MENU
Accueil
Écouter le direct
Hooss - Capture d'écran clip "Cramé" (R3D LIGHT)
Hooss - Capture d'écran clip "Cramé" (R3D LIGHT)

Hooss : on en est où ?

Révélation du rap sudiste en 2015, Hooss n’a que partiellement confirmé les espoirs placés en lui. Il s’est malgré tout construit une solide discographie, et s’apprête aujourd’hui à prendre un nouveau départ.

Un départ très encourageant

Août 2015. Deux figures montantes du rap sudiste s’associent sur une prod de Katrina Squad, construite à partir d’un air de cornemuse. Le succès populaire et critique du titre Aniki mon frère_propulse un peu plus SCH et Hooss parmi les noms à suivre, au sein d’une scène rap français en plein renouvellement. Tous deux s’apprêtent à publier leurs premiers projets, respectivement _A7 et French Riviera. Prévu initialement sur la tracklist de A7, le morceau est finalement récupéré par Hooss, qui l’intègre à sa mixtape, prête plus tôt. En septembre de la même année, le rappeur, convaincu d’avoir frappé un grand coup, pose en freestyle chez Booska-P : “demande au S, on a marqué le rap avec une instru d'écossais. Depuis, SCH est devenu l’une des principales têtes d’affiche du rap français, vise le platine minimum à chaque sortie, et enchaîne les clips à 30, 50, voire 100 millions de vues. Hooss, lui, n’a pas connu la même destinée, et malgré une discographie solide, peine aujourd’hui à retrouver un fort écho médiatique. 

Quand Aniki mon Frèr,e est publié en 2015, il charbonne déjà depuis de nombreuses années, on peut remonter les traces de ses débuts amateurs jusqu’en 2007. Ce featuring impactant lui permet alors de toucher rapidement un public désireux de voir le plateau du rap français se renouveler. Il tente de s’imposer avec un style bien défini et une imagerie précise : Hooss, c’est un récit très terre-à-terre de la vie de rue (j'ai toujours mes deux pieds devant l'D, bébé, rien n'a changé j'suis à la gratte), des formules suffisamment hors du commun pour attirer l’attention (ma mère serait fière de moi, j'ai préféré faire l'rappeur qu'aller à la fac), et un lien fort avec ses supporters. Booba a ses ratpi, SCH ses scélérats, Hooss, lui, a choisi un surnom à la connotation affective : les kheyous. 

Au delà de ce titre, important pour le lancer sur la scène nationale, Hooss carbure alors plutôt bien entre 2015 et 2016. Ses singles (Maman dort, Quatre Saisons, A la Gustavo) portent les deux volumes de French Riviera. Alors que le Sud de la France se résume pour beaucoup d’auditeurs à la seule scène de Marseille, les rappeurs de la Côte d’Azur veulent eux aussi dépasser les frontières de leurs départements respectifs. Veust, Infinit ou Jason Voriz font briller le 06, Hooss vient poser le 83 sur la carte. Son univers met alors en avant les “HLM en bord de mer” et déconstruit simplement mais très efficacement les clichés sur les paysages ensoleillés du Var. La bonne dynamique de ce début de carrière est symbolisée par des détails futiles mais qui ont un sens dans le grand échiquier du rap-game  : un partage par Booba, un contrat avec Only Pro, quelques featurings avec des noms alors côtés (la MZ, Naps). Les premiers succès ont cependant leur revers, comme le constate Hooss sur Tire en l’air zin : “traîner devant le D, voir mon buzz grimper, m’a rendu agressif. 

