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Kaaris en BO de "The Boys" : c’est quoi cette série ?
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Kaaris dans le clip "Goulag" - (photo : Clip Goulag/ réal : Black Anouar)
Kaaris dans le clip "Goulag" - (photo : Clip Goulag/ réal : Black Anouar)

Kaaris en BO de "The Boys" : c’est quoi cette série ?

L’apparition d’un morceau de Kaaris en pleine saison 2 de "The Boys", l’un des gros succès télévisés du moment, a surpris les téléspectateurs français. On fait le point sur cette série et son rapport au rap français.

Annoncé à grand renfort de campagne d’affichage et de bande-annonces en amorce des clips sur Youtube, le lancement de la saison 2 de The Boys a constitué l’un des événements télévisuels de la rentrée de septembre. Disponible chez Amazon, la série a fait parler du côté des auditeurs de rap français, surpris d’entendre la grosse voix de Kaaris servir de bande-son à une scène de préparation de drogues. 

C’est d’autant plus surprenant que dans la première saison, le même type de scène avait déjà pris pour bande-son des titres de rappeurs français, plus en décalage avec l’action. Couper de la drogue en écoutant Youssoupha, par exemple, est aussi pertinent qu’habiller une scène de pur romantisme avec le refrain de Peep Show d’Alkpote et Salif. 

Pour qui n’aurait pas eu l’occasion de se laisser absorber par The Boys, c’est donc l’occasion de faire le point sur cette série, son propos et sa bande-son, en commençant par ce qui nous intéresse en premier lieu : 

Kaaris, Guizmo, Youssoupha … pourquoi autant de rap français dans la bande-son ? 

C’est en fait très simple : l’un des personnages est surnommé “le français”, bien que son accent et sa maîtrise approximative de notre langue laisse planer beaucoup de doutes sur ses véritables origines. L’acteur, Tomer Kapon, est en réalité israëlien. Pourquoi le rôle n’a-t-il pas été confié à un acteur français ? Soit Tomer a très bien menti pendant le casting, soit il était prévu que son personnage ne soit pas réellement français -en fait il surjoue carrément son côté français, avec un accent volontairement exagéré et pas mal d'expressions clichées. 

Quoi qu’il en soit, le personnage de “Frenchie”, un genre de trafiquant de drogues un peu romantique, aime écouter de la musique quand il travaille ses préparations, et se retrouve donc régulièrement à écouter du rap bien de chez lui. Belle surprise, donc, d’entendre Kaaris démarrer sur Le Temps (la dernière piste du Bruit De Mon Âme), même si un bon gros “t’es dans la cuisine, tu bouffes c’que j’te prépare” aurait été plus adapté au contexte. 

Que raconte la série ? 

Hughie est un mec extraordinairement banal, qui passe un excellent moment avec sa petite amie. Manque de pot, celle-ci se retrouve sur la trajectoire du super-héros A-Train, super-héros qui court plus vite que son ombre, à la Flash Gordon. La jeune femme se retrouve pulverisée, et devient l’une des nombreuses victimes collatéralles des super-héros. 

Hughie va rapidement se retrouver entouré d’une bande d’anti-héros, chacun ayant une bonne raison d’en vouloir aux défenseurs de la liberté. On va vite se rendre compte que ces derniers sont majoritairement des enflures, des pervers, des psychopathes, ou les trois en même temps. Globalement la série n’hésite jamais à faire dans le trash et à multiplier les scènes bien gore, provoquant même la censure par Amazon de certaines scènes. Pour le plaisir, le showrunner Eric Kripke a décrit l’une d’elles sur Reddit : “Homelander (_version perverse et sociopathe de Superman) _se trouve au sommet d’un immeuble en train de regarder la ville. Il baisse ensuite son pantalon et commence à se masturber tout en marmonnant "je peux faire ce que je veux" jusqu'à jouir sur New-York”). 

Encore des super-héros ? 

Si on se fie aux visuels sans chercher plus loin, on pourrait croire que The Boys est un sous-Marvel, une histoire classique d’une bande de super-héros. Comme vous l’avez compris, il n’en est rien, et The Boys prend un vrai plaisir à déconstruire ces figures presque mythiques. On ne peut pas éviter le rapprochement avec Watchmen, qui prend également à revers cette thématique, et traite de certaines thématiques communes (les agressions sexuelles, le racisme, la menace que représentent les superpouvoirs, etc), mais The Boys s’en éloigne fortement, aussi bien dans le ton que dans les questionnements sous-jacents. 

