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Il y a 15 ans, Tandem sortait son manifeste : "C'est toujours pour ceux qui savent"
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Tandem - "C'est toujours ceux qui savent"
Tandem - "C'est toujours ceux qui savent"

Il y a 15 ans, Tandem sortait son manifeste : "C'est toujours pour ceux qui savent"

Emblématique du rap français sans concession et rageur du milieu des années 2000, Tandem a sorti en février 2005 son seul et unique long format, "C'est toujours pour ceux qui savent". Une pièce maîtresse qui a marqué à la fois un accomplissement et le début de la fin d’une aventure pour le duo.
Tandem - Pochette album "C'est toujours pour ceux qui savent"
Tandem - Pochette album "C'est toujours pour ceux qui savent"

Deux nombres, un chiffre, posés aux pieds de tours d’immeubles. Ils sont massifs, comme ces mêmes bâtiments en arrière-fond. Un “93” imposant, qui prend toute la place de la pochette en 12x12 cm du premier album d’un duo issu du département au même chiffre : Tandem.

Sorti il y a quinze ans, en février 2005, Ceux toujours pour ceux qui savent est à l’image de sa pochette : calcaire et massif, avec ses 17 titres étirés sur 76 minutes, à une époque où le CD, format roi, ne laissait la place qu’à 80. Si ce premier album de Tandem est devenu iconique, il reste surtout à ce jour le seul du duo, comme celui d’un autre binôme au rap de “pensées sombres”, Mauvais Œil de Lunatic. Ceux qui le savent m’écoutent est pourtant l’un des plus illustres de cette période malchanceuse du rap français, où le ton et la musique se sont durcis, pendant laquelle de nombreuses carrières n’ont jamais vraiment décollé, mais qui a produit un rap viscéral et durablement influent sur de nombreux artistes qui vont suivre. Paradoxalement, c’est le chant du cygne d’un tandem dont le cadre n’a pas tenu sur une route bien trop accidentée, ce qui a autant nourri le contenu de cet album que sans doute usé ses interprètes.

Espoirs et désenchantements

Le titre de C’est toujours pour ceux qui savent est un indice du contexte de sa genèse. Car avant ce premier album, Tandem a en effet eu le temps, malgré eux, de construire une base de “sachants” pendant les cinq années qui ont précédé sa sortie. Au début des années 2000, Tandem est un groupe qui repart de zéro après quelques premiers pas dans le rap dès l’adolescence. Mac Kregor ((Makenzy) et Mac Tyer (Socrate) sont issus d’une précédente formation, Perestroika, dont faisait entre autres partie le rappeur Dontcha avant de partir en solo. Les deux “Mac” ont continué ensemble, jusqu’à commencer à travailler avec un autre binôme. Kilomaître, duo de production composé de DJ Maître (parfois appelé Masta) et Tefa, s’est construit un beau CV en produisant notamment pour les 2 Bal 2 Neg’, héros de l’underground francilien, et Pit Baccardi, véritable star du rap français à l’époque. Les deux compositeurs font d’ailleurs un jour écouter les démos de Tandem sur lesquelles ils travaillent au rappeur parisien, cofondateur du label Première Classe. Il est scotché dès la première écoute : “J'y entendais du Ärsenik, un truc caillera, mais avec un vocabulaire médiéval”, raconte-t-il en 2019 à l’Abcdr du Son. Je me suis dit “mais c'est quoi ça ?” J'ai demandé à Masta de me filer des sons, je suis allé à Villiers-le-Bel voir Lino. Je lui ai fait écouter, il m'a dit : “C'est des tueurs !. Tout s’accélère entre 2000 et 2001 pour Tandem : ils apparaissent sur les deux morceaux du maxi Meilleurs voeux 2/Sport de sang, aux côtés de Dadoo de KDD, Busta Flex ou encore Tunisiano de Sniper, deux titres ensuite placés sur la compilation Mission Suicide coproduite par Kilomaître. Surtout, ils signent sur le label Première Classe. En résulte la sortie à l’automne 2001 de Ceux qui le savent m’écoutent, un premier EP de 9 titres qui va asseoir la réputation de Tandem comme un groupe à l’écriture dense et noire, où les rimes ne tombent pas en fin de mesure mais sont internes à leurs phases. Leur ville d’Aubervilliers y est décrite comme un “Colisée”, leur lexique puise dans un vocabulaire parfois désuet (“fourberies”), et dans ce décor entre antiquité et Moyen âge les deux rappeurs racontent leur mal-être, parlant d’“amertume”, de “déprime”, de “peine” sur chaque titre. Le rap de Tandem est celui de la douleur, dont les racines se trouvent dans les stigmates de la colonisation (“Enfant et fils d'une terre écartelée, je m'en remets à un quelconque pouvoir céleste qui me libérera de mes barbelés”, Mac Kregor). Ce premier EP assure à Tandem un succès d’estime. Mais ils prennent vite conscience de la limite de cette reconnaissance - “Je m’évertue à faire des vers de tuerie, mais ça m'ennuie que ma tirade soit la déprime d'un jeune premier” rappe déjà Mac Tyer sur le morceau-titre du disque. 

