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JuL x Polnareff, l’évidence de la connexion
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JULNAREFF (photomontage réalisé par LACREM)
JULNAREFF (photomontage réalisé par LACREM)

JuL x Polnareff, l’évidence de la connexion

Alors que les deux artistes se sont rapprochés ces dernières semaines sur les réseaux sociaux et pourraient enregistrer un feat, la connexion JuL-Polnareff apparaît avec le recul comme une évidence.

Tout avait si mal commencé. Le 22 avril, Michel Polnareff, extrêmement discret médiatiquement, est interviewé en live instagram par Magali Berdah, femme aux multiples casquettes et fondatrice de l’empire Shauna Events. Fidèle à lui-même, Polnareff s’exprime avec beaucoup de franchise, ce qui vaut quelques balles perdues à Pascal Obispo (qui aurait “pris le melon) ou Fabien Lecoeuvre (chroniqueur TPMP entre autres, qualifié de “menteur). La nouvelle génération en prend également pour son grade, puisque Jul n’aurait “aucun talent”, et ne serait “pas un chanteur. A ce moment, on n’imagine évidemment pas le marseillais réagir négativement (il est tellement gentil), mais on est un peu triste en se disant qu’il va être déçu de voir un artiste qu’il a probablement beaucoup écouté lui signifier un tel mépris. 

Le drame n’a finalement pas lieu : Michel, consciencieux, prend la peine d’aller vérifier si cet artiste qu’il déteste tant s’appelle bien Jul. Il se rend compte de l’erreur, le signifie rapidement sur Twitter, et présente ses excuses au rappeur -sans pour autant donner le nom du véritable chanteur abhorré, dommage pour les amateurs de sang. La réaction de Jul est alors tout ce qu’on pouvait attendre de lui : 

Qu’il ait été réellement conquis par la musique de JuL, qu’il ait des remords après son erreur, ou qu’il ait apprécié la simplicité de la réponse, Michel Polnareff n’en reste pas là, et envoie des signes d’appréciation : signe JuL publié sur Instagram, tweets, reprise au piano de JCVD (que pas grand monde n’a reconnu, certes). 

L’auteur de My World, de son côté, semble franchement content de ce rapprochement, comme en témoignent sa fameuse photo de profil imaginée par Lacrem, ou encore, signe absolu de respect chez lui, son avatar Fifa coiffé à la Polnareff.

Avatar Fifa de JuL avec la coiffure de Polnareff
Avatar Fifa de JuL avec la coiffure de Polnareff

De fil en aiguille, un featuring pourrait donc finir par voir le jour, d’autant que JuL a déjà soumis l’idée. Le morceau qui résulterait de la rencontre viendrait se ranger aux côtés des collaborations les plus improbables du rap français aux côtés du Johnny Hallyday - Ministère Amer ou du Ariel Dombasle - Mokobé. Si la connexion surprend, elle apparaît, avec un peu de recul, comme parfaitement naturelle, tant l’un et l’autre partagent des points communs frappants sur le plan de la personnalité, du parcours, du rapport à la célébrité, et même de la démarche artistique. 

Un refus clair de se plier aux exigences des maisons de disques  

En février 1966, Michel Polnareff, 21 ans, artiste intermittent qui survit en jouant de la guitare sur les terrasses des cafés parisiens ou sur les marches de la Butte Montmartre, remporte un concours organisé par le magazine Disco Revue. Premier prix : une signature chez Barclay, une grande maison de disques. Pour un jeune homme au mode de vie précaire, c’est un plan en or … qu’il décline. Déjà convaincu de ses qualités et sa singularité, Michel Polnareff, qui refuse qu’on formate sa musique, et refuse les conventions de l’époque, préfère continuer sa route sans l’appui d’une grande maison de disques. Il signe finalement avec un plus petit label, AZ, qui lui assure une plus grande indépendance artistique, et publie son premier succès, La Poupée qui fait non. 

Un demi-siècle plus tard, JuL refusait les avances faramineuses de divers maisons de disques pour rester indépendant, ne s’appuyant que sur Musicast pour la distribution des disques. Malgré deux époques et deux contextes extrêmement différents, l’un et l’autre ont entrepris des démarches analogues, refusant la facilité et l’argent rapidement servi pour privilégier un parcours autonome, en dehors du circuit classique. 

Une sensibilité innée pour les tubes  

Contraint par la pression familiale -en particulier son père- à apprendre très tôt le piano et à se consacrer à la musique classique, Michel Polnareff, contrairement à JuL, a été formé à la musique, au solfège, et ne s’est donc pas complètement construit seul sur le plan artistique. En revanche, son émancipation, ses rêves de rock’n roll et son rejet total de la musique classique, le poussent, jeune majeur, à se mettre à la guitare, un instrument qui ne correspond pas vraiment à son éducation musicale. Selon la légende, les premières notes qu’il aurait composé à la guitare seraient celles de La Poupée qui fait non -autrement dit : celles d’un tube international qui deviendra rapidement un classique du répertoire français. 

