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Hatik face à ses nouveaux défis
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Hatik - photos tournage clip "mer" (Alain et Lucas pour La Sucrerie)
Hatik - photos tournage clip "mer" (Alain et Lucas pour La Sucrerie)

Hatik face à ses nouveaux défis

D’artiste confidentiel à profil prometteur, puis de profil prometteur à numéro 1 du top singles, Hatik a explosé en un temps record. A l’heure de la sortie de Vague à l’âme, il fait face à de nouveaux défis.

Dans le monde du rap français, tout va très vite. Il y a tout juste un an, Hatik n’était encore qu’un rappeur en développement, futur premier rôle d’une série à la réussite encore incertaine. Le 20 mars 2020, alors que la France vient d’entrer dans sa première période de confinement, Validé débarque sur les écrans français, et bat très vite quelques records. Propulsé en haut de l’affiche, Hatik change de statut quasiment du jour au lendemain. 

Un long parcours avant "Validé"  

Actif depuis 2014, année d’une première mixtape confidentielle intitulée America 2 et sous-titrée “Connaissance et style”, Hatik a passé ses cinq premières années de carrière à travailler dans l’ombre, traversant toutes les phases de la vie d’un artiste confidentiel. De petits boulots pour survivre en signature au sein d’un label indé, de l’enregistrement d’un album à l’annulation de sa sortie, il parvient à arracher quelques featurings avec des têtes d’affiche (La promesse remix, sur lequel il partage le micro avec Disiz, Soprano, Dinos, Youssoupha et Tito Prince) et finit, comme beaucoup, par collaborer avec Daymolition. 

C’est à travers ses clips sur la chaine fondée par Screetch et Styck que les équipes de Frank Gastambide, par l’intermédiaire de Sam’s, vont repérer Hatik. L’opportunité est immense pour le jeune rappeur, pour qui tout s’accélère subitement : il débute le tournage en avril 2019, l’annonce publiquement en mai, publie la mixtape Chaise Pliante en août. L’annonce de sa participation à Validé braque évidemment les regards et les oreilles sur lui, mais cette attention nouvelle ne se concrétise pas immédiatement. Le public rap est alors simplement curieux de découvrir ce rappeur dont il n’a pas forcément suivi le parcours jusqu’ici, mais le grand public ne sait pas encore qui est Hatik. 

Le 20 mars 2020 est le jour où sa vie bascule. La sortie des dix épisodes de la saison 1 de Validé provoque son explosion médiatique soudaine, d’autant que le rappeur convainc dans le rôle de Clément Sabayo dit Apache. Cette nouvelle exposition se traduit immédiatement sur le plan comptable : ses chiffres, indicateurs concrets de popularité, grimpent tous en flèche : streams multipliés par trois, abonnés instagram en constante progression, etc. Véritable bénédiction, ce premier rôle dans l’une des séries-star de l’année a cependant son revers. Un fils aura toujours du mal à s’émanciper de l’ombre de son père ou de sa mère, une star née sur un buzz devra faire deux fois plus d’efforts pour s’en détacher et pérenniser sa carrière ; sur le même principe, Hatik devra longtemps composer avec le fait que sa percée ait été liée à Validé, et devra fournir deux fois plus d’efforts pour crédibiliser sa position de rappeur capable d’exister en dehors d’un premier rôle à la télévision. 

Un rappeur qui sait vraiment rapper   

Sur le plan artistique, pourtant, Hatik répond cependant présent avec une progression constante depuis la série de freestyles Chaise Pliante. Véritable marche en avant dans sa carrière, Chaise Pliante Volume 2, publié deux semaines avant la sortie de Validé, constitue un bon résumé de tout ce que sait faire le rappeur. L’éventail est très large, entre titres au profil street et singles à ambition radiophonique, avec égotrip, introspection, touches d’humour et inévitables balades sentimentales. Si on n’échappe pas à une certaine redondance avec la tendance suivie par la masse des rappeurs, Hatik sait cependant se démarquer et donner de l’épaisseur à ses textes, en particulier quand la dimension introspective prend le dessus. C’est par exemple le cas sur un titre comme Cercle Vicieux, qui s’attache à décrire les paradoxes entre le mode de vie du rappeur et sa foi religieuse (j'crois qu'mes démons ont trouvé la faille) et tous les tourments liés à ce type de double vie (c'est dead comme mon frère qui va prier avant d'faire Paris-Rotter), avec une sincérité touchante (j'peux pas m'racheter, j'peux m'soigner). 

