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Hugo TSR : le vrai triomphe du rap indé
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Hugo TSR - capture clip "Périmètre" (Chambre Froide )
Hugo TSR - capture clip "Périmètre" (Chambre Froide )

Hugo TSR : le vrai triomphe du rap indé

Depuis 20 ans, Hugo TSR fascine. À l’aube de la sortie de son nouvel album, "Une vie et quelques", le rappeur parisien symbolise la réussite en indépendance et ce dans sa forme la plus authentique.

Ces derniers temps, on entend beaucoup parler du triomphe du rap indé. La victoire sur l’industrie musicale de ces rappeurs dit "underground" comme Nekfeu, PNL, Alpha Wann, Laylow, Freeze Corleone, Deen Burbigo et beaucoup d’autres. Ces artistes ont beau ne plus avoir besoin des radios ou des autres grands médias spécialisés pour que leur musique trouve écho auprès du public, les appeler "indés" serait une erreur. N’oublions pas qu’ils dépendent tout de même des grandes maisons de disque pour la distribution de leurs disques. Une indépendance en demi-teinte donc.

Non. Si la réussite en indépendance, la vraie, devait porter un nom et afficher une figure, l’heureux élu serait nul autre que Hugo TSR. Le rappeur parisien originaire du 18eme est l’incarnation même de l’indépendance dans le hip-hop. Actif depuis le début des années 2000 avec son TSR Crew, Hugo Boss n’a jamais changé de fusil d’épaule. Depuis son premier album, le graffeur dont la devise est devenue « tise, shit et rap » a fait le choix grâce à son propre label Chambre Froide, de garder le contrôle intégral de sa musique et surtout, de rester fidèle à l’essence de son art. Et ce quoi qu’il en coûte.

Hugo TSR : un sens de la formule intact

Après quelques années d’expérimentations musicales en collectif, la bombe H, son premier album solo est lâché en 2005. On y découvre alors la classe incarnée, un MC au style impeccable. Prods sombres façon boom bap à l’ancienne, plume fine, messages forts, rimes ciselées, mais tranchantes, et surtout, un flow limpide et nerveux à faire pâlir de jalousie ton rappeur préféré. La formule est toute trouvée, la machine Hugo TSR est lancée et n’est pas prête de changer.

La force du bonhomme est bien là : 20 ans se sont écoulés depuis qu’il a pris le micro pour la première fois, mais l’artiste est resté le même. Durant toutes ces années, le rap a changé, l’industrie s’est développée, et les tendances se sont succédées, mais lui n’a jamais tourné le dos à ses fondations. De son premier son à Sensei, son dernier titre sorti l’an dernier, l’authenticité d’Hugo TSR est restée la même.

Si ses détracteurs lui reprochent de n’avoir jamais cherché à modifier sa recette, de rapper toujours de la même façon et toujours sur le même type d’instrus, qu’ils se demandent pourquoi changer les ingrédients lorsque la recette nous convient parfaitement. De toute façon, que vous l’aimez ou pas, il s’en moque. Sa seule mission à lui, c’est de rapper en laissant libre-court à sa vision artistique. Loin du feu des projecteurs s’il le faut.

Une discrétion à toute épreuve

Hugo TSR est pour ainsi dire un anti-héros dans le rap français. A l’heure où les stratégies commerciales des rappeurs mainstreams consistent la plupart du temps à envahir les playlists des plateformes de streaming, à multiplier les vues sur leurs clips et à enchaîner les interviews dans les gros médias, Hugo TSR est loin de tout ça. Vous pouvez chercher sur Google ou Youtube, en deux décennies de carrière, le Parisien n’a pratiquement, si ce n’est jamais donné,  d’interviews en bonne et due forme, ni été diffusé en radio. Certes, les freestyles d’Hugo et son crew sont légions sur la toile, mais vous ne trouverez pas ou peu d’entretiens du rappeur, même en cherchant bien.

Son rythme de sortie également est aux antipodes des tendances de l’industrie musicale : à l’heure où les artistes sortent un single tous les deux mois et un projet quasiment tous les ans pour rester à l’affût des charts, Hugo opte plutôt pour le quasi-silence radio. Un titre balancé par-ci par là et un album tous les 4-5 ans, c’est bien suffisant. La réalité est ce qu’elle est : Hugo n’a jamais cherché à briller aux yeux du plus grand nombre. Un choix de parcours particulier qui l’a emprisonné dans une carrière de rappeur casanier.