Malgré une formation très différente, on retrouve chez JuL le même type d’inclinaison très naturelle à faire des tubes avec quelques notes -on se souvient de son explosion avec Cross Volé ou Dans ma paranoïa. La plupart de ses gros succès sont d’ailleurs basés sur la simplicité de leur composition, où quelques notes suffisent à chaque fois à faire la différence. En somme : des prods plutôt dépouillées, parfois même minimalistes, qui sont d’une efficacité redoutable. On imagine donc très bien un Polnareff né cinquante ans plus tard se lancer dans la production comme JuL l’a fait à ses débuts : un logiciel piraté, une oreille conçue pour détecter les notes les plus efficaces, et en avant pour les disques d’or et de platine. 

Un personnage qui divise, à ses débuts  

On se souvient tous des premières années de carrière de JuL : érigé en symbole des dérives artistiques du rap actuel selon certains (autotune, rythmiques reggaeton), et moqué pour son look (le clip de Briganté), sa coupe de cheveux, son orthographe, et un tas d’autres raisons. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, et le rappeur a imposé le respect à l’immense majorité, que ce soit au niveau du public, des médias, ou du milieu du rap -aussi bien par sa personnalité (il est clairement impossible de le détester sur ce plan), que par sa mentalité vis à vis du rap, par ses chiffres, sa productivité, sa régularité, ou encore sa communication. 

Cinq décennies en arrière, Michel Polnareff vivait le même type de galères face au monde de la musique et aux médias. Ses textes, qu’ils soient explicites ou s’appuient sur un double-sens, évoquent beaucoup la libération sexuelle (on est dans les années 60), si bien qu’une plainte pour pornographie est déposée en 1966 contre la chanson L’amour avec toi. De la même manière, les médias français, encore conservateurs, n’ont de cesse de railler le look de Polnareff -qui ne porte pas de crête ou de chaussettes-claquettes comme Jul, mais s’affiche avec un style presque androgyne, à une époque où l’on accepte difficilement ce genre d’excentricité. A l’époque, il chante même “les gens qui me voient passer dans la rue, me traitent de pédé” sur Je suis un homme, signe que les critiques (et même les agressions) pèsent mais ne l’arrêtent pas. 

Des influences musicales très variées  

Qu’on apprécie ou non la proposition artistique de JuL, une chose reste indéniable : dans le choix des rythmiques et des sonorités, le rappeur marseillais a clairement pris le contre-pied du rap français. A titre d’exemple, à une époque où le rap tend vers le ralentissement des bpm, il choisit d’augmenter la cadence avec des rythmes très rapides, en totale opposition avec la tendance. Un pari gagnant, mais franchement risqué. Même chose avec ses influences : entre les beats inspirés du reggaeton et les influences assumées de la pure variété française, il a foncé tête baissée vers l’inconnue. Il s’est forgé son propre créneau, créant véritablement un son “à la Jul”. 

On ne peut évidemment pas comparer JuLet Michel Polnareff sur le plan artistique, tant les époques, les méthodes de travail et les sonorités sont différentes. Cependant, on retrouve chez Polnareff le même type d’ouverture à des sonorités en opposition avec la tendance : rock, funk, jazz, blues, il passe par tous les genres musicaux et en tire à chaque fois des éléments venant enrichir son univers. En outre, on peut rappeler qu’il n’a jamais hésité à essayer de nouvelles techniques (musique électronique par exemple), tout comme Jul qui a beaucoup été critiqué à ses débuts pour son utilisation de l’autotune. 

Des concerts spectaculaires  

Là encore, la comparaison doit tenir compte des époques et des styles différents des deux chanteurs. Quand Polnareff mise sur les décors (planètes, lunettes géantes, automates, etc) ou les costumes spectaculaires, JuL, lui, entre sur scène en roue arrière ou en soucoupe volante, jongle avec un ballon, ou rappe dans une twingo. Deux ambiances extrêmement différentes, mais correspondant l’une et l’autre parfaitement à l’univers de chaque artiste. Surtout, JuL et Polnareff misent sur des spectacles vivants, sortant autant que possible du cadre du simple concert, pour offrir à leur public des soirées aussi inoubliables que possible. 

Un rapport distant aux médias et à la célébrité  

JuL l’a déjà expliqué à de nombreuses reprises : si c’était à refaire, il prendrait la peine de cacher son visage, “à la Daft Punk”. S’il ne regrette évidemment pas d’avoir fait carrière et d’avoir accompli son rêve de devenir une star du rap, il est assez clair que le marseillais voit dans la célébrité beaucoup plus de contraintes que de privilèges. Resté fidèle à son mode de vie (il continue à parcourir les rues de sa ville en trottinette électrique ou en scooter, à faire des clips avec les habitants de son quartier, etc), il estime qu’il aurait été beaucoup plus tranquille de continuer à mener cette vie dans l’anonymat tout en faisant de la musique sous une identité secrète -d’autant qu’il fait très peu d’interviews ou autres apparitions médiatiques.

Si Michel Polnareff ne fait pas des roues arrière au beau milieu d’une cité pendant son temps libre, on retrouve le même type de désir d’anonymat chez lui. Son look très reconnaissable (cheveux bouclés, lunettes qui cachent la moitié du visage, tenues extravagantes) lui permet paradoxalement de se fondre dans la masse : il lui suffit d’enlever ses lunettes (ou d’en changer pour une paire plus discrète), d’enfiler un bonnet et une paire de jeans, et le tour est joué.