On est donc face à des super-héros dont le sens moral a totalement disparu, ce qui permet d’explorer toute une série d’hypothèses auxquelles on n’aurait jamais pensé -d’autant que les héros de la série évoquent beaucoup ceux que l’on connaît déjà : le sous-Aquaman est par exemple attiré sexuellement par les espèces marines (et la série confirme que les dauphins sont d’horribles pervers). 

Les vrais héros sont les méchants

C’est sur ce point que la série se démarque : on suit un groupe qui cherche à nuire aux super-héros, et si possible, à les détruire. Là où les choses sont bien faites, c’est que l’on comprend les motivations des personnages, qui ont de bonnes raisons d’en vouloir aux gentils. Surtout, le groupe conserve des activités criminelles pour subvenir à ses besoins, si bien qu’on finit par se demander qui des gentils ou des méchants est le plus immoral. 

Côté super-héros, c’est plutôt complexe : il faut soigner son image publique (prise en compte des réseaux sociaux, côte de popularité calculée, série de films à la Marvel, etc), et apparaître comme un véritable gentil aux yeux du public. Certains ont évidemment de bonnes intentions, mais affrontent un système dominé par les petits intérêts de chacun. Pour ne rien arranger, les héros travaillent sous contrat avec un genre de multinationale bien sombre, qui couvre leurs agissements et vise plus le profit ou l’extension de son influence que la protection de la veuve et de l’orphelin. 

Adapté d’un comics

Comme la majorité des histoires de super-héros, The Boys était originellement une bande-dessinée, écrite par Garth Ennis -qui a notamment travaillé sur Preacher, The Punisher et Judge Dredd. La série télévisée suit dans les grandes lignes le scénario original, avec une prise de liberté intéressante (la femme de Butcher, le sérum, etc) même si certains personnages sont absents (La légende, Vas) et certaines histoires ne sont pas développées (ou le seront peut-être dans les prochaines saisons ?), comme cette sombre version de l’école des X-Men qui cache en réalité un réseau pédophile. 

Les rappeurs français que l’on pourrait entendre dans les prochaines saisons

Booba - Attila

Le personnage du Protecteur, version perverse et sociopathe de Superman, pourrait être comparé à Booba : il veut rester le numéro 1 à tout prix, n’a aucune pitié pour personne, n’hésite jamais à démonter un partenaire et à s’en faire un ennemi, et protège avant tout ses propres intérêts. Il serait donc plutôt logique d’entendre un petit “avant de manger tes morts, tu vas te manger la vitre” pendant une scène où de pauvres innocents sont réduits en poussière. 

Lalcko - L’argent du Vatican

L’un des super-héros, Ezekiel (qui n’existe pas dans le comics), est également prêcheur chrétien, un peu comme si le Pape avait des pouvoirs. Evidemment, on comprend vite que sa foi n’est qu’une façade, que son traditionalisme n’a rien à voir avec ses convictions, puisqu’il condamne l’homosexualité en public mais s’adonne à des parties à trois entre hommes en privé. S’il n’a pas une grande importance dans la série, on pourrait le revoir accompagné d’un bon “l’argent du Vatican” de Lalcko, pour dénoncer le business financier dans lequel baigne l’Eglise. 

Kpoint - Peur du noir

Comme le personnage de Rorschach dans Watchmen, mais en bien moins subtil, Stormfront est une super-héroïne un brin raciste. On pourrait donc utiliser de nombreux titres de rap français pour accompagner les actions du personnage, choisissons du côté des plus récents avec Peur du noir de Kpoint, un morceau qui jongle bien avec les double-sens. 

Davodka et Hayce Lemsi - Tour de contrôle

On finit avec le premier super-héros croisé dans la série : A-Train, l’homme le plus rapide du monde, dont le pouvoir principal est de pouvoir éclater Usain Bolt sur cent mètres. On lui colle donc l’un des sons les plus speeds de ces dernières années, le concours de vitesse entre Davodka et Hayce Lemsi sur Tour de contrôle.