S’il n’y voit évidemment aucun problème et assume totalement d’avoir emprunté la voie du loup solitaire, force est d’admettre que l’impact de sa musique s’en fait sentir.  Aussi bon et brillant soit-il, Hugo reste un éternel artiste de niche. Logiquement, il n’a jamais eu le succès commercial qu’il méritait. Un rapide coup d’œil sur ses chiffres de vente et ses certifications suffit à dresser le constat.

Pendant que les plus gros mastodontes de l’industrie se voient certifiés disque d’or en quelques jours à peine, pour Hugo, ce n’est évidemment pas là même. A l’heure actuelle, seuls ces deux derniers projets ont été plaqués dorés (équivaux à 50 000 ventes cumulées). Son dernier disque Tant qu’on est là, sorti le 22 septembre 2017 a obtenu son disque d’or le 30 juin 2019, puis son opus précédent, l’encensé Fenêtre sur rue dévoilé en novembre 2011, a mis neuf ans à être certifié, lors de la seconde moitié de 2020. Une performance évidemment à saluer tant celle-ci est rare pour un rappeur totalement indépendant.

Mais qu’importe l’étendue de son succès et le temps que celui-ci aura mis à arriver, en deux décennies de carrière, Hugo TSR a finalement atteint une immense notoriété, bien plus large que le public habituellement touché par son style de rap. Des millions de streams sur les plateformes et autant de vues sur ces clips, tout ça c’est bien, mais Hugo TSR a encore mieux. Il peut compter sur une communauté de fans loyaux, toujours fidèles et fiers de défendre sa musique et ses valeurs.

Une fanbase fidèle et engagée

QLF pour PNL, la Team Jul pour Jul, le 667 pour Freeze Corleone… Dans le rap français, seuls quelques privilégiés peuvent se vanter d’avoir à leurs côtés, une communauté de fans aussi organisée que dévouée. Hugo TSR est aussi de ceux-. L’exploit est d’autant plus notable pour le rappeur parisien qu’il est parvenu à se former son public par la seule force de son art et de son authenticité. Chaque fois, c’est la même : Hugo a beau être discret, chacune de ses annonces et sorties sur les réseaux sociaux fait l’effet d’une bombe. Quoi qu’il dira, son public répondra toujours à l’appel, même après plusieurs années de disette musicale.

Il n’y a qu’à regarder l’annonce de son nouveau projet. Faite sans crier gare deux semaines avant le jour J, l’annonce d’ Une vie et quelques cumule aujourd’hui plus de 14 000 likes sur Facebook. Un chiffre énorme pour un rappeur indépendant, que bons nombres de ses homologues, pourtant bien plus médiatisés, n’atteignent même pas. Un témoignage fort de l’engagement et de la loyauté sans faille de son public envers l’artiste.

A une époque où le clivage entre rap à l’ancienne et rap nouvelle génération est de plus en plus marqué, Hugo TSR lui, se paie le luxe de mettre tout le monde d’accord. Avec un seul et unique extrait balancé au préalable, il sait déjà que toute la planète rap aura les yeux rivés sur lui à son retour. Au vu de sa carrière et de ses derniers titres dévoilés, même si aucune information concrète n’a été indiquée quant à la direction que prendra son futur projet, il y a évidemment peu de chance qu’il fasse évoluer radicalement sa formule ou se mette à l’autotune.

Blague à part, on a beau savoir à l’avance qu’Hugo TSR fera du Hugo TSR, le suspens reste entier quant au contenu du projet. Après plus de trois ans sans albums, l’attente est immense et la hype à son paroxysme.

Les dieux du rap sont formels : ce vendredi 19 février au matin, tous ceux qui connaissent Hugo TSR iront écouter et diffuser son nouvel album, et tous les médias rap en parleront. Voyant la vague approcher, beaucoup d’auditeurs plus jeunes découvriront sûrement le rappeur avec Une vie et quelques, et c’est une excellente nouvelle pour le rap français. De son côté, l’intéressé observera probablement tout cela dans l’ombre et en silence, toujours adossé à sa sombre fenêtre du 18ème.

Jérémie Léger