Malgré leur signature sur le label Première Classe, les années qui suivent ne concrétisent pas immédiatement leurs espoirs de sortir un plus long format. Pourtant, les responsables du label Première Classe essaient de pousser leurs jeunes signatures. Ben-J des Neg’Marrons, cofondateur du label, racontait à l’Abcdr du Son en 2019 : “Les maisons de disques nous disaient que c'était trop dur, trop hardcore. Je pense qu'à cause de ça, un certain temps s'est écoulé, et les mecs ont peut-être été déçus”. Juste avant la sortie de C’est toujours pour ceux qui savent, Mac Tyer montrera d’ailleurs une vraie lucidité sur le contexte dans lequel ils ont démarré quelques années plus tôt : “À l’époque 2001/2002, on était déjà tous là, dira-t-il à propos de Tandem, mais aussi Sinik, Al Peco, La Fouine, avec qui ils partagent une couverture pour le magazine Groove. “On sortait des trucs, on posait. Mais les maisons de disques n’étaient pas prêtes à signer les artistes, car en 1997/98, ils en ont signé un paquet et qu’il fallait les exploiter jusqu’à la fin”. Alors que les relations deviennent difficiles entre les rappeurs d’Aubervilliers et Première Classe, Mac Tyer et Mac Kregor ont failli raccrocher les gants. De l’aveu de Mac Tyer, leur participation à la compilation Fat Taf, sortie début 2003, avec le titre Rap sauvage leur redonne l’envie de retourner en studio. Et plutôt que d’attendre un geste de l’industrie du disque, ils vont opérer seuls, comme d’autres artistes de l’époque. Mac Kregor crée alors en 2003 le label Hematom Concept avec les producteurs Tyran et Oz’Gore, qui travailleront ensuite avec des rappeurs comme Despo Rutti, Sinik et Nysay. Mac Tyer lui emboîtera le pas en 2005 avec X-Plosif Muzik. Parallèlement, Tandem continue de briller sur plusieurs compilations, toutes deuxième du nom : Sachons dire non Volume II, Cut Killer Show 2, et surtout Une spéciale pour les halls Vol. 2, sur laquelle il place leur titre étendard : 93 Hardcore. Un morceau fracassant, autant pour la production épique de Jo le Balafré, producteur d’Aubervilliers comme eux, que les mots crus de Mac Tyer et Mac Kregor pour décrire leur ville et la Seine-Saint-Denis. Le morceau devient le véritable hymne du groupe, porté par un clip sonnant comme une réponse séquano-dyonisienne au Pour ceux de la Mafia K’1 Fry, la pointe de dérision de l’équipe Kourtrajmé en moins. Il offre un terrain parfait pour la sortie en 2004 de la mixtape Tandématique modèle Vol. 1, “le best of du groupe qui a pas d’album”, comme l’annonce le host sur l’intro. Une tape qui réunit des titres de Ceux qui le savent m’écoutent, des apparitions sur diverses compilations, des freestyles sur des faces B, et même un remix de Made You Look de Nas assuré par Kore & Skalp. La mixtape contient surtout des titres inédits : Illégal Muzik, C mort pour toi, J’aime pas les keufs (Poulet). Des titres où le style de Tandem est plus brut, leur écriture prend moins les détours presque littéraires de leur EP pour décrire la même réalité grise de leur quotidien. Avec cette mixtape et leur morceau porte drapeau 93 Hardcore, Tandem revient alors au centre de l’attention des auditeurs de rap français.

