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Guizmo : dix ans de classiques et toujours aussi authentique
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Guizmo - capture clip "10 ans"
Guizmo - capture clip "10 ans"

Guizmo : dix ans de classiques et toujours aussi authentique

Dix ans de rap ça se fête. Pour l'occasion, on s'est replongé dans la discographie de Guizmo et on a choisi de revenir sur dix morceaux phares de sa carrière.

Dans la culture hip-hop, il existe un adage qui dit « le rap m'a sauvé la vie ». Peu importe que nous soyons auditeurs ou artistes, nous nous sommes tous appropriés ce slogan un jour ou l'autre. Mais celui à qui il convient le mieux est à n'en point douter Guizmo, tant le rappeur issu du 13 eme arrondissement de Paris revient de loin. De très très loin.

Lamine Diakité est un survivant et un écorché vif. Brisé par une enfance tumultueuse, ravagé par un train de vie autodestructeur et rongé à petit feu par ses addictions à la drogue et à l'alcool, rien ne prédestinait ce jeune MC à devenir quelqu'un d'autre qu'un galérien avalé par la rue. Pendant des années il a nagé dans les ténèbres les plus sombres de l’existence jusqu'à littéralement en toucher le fond. Un jour pourtant le miracle s'est produit et il a trouvé sa rédemption grâce au hip-hop et au rap.

Lancé en 2011 au sein de l'Entourage, il s'est vite émancipé du collectif pour prendre une nouvelle direction aux antipodes de l’industrie musicale. Loin des strass du rap game et des paillettes du show business, Guizmo a préféré rester unique et authentique en proclamant dès le départ son indépendance artistique. Véritable amoureux de la culture hip-hop, il a fait le choix d'un rap mélancolique, très technique mais surtout qui sort de ses tripes. En assumant de se mettre à nu dans ses sons et de rapper uniquement sur ce qui le touche vraiment au plus profond de lui, le MC a su transcender son art pour en faire sa meilleure arme contre ses démons personnels.

Bien qu'il ait appris à canaliser son mal-être au point d'entrevoir la lumière depuis quelques années, les traumatismes d'une vie ne s'effacent jamais vraiment. Quand bien même Guizmo a admis qu'il ne serait probablement jamais un homme totalement heureux, il peut au moins être fier d'être devenu l'un des rappeurs français les plus talentueux et prolifiques de son époque. Dix ans après la sortie de son premier projet, Normal, le renard s’apprête à revenir aux affaires avec un nouvel album judicieusement intitulé 10 ans.

Et puisque le rappeur a visiblement choisi de faire le point sur sa carrière, de notre côté, on s'est laissé tenter par l'exercice de la rétrospective. Histoire donc d'accueillir comme il se doit le retour de Guizi Ouzou, sisi coucou, nous nous sommes replongées dans son immense discographie pour célébrer dix de ses plus grands classiques.

Le Rap Contenders Vs. Aronstrong (2011)

Commençons par le commencement. Ce n'est un secret pour personne, Guizmo a toujours été un freestyleur dans l'âme, « un écrivain de seize mesures » comme il aime lui-même s'appeler. Depuis toujours animé par un pur esprit hip-hop, il est comme beaucoup de MC de sa génération, à l'instar de ses potes de l'époque issus du collectif, passé par la case Rap Contenders. Au même titre que les battles de rap Dégaine Ton Style aux Ulis, ces confrontations lyricales étaient un passage obligé pour tous les rappeurs voulant se forger une réputation. C'est lors de cette compétition que Guizmo s'est réellement fait remarquer pour la première fois, plus précisément lors de sa draft remportée face à Aronstrong.

Non-content de signer des punchlines inspirées comme « Y'en a qui dise que le rap c'était mieux avant, moi j'dis qu'c'était juste mieux avant qu't'arrives » ou «Menteur, tu côtoies les ghettos d'Paris que quand tu pécho d'la weed », sa répartie la plus marquante reste lorsqu'il coupa la parole de son adversaire d'un « Normaaaaal ! », lorsque celui-ci lui lança : « Mec t'empeste l'alcool à des kilomètres, j't'ai vu devant boire 5 Ballantine comme un shlag ». En assumant parfaitement son problème avec l'alcool, Guizmo a retourné l'attaque à l'envoyeur et s'est mis le public dans la poche.

