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Et si … Sinik et Diam’s avaient sorti leur album commun ?
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Diam's - concert Victoires de la musique 2007 + Sinik - concert Paris
Diam's - concert Victoires de la musique 2007 + Sinik - concert Paris ©AFP

Et si … Sinik et Diam’s avaient sorti leur album commun ?

On a imaginé à quoi aurait pu ressembler l’album commun entre deux des stars du rap des années 2000, jamais sorti malgré leur bonne volonté.

Les univers parallèles n’existent pas que chez Marvel. Le rap français aussi a ses réalités alternatives, dans lesquelles les évènements ne se sont pas déroulés de la même manière. Dans un autre monde, NTM n’a pas périclité après son quatrième album ; Booba et Kaaris ne se sont jamais croisés à Orly ; Vincent Cassel a remplacé son frère au sein d’Assassin ; Diam’s n’a jamais arrêté le rap

Dans le monde réel, Sinik et Diam’s sont passés à deux doigts de publier un album commun. En 2007, déjà le rappeur des Ulis expliquait au Parisien que le projet avait été annulé après l’enregistrement de cinq titres. S’il mettait en cause des désaccords entre les maisons de disques à l’époque, il est depuis revenu en long et en large sur les détails de cette histoire. Son témoignage chez Interlude en 2019 est très clair sur ce sujet : “*Sa team de l’époque a bloqué notre album commun, tout simplement. Ils voulaient retirer l’album une fois fait, créant de vrais problèmes de contrat. J’ai voulu la jouer pro, pas faire trop de vagues, afin de ne pas mouiller Mélanie car c’était pas ce qu’elle voulait, je savais qu’elle attendait derrière l’album. Eux estimaient qu’elle vendait un million d’albums et nous seulement 300.000 et qu’en gros c’était elle qui nous rendait service plutôt que nous. Ils n’ont pas voulu comprendre que c’était un projet dont on parlait depuis nos 19 ans, quand j’étais encore en prison. Ça nous tenait à coeur à elle et moi, mais ils n’y ont vu que le business***.”**

Le business a donc tué dans l'œuf ce projet qui aurait à coup sûr été un événement : Sinik ne vendait peut-être “que” 300.000 albums à l'époque, mais il était l’une des plus grosses têtes d’affiche du rap français. Surtout, ses différentes collaborations avec Diam’s ont très bien fonctionné, l’alchimie entre les deux artistes allant bien plus loin que la musique. Dans un monde parallèle, ce fameux album a pu sortir dans de bonnes conditions, cartonner sur les ondes, et ouvrir la voie à d’autres albums communs.

L’album

Avec ses quinze titres, l’album intitulé Invincibles est assez classique dans la forme : l’essentiel de la tracklist repose sur des storytellings, des titres mélancoliques, et des morceaux plus offensifs. Quelques morceaux sortent tout de même du lot, et surprennent les auditeurs. On pense par exemple à L’Assassin VS le Diamant, un clash amical mais nerveux, entre deux amis qui ne s’épargnent rien le temps d’un morceau. Trahison, le featuring avec Vitaa est évidemment LE gros single qui tourne en boucle sur toutes les radios et en télévision. Sur le seul autre featuring, on retrouve Calbo et Lino, pour un gros égotrip puissant sur une prod de Wealstarr, qui marque les esprits des amateurs du genre. Autre surprise, l’étonnante interlude Suzy Guetta, tentative de fusion entre house et rap, produite par DJ Bellek, est une grosse prise de risque. Le morceau divise les auditeurs, mais trouve tout de même son public en club.

Sinik et Diam’s s’accordent également un titre solo chacun. La rappeuse balance l’énergique O.M.G (Originale Mélanie Georgiades), un morceau puissant avec beaucoup de second degré, dans lequel elle répond à ses détracteurs avec beaucoup de recul sur elle-même et sur son image publique. De son côté, Sinik livre un titre plus personnel, le très introspectif Une époque formidable part.2. Le morceau est réussi, mais forcément moins impactant que le premier. Le rappeur concedera quelques années plus tard en interview avec Pascal Cefran qu’écrire une suite à l’un de ses classiques était une erreur : “la pièce-maîtresse d’une discographie ne doit jamais se toucher. C’est mon grand classique, et j’ai un peu l’impression de l’avoir entaché avec cette deuxième partie. Je ne renie pas ce morceau, il est bon, je suis fier de ce que j’ai écrit. C’est juste que … j’aurais dû l'appeler autrement, et ne pas l’écrire comme une suite d’un morceau déjà existant.”

La promo et la tournée

C’est une première pour le rap français : Sinik et Diam’s ne font absolument aucune promo. La seule communication se limite aux clips, bombardés à la télévision et diffusés sur tous les sites de rap français. Aucune interview, aucun freestyle en radio, les deux artistes balancent l’album tel quel, sans chercher à le défendre autrement que par la musique. La tournée qui accompagne la sortie du disque est le meilleur espace d’expression pour Sinik et Diam’s, qui passent plusieurs semaines ensemble et en profitent pour réaliser un documentaire sur les coulisses du Invincibles Tour.

Les ventes

L’album commun de Sinik et Diam’s est un cas particulier : pressé à 200.000 exemplaires en édition limitée, il n’est vendu que dans les salles de concert de la tournée. Une diffusion restreinte qui n’empêche pas les disques de se vendre comme des petits pains, et de toucher un public très large. En pleine crise du téléchargement, Invincibles devient l’album le plus piraté de l’année en France, selon une étude de la société britannique Muso, spécialisée dans la lutte contre ces pratiques illégales. Sinik et Diam’s s’y attendaient, selon le rappeur, qui expliquera en 2015 à Booska-P que “*sur une édition limitée d’un album aussi gros et aussi attendu, c’est inévitable. C’est aussi pour ça qu’on a choisi de faire un tirage à un certain nombre d’exemplaires, l’idée c’était aussi de créer un sentiment de rareté, que ça ait du sens d’aller chercher l’album physique plutôt que de le télécharger***.”**

Une fois les 200.000 exemplaires écoulés, le public en redemande. Contre l’avis des artistes, les maisons de disques s’entendent pour presser 100.000 nouveaux disques, sur une réédition intitulée Invincibles … ensemble. Deux titres écartés de la tracklist originale sont ajoutés en bonus, ainsi qu’un remix tecktonik du titre Suzy Guetta. Toujours au cours de cette interview pour Booska-P en 2015, Sinik ne cachera pas son dégoût des méthodes employées par les majors : “*ils ont pris un très bon album pour en faire un produit dénaturé. Si on a écarté ces deux titres, c’est qu’on savait pertinemment qu’ils étaient moins bons que le reste de la tracklist, et surtout, qu’ils n’avaient pas leur place au milieu des autres morceaux. Le remix tecktonik, je veux même pas en parler. Et le public n’a pas été dupe : on s’est fait insulter pendant des années à cause de ce morceau, alors qu’on s’est battu pour qu’il ne se fasse pas. Avec le recul, qui avait raison ? Où sont passés les mecs qui faisaient de la tecktonik aujourd’hui ?***”**