Cohérence et divergences

Si leur passage chez Première Classe est resté au départ infructueux, il leur permet pourtant de signer chez un autre label. Stéphane Ndjigui, l’un des cofondateurs de Première Classe qui travaillait également comme directeur artistique pour le label Hostile (Diam’s, Rohff, etc.), leur permet une signature chez Because lorsqu’il arrive sur ce tout nouveau label qui veut développer du rap français. Entre temps, à l’image des inédits placés sur Tandématique modèle Vol. 1, Tandem a enregistré de nouveaux morceaux, forts de leur collaboration renforcée avec l’équipe Kilomaître et Jo le Balafré et du travail de production de l’équipe Hematom Concept. Ce long temps de gestation leur a été finalement bénéfique : Ceux qui le savent m’écoutent, résultat de ces années d’un travail au long cours, sort début février 2005 et marque une réelle évolution pour le duo. Les inédits de leur mixtape de 2004 étaient de bons indicateurs : le groupe s’est délaissé d’une partie de ses artifices d’écriture qui impressionnaient mais le rendaient peut-être moins accessible, sans sacrifier à son esthétique funeste. Le duo semble constamment flirté avec ses démons ou traverser l’enfer : “Lucifer t’es trop bonne, viens qu’on s’envoie en l’air ; infidèle, madame misère est trop frêle et beaucoup trop laide”, crie ainsi Mac Tyer sur 93 Hardcore, quand Mac Kregor supplie qu’on lui “ouvre donc cette porte qui [l']évadera de cet enfer”, avant que son collègue ne tranche définitivement dans Sombre : “l'enfer c'est ici et le paradis c'est là-haut, car mon vieux c'est vue du ciel que la terre m'a l'air si belle”. Mais les métaphores pour donner plus de poésie à leur quotidien, aussi noire soit-elle, s’arrêtent là : même la nostalgie des bons moments exprimée sur le titre Nostalgique semble être un fardeau (“mon soleil meurt de nostalgie et ça m'énerve”). L’écriture des deux rappeurs est plus directe (“La chance que tu tringles est du genre porteuse d'une MST”), les ennemis plus clairement nommés, notamment les ministres de l’Intérieur, alors en activité (“Y'a trop de flicailles alors vote contre Sarko”) ou retraité (“C’est la faute à Pasqua si on en est là”). Pourtant, contrairement aux accusations d’incitation à la violence qu’a suscité leur fameuse phrase “j’baiserai la France jusqu’à ce qu’elle m’aime” dans 93 Hardcore, le duo tient aussi à rappeler les plus jeunes à l’ordre (“Imbécile, tu ne fais qu’une mère déçue quand tu niques la justice”, “petit, si tu frappes ton prof t'auras plus d'école, tu n'auras que la déconne, la rue et ses codes pour t'éduquer”), quand Bouge, en fin de disque, propose un discours sensiblement plus volontaire et encourageant… à la Tandem. “Aux plus intelligents de savoir lire entre les lignes”, explique alors Mac Kregor au magazine Rap Mag. “Ils s’apercevront qu’au bout du compte, notre message est positif. Qu’ils se servent donc de nos erreurs pour ne pas les reproduire”. Mais sur l’ensemble du disque, c’est surtout un “vécu de poissard” que raconte So et Makenzy, à l’instar du titre de sa longue conclusion. 