Le même type de travail est mis en avant sur d’autres textes au discours consistant et plutôt pertinent, on peut prendre pour autre exemple La Rue : 5 longues minutes de rap sans refrain, avec un regard qui se refuse à la fois à l’apologie (demande aux petits pourquoi ils se tapent, ils sauront même pas quoi te répondre) et au moralisme (Ça s'est pé-ta devant la mosquée, du coup ça demande pas c'qu'on fait, ça demande : on arrose qui ?”) pour livrer un constat brut et réaliste (t'as vendu deux grammes, t'as pas fait le casse du siècle). 

Pour un artiste qui vise le succès grand public, une carrière ne se construit cependant pas que sur ce type de performance. Qu’il s’agisse de titres solo (Angela) ou de featurings (Amel Bent, Jok’Air), Hatik place quelques hits dans le top des classements streaming et s’impose au fil des mois comme l’un des rappeurs les plus en vue auprès d’une audience plus proche de celle de TF1 et NRJ que de celle de Daymolition. Les honneurs (deux nominations aux NRJ Music Awards) et les certifications (notamment deux singles de diamant) s'enchaînent et parachèvent le conte de fée. 

La médaille et son revers  

Derrière cette belle réussite, Hatik doit également composer avec les aléas d’une célébrité soudaine. Arrivé en haut de l’affiche à une époque où la gestion des réseaux sociaux est devenu l’un des enjeux principaux de la construction et de la pérennisation d’une carrière, Hatik a rapidement souffert de sa gestion faillible de la communication, contribuant à diviser le public à son sujet. Passé trop vite de l’ombre à la lumière, il lui aura fallu une période d’apprentissage pour se rendre compte que son statut et son audience ne lui laissaient pas le droit à l’erreur. C’est d’autant plus dommageable qu’il a déjà prouvé qu’il savait se montrer sympathique en interview et en phase avec sa réelle personnalité. 

Depuis, Hatik a retenu les leçons de ses erreurs, faisant son mea culpa au cours d’un documentaire diffusé par Booska-P il y a quelques jours : C’est très compliqué de garder la tête sur les épaules. Peut-être que j’ai parfois fait preuve de manque de lucidité. Le rappeur a rendu la gestion de ses réseaux sociaux à ses équipes, se concentrant sur l’essentiel : la musique. A l’heure de la sortie de Vague à l’âme, un album très orienté pop/rap, Hatik donne le sentiment de vouloir apaiser son image, à l’image du choix du visuel de la cover, très brut et très naturel. Il maintient cependant une certaine exigence sur le plan du rap pur et dur, des titres comme Costa ou Colère faisant l’effet de piqûres de rappel : quand il en a envie, Hatik reste un vrai kickeur. 

Moins d’un an après la sortie de Validé, Hatik a connu en un laps de temps très court un début de carrière aussi mouvementé que celui de son personnage dans la série. Passé en quelques mois d’artiste confidentiel à profil prometteur, puis de profil prometteur à numéro 1 du top singles, il a remporté quelques batailles, a subi de plein fouet la versatilité du public rap, et a convaincu autant que divisé. Peu de rappeurs ont vu la médaille et son revers se confondre autant dès leur première année d’exposition médiatique. Avec Vague à l’âme, un album ambitieux, c’est un nouveau défi qui lui fait face : confirmer les réussites de sa première année en haut de l’affiche et s’installer durablement. La saison 1 de la carrière d’Hatik a tout d’un conte de fée, mais une bonne série se juge à sa deuxième saison.