On peut aisément dire que ce coup d'éclat à lui seul a dessiné la suite de la carrière de Guizmo puisqu'il a donné son titre à son premier album.

Normal (2011)

Sorti le 3 octobre 2011, Normal est donc le premier album de Guizi Ouzou. C'est sur celui-ci qu'on retrouve le titre éponyme. Conscient de son nouveau statut, le rappeur n'a pas hésité à surfer au maximum sur sa victoire aux Rap Contenders en citant directement ce passage en ouverture du clip du morceau. Sur un sample groovy de « Make Me A Memory (Sad Samba) » de Grover Washington JR, le rappeur rappe sans filtre, avec aisance et assurance son quotidien dans la street. Évidemment, le refrain de « Normal » fait un clin d’œil à sa draft historique contre  Aronstrong en reprenant la tirade  désormais classique 5 'teilles de Ballantine's, c'est normal. Se servir de l'échec d'un concurrent pour sa appuyer sa street cred ? Guizmo ne pouvait pas rêver mieux pour un début de carrière.

https://www.youtube.com/watch?v=hIiVYpA1lpA

Ma haine est viscérale (2012)

Pour son album La Banquise, Guizmo avait surpris son public en choisissant de rapper sur des instrumentales bien plus dans l’air du temps. Seulement à l'époque, beaucoup lui étaient tombés dessus en prétextant que la vibe de 2012 ne collait pas du tout à son mood d'écorché vif. Quoi qu'on en pense aujourd'hui, « Ma haine est viscérale » dénotait complètement avec cette direction plus « grand public ».

En effet, avec ce morceau clippé, Guizmo est revenu aux sources de son art en embrassant de nouveau les sonorités old-school mélancoliques des années 90 qui l'ont tant inspiré. Les vrais mélomanes auront évidemment reconnu le sample du titre « Aria de Syrna » du compositeur, pianiste et chef d'orchestre français Saint-Preux. Un échantillon culte qui a d'ailleurs déjà façonné d'autres classiques du rap français, à l'instar des morceaux « Esprit mafieux » de Busta Flex & Oxmo Puccino sorti en 1998, mais aussi « La poudre aux yeux » de Kery James dévoilé en 2009.

Ceci dit, le titre de Guizmo dénote complètement avec ceux de ses prédécesseurs. Le renard est bel et bien parvenu à se l'approprier en jonglant habilement entre introspection, remerciements et règlements de comptes.

Avec le recul, il n'y a rien d'étonnant à ce que le morceau soit lui aussi devenu un classique : lors d'une interview, le rappeur avait déclaré que l'esprit mafieux qui se dégageait de ce sample et la boucle de piano envoûtante qui l'habillait l'avaient carrément hypnotisé. Par conséquent, il n'avait pas pu s'arrêter d'écrire.

C'est tout (2012)

Morceau éponyme du second album de Guizmo, ce titre est une merveille d'introspection. Dans un couplet unique de près de huit minutes, le rappeur parle à cœur ouvert de ses démons les plus tenaces. D'abord, il aborde frontalement sa détresse face à l'alcool, mais aussi sa musique, son rapport au hip-hop et sa vie de famille. C'est avec ce genre de morceau qu'on s’aperçoit que pour Guizmo, le rap, c'est un exutoire lâché uniquement avec le cœur et les tripes. Presque 10 ans après, ses mots résonnent encore dans nos têtes et l'instrumentale mélancolique sur un sample du thème « Pegasus Ryu Sei Ken » tiré de l'anime Saint Seya nous mets toujours autant les frissons.