Ainsi, C’est toujours pour ceux qui savent a majoritairement un aspect monolithique, comme un bloc de granit - ou en l'occurrence de ciment. Les productions assurées principalement par Kilomaître, Jo le Balafré et Tyran cognent autant qu’elle transmettent soit la peine (J’ai trop de coeur, Le Monde est stone), soit la colère du groupe (Explosif, Tu croyais quoi ?). Elles préfigurent la fin d’une recherche d’un son brillant inspiré par les États-Unis pour un son au rendu plus brut, qui sera notamment caractérisé l’année suivante par le Qui suis-je de Sefyu. Malgré cette cohérence sonore,C’est toujours pour ceux qui savent montre aussi un duo dont la complémentarité commence à vaciller. Il y a déjà l’évolution vocale de Mac Tyer : des titres comme Dans ma rue et Sombre trahissent des enregistrements précoces, où l’on entend le timbre plutôt nasal de So qui équilibrait le ton plus grave de son comparse aux débuts du groupe. Sur la plupart des autres morceaux de l'album, Socrate rappe avec sa véritable voix, écorchée mais aussi basse que celle de Kregor, brisant cet équilibre de registre vocal qu’ils avaient créé. C’est surtout dans certaines approches que le duo diffère. “Tu ressens ce trouble parce que nous sommes deux personnalités différentes, deux écorchés vifs”, explique Mac Tyer en mars 2005 au magazine Groove. “On a une turbulence en nous, on a chacun une façon de montrer notre instabilité”. Quand Mac Kregor montre un rejet de la religion (“Prends-toi en main car c'est pas l'éternel qui te le rendra”, “ c'est triste d'être dans l'impasse mais où est ton Christ ?”, “ton soi-disant protecteur invisible qui a pas encore eu le temps de me rendre visite”), Mac Tyer garde la foi malgré les épreuves (“Y a que Dieu qui me fait peur et je veux que mes ennemis le sachent”, “Sachez mes frères que personne n'est athée sous les tirs d'obus”). Mac Kregor se montre de plus en plus sombre et misanthrope : J’ai trop de coeur, son solo, est le morceau le plus triste de l’album et à l’écriture la plus proche des débuts du groupe. C’est lui qui incarne au mieux le mal-être porté depuis le début du duo, débordant dans des phrases comme “trop d'choses à fuir que j'dors même plus quand j'dors”. Mac Tyer, lui, est au contraire de plus en plus combatif et porté sur le confort financier (les références à l’oseille gagnée par tous les moyens parsèment ses textes). En étant l’acteur principal de la trilogie au coeur de l’album - quotidien carcéral sur Un jour comme un autre, libération puis rechute dans l’illicite dans Frères ennemis, défaillances judiciaires dans Le Jugement - Mac Tyer indique, sûrement inconsciemment, la place centrale qu’il va prendre les années suivantes dans le rap français, et ce dès la compilation Patrimoine du ghetto avec Jo le Balafré en octobre 2005. Si on n’atteint pas la mise en scène finale de Frères ennemis, où une histoire de business fait vaciller leur amitié (et la porte du logement de Mac Kregor), on sent sur ce disque des premières brèches. “Tandem, c’était de l’impulsivité pure”, dira Mac Kregor en 2016 dans l’émission La Sauce d’OKLM Radio. Mais à trop fracturer la roche par impulsions, elle tend à se fissurer.

