méchant loup qui met des coups de pression à tout le monde sous n’importe quel prétexte. Il suffit d’avoir déjà mis les pieds au Valibout, à Plaisir dans le 78, pour comprendre que Bosh n’a pas eu à chercher l’inspiration très loin : ce n’est pas forcément le genre de coin où l’on accueille un inconnu avec le sourire. Ce n’est cependant pas la seule source pour le rôle de Karnage : on sent clairement que dans ce personnage, il y a du Kaaris de la période 2012-2015, celui qui débarquait à la télé en faisant des doigts d’honneur et qui menaçait Booba de lui rentrer “clavier, ordi, poussette, jouets pour enfants. Karnage aurait très bien pu regarder la caméra et lancer à Apash un “je vais briser tes os, je vais boire ton sang.

Depuis la sortie de la série, une partie des auditeurs -en particulier ceux de la jeune génération- imagine donc ce que pourrait donner un éventuel featuring entre les deux rappeurs. Kaaris, en regardant la série, a pu s’émouvoir face à la prestation de Bosh, qui a du lui rappeler ses plus beaux coups de pression et cette période où il faisait peur à la France entière (depuis, on a compris qu’il était un gentil père de famille et que son humilité faisait plaisir à voir, mais c’est une autre histoire). Pour faire plaisir à tout le monde, l’auteur de Z.E.R.O a donc pris le parti d’inviter celui qui est un peu son fils spirituel, pour enregistrer un featuring à fort taux potentiel d’agressivité et de testostérone. 

La première chose à noter, c’est ce que dans le contexte politique compliqué du rap français, Bosh n’a pas reculé face au risque de travailler avec Kaaris. Là où de nombreux rappeurs refusent de se risquer à être vus avec lui par peur d’être grillés, l’auteur de Djomb n’a pas hésité, ce qui fait franchement plaisir dans le contexte actuel, où même des rappeurs sevranais nient l’importance de K2A et refusent de collaborer avec lui. 

Ensuite, il est appréciable de se dire qu’un featuring aussi attendu et demandé par le public puisse se faire en si peu de temps. Par le passé, d’autres grosses collaborations de ce type ont fini par se faire, avec des résultats différents. Longtemps attendu, le tête-à-tête entre les deux rois du featuring en France, Niro et Ninho, a par exemple marqué les esprits, et répondu à la question que tout le monde se posait : lequel des deux va dominer le morceau ? (réponse : il porte un chapeau et il fait son couplet en apnée). Même chose entre deux des rois du hardcore, Kaaris et Alkpote, qui avaient déjà collaboré en 2011 sur un titre assez anecdotique avec Drix Stone, et qui ont tenté le coup l’an dernier sur Nautilus : un bon morceau, mais peut-être en deçà des attentes des auditeurs. 

Parfois, c’est même une vraie déception, comme le featuring Booba-Gims de 2013, considéré à l’époque par le chanteur de la Sexion d’Assaut comme “le plus attendu dans le rap français”, et finalement tombé très vite aux oubliettes. Pour revenir vers une scène moins mainstream, Freeze Corleone, longtemps avare en featuring, s’est ouvert depuis quelques mois aux collaborations, en faisant plaisir à ses fans. Très influencé par le Roi Heenok depuis des années, il a enregistré un titre avec lui, permettant au rappeur québécois de réaliser une des meilleures performances de sa carrière. Enfin, une collaboration fantasmée par les auditeurs entre Freeze Corleone et Alpha Wann est sur le point de voir le jour, preuve que le forcing du public peut parfois s’avérer payant. 

Revenons à nos moutons (ou plutôt à nos loups sanguinaires) : comme on vient de le voir, les collaborations attendues de pied ferme par les auditeurs peuvent s’avérer payantes, mais aussi terriblement décevantes. Que faut-il donc attendre de ce featuring Kaaris-Bosh ? 

Ce que tout le monde attend, c’est bien entendu une boucherie spectaculaire, plus proche du massacre à la tronçonneuse que de la chansonnette. Kaaris a prouvé plus d’une fois qu’il avait encore du hardcore sous la semelle, en particulier lorsqu’il fallait hausser le ton en featuring -si ses albums solo n’ont pas tous convaincu dernièrement, il reste assez impressionnant à chaque fois qu’il est invité à croiser le fer. Bosh, de son côté, a l’énergie de la jeunesse et surtout la capacité à cogner une prod comme s’il s’agissait d’un vulgaire sac de frappe. S’il vous faut une preuve que Karnage n’est pas entièrement un rôle de composition, jetez une oreille à la mixtape Synkinisi, dont la teneur est globalement sombre et brutale. 

La grande question dans ce genre de rencontre au sommet reste la même que celle qui a suivi la publication de la collaboration Ninho-Niro : l’un va-t-il être capable de déclasser l’autre ? En termes de technique pure, Kaaris est assez intouchable : dans ses placements, dans sa capacité à changer de flow à chaque couplet et même plusieurs fois par couplet, et même dans son écriture, l’expérience du rappeur peut faire la différence. Même sur le plan des punchlines, le sevranais est encore dans le haut du panier. Bosh peut tirer son épingle du jeu en misant sur l'agressivité pure, et en entrant sur le beat comme un mort-de-faim. Ce ne sera pas forcément le couplet le plus technique que les auditeurs retiendront, mais bien le plus dur, le plus sombre et le plus violent. Une petite phrase ou une image peut même faire la différence, comme Kaaris et l’histoire de son gros doigt de pied sur Kalash en 2012. 

Attention tout de même : si tout le monde s’attend à une guerre de tranchées en trois fois seize mesures, la tentative de tube n’est pas à exclure. Bosh a déjà prouvé ses capacités à sortir de son registre purement guerrier avec Djomb, tandis que Kaaris s’est énormément ouvert sur le plan des sonorités et des thématiques depuis quelques années. C’est ici que la jurisprudence Booba-Gims s’applique : en 2013, on avait espéré que les deux rappeurs performent dans un style plus kické, l’un et l’autre en étant largement capables. La teneur du morceau, certes prévisible, avait rappelé aux auditeurs que l'éventualité de réaliser un tube était parfois plus forte que celle de marquer les esprits avec du rap pur et dur. On s’attend donc à un featuring entre le Karnage de Validé et le Kaaris d’Or Noir, mais restons prudents : la boucherie peut à tout moment se transformer en épicerie vegan.