Victoires et défaites

Malgré une bonne productivité et une formule inchangée, un plafond de verre vient poser des limites à son ascension après French Riviera Vol.2. Le vent de fraîcheur de ses débuts retombe petit à petit, et si ses fans le suivent sur Temps Plein (2017) puis le projet court Première Presse (2017), la présence médiatique de Hooss s’amenuise au fil des mois. Vu comme l’un des grands espoirs sudistes en 2015, il a entre temps vu une concurrence exacerbée exploser, et ne représente, quelques années plus tard, qu’un artiste parmi tant d’autres. Du point de vue de l’artiste, on peut voir le verre à moitié vide, ou à moitié plein : certes, il n’a pas explosé comme il aurait pu l’espérer il y a cinq ans ; mais l’économie du rap est telle aujourd’hui qu’une fan-base restreinte mais fidélisée vaut peut-être mieux qu’un public large mais peu impliqué. D’autant que, comme Hooss aime le rappeler, sa position d’indépendant lui vaut des risques, mais aussi des avantages : “j’suis en indépendant, 70, pas 9%(Chaque couleur), ou encore “retiens qu'une chose, pour nous 70, tu nous fais le blindé, tu touches 9%(La Provence). Clairement une manière de dire qu’un rappeur signé en maison de disques ne gagne pas forcément des grosses sommes sur sa musique, là où un charbonneur qui se gère seul ou en équipe restreinte peut optimiser ses gains. 

Hooss a toujours donné la sensation de se satisfaire de sa situation, comme si chaque avancée positive dans sa vie était inespérée. Déjà en 2015, il se félicite d’avoir su toucher des auditeurs loin de son propre terrain : “j’représentais trop bien les rheyous du 8-3, aujourd'hui j'suis refait, ça m'écoute jusqu'à Aulnay-sous-Bois(Maman Dort). Pas forcément aidé par la vie au départ, Hooss a appris au fil des années à prendre le bon et laisser le mauvais de côté. Signe fort de sa capacité à relativiser et à ne garder que le positif, il évoque ainsi le deuil de sa mère sur le titre La Lettre, extrait de Woodstock en 2018 : “j’aurais pu parler d’toi sur un son triste, maman, mais quand j’pense à toi j’ai que des bons souvenirs. Avec suffisamment de recul, on comprend donc que des futilités comme sa position sur l’échiquier du rap-game n’aient que peu d’importance à ses yeux, et que l’essentiel est ailleurs. 

Un nouveau départ ? 

Cinq ans après avoir ouvert sa discographie, Hooss entame en 2020 ce qui s’apparente à un projet de renaissance artistique. Woodstock, en 2018, a présenté son projet le plus ambitieux, et peut-être le plus en phase avec sa personnalité. Il y a développé des thématiques qui étaient restées inexplorées chez lui, a fait le point sur l’avancement de sa carrière (j’suis dans l’mal, j’suis dans l’rap, Dieu merci j’ai eu c’que j’voulais), et a pu enchaîner sur un troisième volume de French Riviera en 2019. Les différents chapitres de Prohibé, publiés depuis le mois d’avril, représentent donc aujourd’hui une étape nouvelle, aussi bien en termes de format que de démarche stratégique. Sur le principe, rien de très complexe : un nouvel EP de six titres publié chaque mois, et ce jusqu’à la sortie d’un nouvel album, déjà annoncé -sans qu’aucune autre information (date, tracklist) n’ait filtré pour le moment. Alors que les formats courts sont plébiscités en ce moment (Rim’K, Roméo Elvis, Alonzo, Aketo, etc) et que la stratégie des EP à intervalles réguliers a été éprouvée avec succès par Niro l’an dernier, la série Prohibé pourrait servir de nouveau détonateur à Hooss pour mieux repartir vers l’avant. 

J’me suis fait seul, tout ce que je dis est vrai, le public m’apprécie” : en 2015 sur Tire en l’air zin, Hooss résumait déjà efficacement sa formule, faisant preuve depuis de beaucoup de sincérité, d’attaches évidentes à l’indépendance, et d’une capacité à garder les deux pieds sur le terrain pour mieux retranscrire la réalité sudiste dans ses textes. S’il n’est plus la prochaine petite star du rap français, il a remporté d’autres victoires en s’installant durablement, se construisant de projet en projet une discographie étoffée et solidifiant d’année en année sa fan-base. Reste à savoir où la série Prohibé l’emmenera : son dernier clip, Vie de Rue, se présente comme un véritable résumé de sa carrière : “vie d'artiste, succès et précipices, tout qui se précipite, j'vais pas me plaindre, je l'ai souhaité. Pour Hooss,  faire le bilan des années passées est peut-être le meilleur moyen de tirer un trait sur ses victoires et défaites, pour mieux ouvrir un nouveau chapitre.