Symbole et patrimoine

À sa sortie début février 2005, l’album bénéficie d’un accueil critique similaire au premier EP du duo. Il parvient même à accrocher une place dans les vingt meilleures ventes de disques sa deuxième semaine d’exploitation, à une époque où le rap particulièrement dur et sans concession comme celui de Tandem reste commercialement marginal. Un événement tragique va replacer le duo et sa musique au centre de l’attention médiatique, pour des mauvaises raisons : les émeutes de l’automne 2005 suite au décès de Zyed Benna et Bouna Traoré, deux adolescents de Clichy-sous-Bois qui se sont funestement réfugiés dans un transformateur électrique pour éviter un contrôle de police. Par le contenu de leur album, Tandem devient des lanceurs d’alerte à rebours de ce drame qu’a connu la France sous le ministère de l’intérieur de Nicolas Sarkozy. La fameuse phrase “J’baiserai la France jusqu’à c’qu’elle m’aime” du duo prend alors un écho particulier, est discutée dans des articles de la presse généraliste, et donne l’idée à des émissions de débats d’inviter les deux rappeurs sur leurs plateaux, sans pour autant venir y faire de l’explication de texte. “Nous n’avons pas à nous justifier de notre musique, pour la simple et bonne raison qu’eux-mêmes ne font pas l’effort de nous comprendre”, tranche alors Mac Kregor dans Rap Mag. Des principes qu’ils ont aussi défendus sur scène pendant l’Indépendance Tour, une tournée d’une dizaine de dates au printemps 2005 aux côtés de Sinik et de l’Skadrille, autre groupe anciennement signé chez Première Classe et passé comme Tandem dans l’indépendance. Moins connus du grand public que Sinik, sans doute plus identifiés que l’Skadrille, Tandem est alors un groupe symbolique du rap français en ce milieu des années 2000. Ils ne le savent peut-être pas encore, mais Mac Tyer et Mac Kregor sont pourtant en train de vivre leurs derniers moments en tandem.

La suite, ce sont deux carrières solo aux polarités opposées. Dès 2006, Mac Tyer se transforme en l’un des artistes moteurs des transformations sonores du rap français avec son album solo Le Général, et prend le virage dirty south en drift, le frein à main serré et le volant braqué à fond, sans non plus tourner totalement la page des années Tandem sur cet album et les suivants, notamment D’où je viens (2008) et Hat Trick (2010). Mac Kregor, lui, continue dès 2006 de développer son penchant plus insurrectionnel et avec sa compilation Insurrection, puis ses albums Catharsis (2007) et Autarcie (2009). Mac Tyer décroche peu à peu un statut d’OG, demandé en featuring par les figures de la nouvelle génération (Joke, Niro), et signe même plus tard sur le label de Maître Gims, Monstre Marin. Mac Kregor devient, lui, une légende de l’ombre, plus underground, rappant même avec un certain… Ademo, en 2012, bien avant qu’il n’explose avec son frère dans un autre duo qui marquera lui aussi son temps, PNL. Malgré des apparitions sur des disques de l’un et de l’autre, jusqu’à Marche comme un soldat de Mac Tyer sur l’album Untouchable en 2012, la magie du duo de Tandem ne réapparaît jamais. La même année, Mac Kregor sera définitif en interview : l’aventure Tandem est définitivement terminée, pour cause de désaccords artistiques profonds - mais sans heurts. Il faudra attendre 2016 pour les revoir physiquement ensemble, sous l’impulsion de l’aura alors fédératrice de Fianso, pour le clip de 93 Empire avec Kalash Criminel. La raison ? La reprise d’une fameuse phrase. “J’baiserai la France jusqu’à c’qu’elle m’aime”. Un symbole à la fois remarquable et cruel, montrant que le groupe a marqué son empreinte sur le rap hexagonal mais dont la complexité, notamment de C’est toujours pour ceux qui savent, ne peut se résumer dans une seule phrase, aussi évocatrice soit-elle. Quinze ans plus tard, ce seul et unique album est toujours un manifeste puissant. Un classique.