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Guizmo, Rohff, Médine … Les spécialistes des longs couplets sans refrain
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Guizmo - capture clip "History X"
Guizmo - capture clip "History X"

Guizmo, Rohff, Médine … Les spécialistes des longs couplets sans refrain

Focus sur les couplets uniques les plus marquants du rap français.

Avec son troisième projet solo, Renaissance, Rémy s’est encore une fois distingué par sa propension à écrire des titres longs et denses, sans refrain, alignant un nombre exagérément important de mesures. C’est le principe sur lequel est construit le titre de conclusion de la tracklist, intitulé 97 mesures. Un long couplet unique, sur une boucle de piano déjà utilisée à plusieurs reprises par le monde du rap, qui sied parfaitement au style introspectif et mélancolique du rappeur d’Aubervilliers.

Ce type de morceau, qui fait évidemment plaisir aux auditeurs fans de textes et de rap aux accents littéraires, est loin d’être un concept neuf. Déjà usité par de nombreux artistes, il a permis de renforcer la réputation de lyricistes de certains, ou de révéler la plume de rappeurs que l’on n’attendait pas forcément sur ce registre. On revient sur certains de ces longs couplets qui ont marqué le rap français.

Guizmo - Seyar, Mon CV, Sablier, André, Manifeste…

Guizmo est un spécialiste de l’exercice. Véritable machine à écrire, le rappeur a tendance à énormément se livrer sur son parcours, ses blessures, ses propres excès, ou son histoire familiale. Bon nombre de ses projets contiennent donc un, voire plusieurs morceaux-fleuves, tous très introspectifs et empreints d’émotions : son dernier album en date, 10 ans, en est le meilleur exemple. Le titre Seyar, qui vient conclure la tracklist, en est une bonne illustration : huit longues minutes de rap sans thème précis, “essaye pas de compter mes couplets gros, ça fait x mesures”.

Sofiane - Lettre à un jeune rappeur, Outro (Blacklist 1)

Avant de devenir un rappeur à l’attitude de patron du CAC40, Fianso s’est un peu cherché artistiquement, entre pur rap de rue, singles ouverts qui auraient mérité un meilleur sort, et morceaux-fleuves mettant en valeur sa plume. Extrait de Blacklist 2, Lettre à un jeune rappeur est l’un des classiques de sa carrière, et l’un des meilleurs témoignages de ce qu’est le milieu du rap, vu de l’intérieur. Ce n’est pas le seul titre de ce genre dans la discographie de Fianso. Sur le premier volume Blacklist, un projet sur lequel on est revenu en détails à l’occasion de ses dix ans, Sofiane se livrait déjà dans long texte très personnel avec sa paternité en fil rouge.

Alkpote - 44 mesures de terreur, John H Snow, Vomissure

La logique qui voudrait qu’un long couplet unique soit forcément un texte introspectif et mélancolique a ses contre-exemples. Alkpote est le cas le plus évident, lui qui profite de ces empilages de mesure pour faire rimer “mec c’est cool” avec “su** ma bite, lèche mes boules”. Autre particularité : ce sont à chaque fois des titres qui viennent conclure la tracklist, comme un gros feu d’artifices de phases salaces et de punchlines dérangeantes.

Rohff - Testament, Regretté, Dounia, Du Fond du Coeur, Darwah …

Si Guizmo est devenu l’un des symboles du format “long couplet unique sans refrain”, Rohff en a longtemps été le maître absolu. Avec des titres comme Testament ou Regretté, le vitriot a en effet écrit de véritables classiques du rap français, encore plébiscités par ses fans. Surtout, il a su écrire des textes parfaitement équilibrés, avec une thématique tenue de bout en bout sur des formats de huit bonnes minutes. Touchant dans ses mots, capable de prendre du recul sur lui-même, il a véritablement donné ses lettres de noblesse à ce format.

La Hyène - 9’40, 9’45, 2019

Avec 9’40 (Thugz Mixtape) et 9’45 (Thugz of Anarchy), La Hyène avait déjà fait fort, en livrant des titres aussi longs que cohérents. 2019, lui aussi extrait de Thugz of Anarchy, affiche donc une durée de 20 minutes et 19 secondes, un véritable exploit, d’autant que ce titre n’est jamais redondant ou lassant. Le rappeur du groupe 400 Hyènes y livre sa vision d’ancien en décalage avec les valeurs de la nouvelle génération (“j'y pige plus rien, j'suis dépassé, j'me sens sur un sol verglacé”), avec de vraies fulgurances de pur lyriciste (“j’veux faire de mon coeur le jardin du pardon, pour enterrer toutes mes rancoeurs”).

Médine - Arabospiritual, Candidat Libre, 11 Septembre, Enfant du destin, Du panjshir à Harlem …

Parfois dans le bilan de sa vie (Arabospiritual) ou de sa carrière (Candidat Libre), parfois dans le récit de sujets graves (11 septembre) ou le storytelling (Enfant du destin : Kunta Kinte), Médine a toujours livré de longs morceaux racontant énormément de choses. Le long-format est donc la formule idéale pour un profil comme le sien. Dans certains cas, il s’agit d’un seul long couplet ; dans d’autres, ce sont deux ou trois couplets qui s'enchaînent sans refrain. Dans tous les cas, si l’on tient compte de sa productivité et de la diversité des thématiques, Médine est sans contestation possible l’un des meilleurs à cet exercice.

Youssoupha - A force de le dire, Espérance de vie, Eternel recommencement …

Proche de Médine, Youssoupha appartient à la même école artistique, qui mise avant tout sur l’écriture. Après Éternel recommencement, le titre qui l’a réellement révélé, et sur lequel il pose pendant six minutes sans temps mort, le rappeur a plusieurs fois réitéré l’expérience. C’est notamment le cas sur Espérance de vie, un titre qu’il aura mis quasiment trois mois à écrire, à raison d’une mesure par jour.

Kery James - Banlieusards, Lettre à mon public, 28 décembre 1977, Constat Amer, Racailles, La mort qui va avec …

Le troisième membre du supergroupe “La Ligue”, dont l’album n’a finalement jamais vu le jour. Etant donnée la propension des trois à livrer des longs titres sans refrain, on imagine que ce fameux projet aurait forcément contenu un titre d’une dizaine de minutes -le contraire serait décevant. Comme dans le cas de Médine, certains “couplets uniques” de Kery James sont en fait construits sur un enchaînement de deux ou trois couplets sans refrain, avec une légère transition entre eux.

Orelsan - L’odeur de l’essence, Suicide social, Notes pour trop tard, Manifeste, Défaite de famille, Raëlsan, Peur de l’échec, Mes grands-parents …

On termine avec un rappeur pour qui le concept de couplet unique peut revêtir un nombre incalculable de formes : il y a un monde entre Notes pour trop tard et Manifeste. Toujours attaché à s’éloigner des formats préconçus, Orelsan a su rendre populaire des titres sans refrain (Suicide Social, Défaite de famille), ce qui n’est pas un mince exploit. Qu’il soit plutôt introspectif (Notes pour trop tard, Peur de l’échec), ou qu’il aborde des thématiques plus engagées (L’odeur de l’essence, Manifeste), il perpétue cette excellente tradition du rap français, qui veut qu’un long couplet sans transition vaut parfois mieux qu’un single radiophonique très formaté.