Tour de Pise (2013)

Les fans de l'Entourage connaissent forcément cette instru. Elle reprend celle du hit de Nicki Minaj sorti en 2011, « Moment For Life ». Néanmoins, au-delà de ce détail et du morceau en lui-même, c'est surtout l'histoire qui l'entoure que la postérité a retenu. En effet, c'est avec ce titre que Guizmo a définitivement affiché sa guerre ouverte avec Nekfeu et l'Entourage.

C'est l'un des clashs les plus énigmatiques de l'histoire du rap français tant les raisons sont encore aujourd'hui bien mystérieuse. La version officielle parle de différends artistiques et d'une histoire de tee-shirt, mais la réalité pourrait bien cacher quelque chose de plus complexe. Guizmo avait déjà amorcé la guerre contre son collectif avec une pique dans le morceau « Chat Perché », mais c'est bien ce titre qui a lancé réellement les hostilités en 2013.

Pendant plus de 4 minutes, le Renard affirme sans équivoque sa supériorité au sein du collectif et plus spécifiquement par rapport à Nekfeu. Dans ses rimes, il affirme le surclasser tant sur le plan physique en bagarre de rue que sur le plan rapologique. Selon lui, son rival est dépourvu de street cred contrairement à lui qui rappe avec authenticité. Après quoi, les diss tracks se sont enchaînés des deux côtés jusqu'à ce que les rancœurs s'atténuent. Si depuis, de l'eau a coulé sous les ponts, les deux MC ne se sont malheureusement jamais officiellement réconciliés. Dommage tant Nekfeu et Guizmo auraient pu faire des merveilles ensemble.

Attendez-moi (2016)

Beaucoup de rappeurs ont malheureusement connu la douleur d'un proche parti trop tôt, mais aucun d'eux n'a retranscrit la détresse émotionnelle que cela implique aussi bien que Guizmo. Sur la production du poignant “I’m the man” de 50 Cent sorti en 2015, le rappeur du label Y&W de Yonea & Willy L’Barge a signé l'un des titres les plus poignants de sa carrière musicale. Meurtri par l’absence des personnes disparues qu’il portait dans son cœur, sa sœur, son frère, et son ami Ulysse, l'artiste rouvre ses cicatrices les plus profondes et nous plonge dans les méandres de son chagrin.

Habitué à raviver ses blessures dans ses sons, Guizmo n'a semble t-il jamais poussé l'introspection aussi loin que sur ce titre. Attendez-moi a été écrit dans les larmes et celles-ci se ressentent et s'entendent dans l'enregistrement du morceau en studio. Il aurait alors pu réenregistrer sa piste, mais sous les conseils de Yonea, il a préféré la conserver pour en garder l'authenticité. Dans un entretien donné à Booska P, le rappeur a confié «  c'était sincère. Je ne me suis pas trompé dans le texte ou quoi, tu entends juste un excès d'émotion ».

Ironiquement, si « Attendez-moi » n'a initialement pas l'ambition d'être un tube par la gravité de son thème et l'intensité de son interprétation, il est certifié single d'or. Évidemment, c'est mérité, mais c'est malheureusement le seul de la carrière de Guizmo.  De là-haut, ses proches doivent être fiers de lui.

Pas du même monde (2018)

Quoi ? Un feat entre Guizmo et Bigflo et Oli ? A l'annonce de cette collaboration, ceux qui pensaient qu'après des années à rapper dans la sueur et les larmes, le rappeur de Villeneuve-la-Garenne allait finalement tomber dans la facilité en signant un tube formaté avec des têtes d'affiche du rap français se sont lamentablement trompés. La vérité, c'est qu'en terme de collaboration, on peut difficilement faire plus authentique.

En effet, saviez-vous en 2018 que Bigflo, Oli et Guizmo, même s'ils ne sont clairement pas du même monde, se connaissaient et étaient déjà amis depuis  pas mal d'années ? Et puisque les vrais amis se doivent d'être présents dans les moments difficiles, c'est pour aider leur pote face à l'enfer de ses addictions que les deux frères toulousains ont pris le micro.

Tombé dans l'alcool dès l'âge de 13 ans après avoir bu un flash de rhum, Guizi Ouzou n'a jamais vraiment su arrêter de boire depuis. Accoudés au comptoir d'un bar, Bigflo et Oli mettent alors le rappeur en face de ses démons et l'aident à prendre conscience de la gravité de son alcoolisme. En plus d'être d'utilité publique pour tous ceux qui, comme Guizmo, souffrent d'une dépendance quelconque, ce titre, c'est aussi une belle histoire d'amitié. Et dans un rap game toujours plus gangrené par les clashs, disons-le, ça fait du bien.

Sablier (2018)

Au fil de sa carrière, Guizmo n'a jamais eu peur de proposer des morceaux « fleuve » au couplet unique et sans refrain,  Après « C'est tout » en 2012, « André » en 2014 et « Mon CV » en 2016, il a récidivé en 2018 avec « Sablier », titre majeur de son album Renard. A l'heure des bangers taillés pour les plateformes de streaming, peu d'artistes osent encore proposer cette formule rapologique de peur de ne pas percer dans les charts.

C'est tout l'inverse de Guizi qui s'en fout de briller tant que son art reste authentique et sincère. Toujours animé d'une volonté d'honorer la culture hip-hop, il débite d'un flow énervé des punchlines toujours aussi percutante et inspirées. Fidèle à lui-même, il rappe« ses démons avec une gueule d'ange » au rythme du sable qui s'écoule et du temps qui passe. Habillé du même béret qu'il porte sur les pochettes de ces précédents albums, il affiche clairement l'ambition d'inscrire ce son dans la lignée de ses plus grands classiques. Et c'est réussi.

Manifeste (2020)

Fans de Guizmo, vous reprendrez bien un morceau fleuve ? Il vous a entendu. Pour la sortie de son album Lamine en 2020, dix ans après "Demer", son premier one shot sans refrain, il a signé un Manifeste de plus de sept minutes et toujours aussi puissant.

La force de Guizmo est bien là : il aurait pu maintes fois succomber à la tendance du rap mainstream et connaître un succès plus large, mais a préféré rester fidèle à ses valeurs. Sur des instrus mélancoliques à l'ancienne, il est toujours aussi à l'aise et inspiré. Écriture, flow, punchlines, interprétation, rien n'est laissé au hasard. Il laisse aller sa plume et kicke au fil de sa pensée pour nous dresser une fois de plus un somptueux tableau musical de son vécu noir. Et bon sang qu'est-ce qu'on aime ça.

10 ans (2021)

Nous y sommes : après avoir brassé 10 ans de classiques de Guizmo, il est temps d'aller de l'avant. D'autant plus que le renard s’apprête justement à sortir de sa tanière dans quelques jours pour dévoiler son nouvel album. Un projet qu'il nous a présenté avec le single « 10 ans », un morceau en référence à un autre de ses classiques « Dans dix ans » et dans lequel il fait le point sur les épreuves de sa vie et ses dix années de carrière. Le tout en affirmant une fois de plus sa supériorité sur le gratin du game et sa volonté de brasser toujours plus de billets.

Avec pour l'heure un unique single dévoilé, difficile de savoir exactement de quelle couleur sera ce nouvel album. Sera-t-il toujours aussi introspectif et axé sur l’auto psychanalyse ou surprendra t-il avec un peu plus de lumière, à l'image du nouvel état d'esprit un peu plus positif du rappeur ? Sans doute tant il promet de dresser le bilan du chemin parcouru par le rappeur une décennie durant. Tout ce qu'on espère de cet album, c'est qu'il soit bon et qu'il soit le signe d'un avenir radieux pour Guizmo.

Pour le remercier des nombreux classiques qu'il a livrés et de nous avoir fait passer par toutes les émotions, que tous les amoureux de rap se mobilisent dès le 17 décembre pour lui offrir son premier disque d'or. Après tout ce qu'il a traversé dans la vie et tout ce qu'il a accompli dans le hip-hop, ce serait la récompense minimum pour un artiste qui mérite plus que n'importe qui d’être consacré pour l'ensemble de sa carrière.