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Et si Jul, Vald, Kaaris ou Booba devenaient Présidents ?
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JuL (DR) + Vald (Pierre Brault) + Kaaris - capture Goulag (Black Anouar ) + Booba - GQ (Pari Dukovic)
JuL (DR) + Vald (Pierre Brault) + Kaaris - capture Goulag (Black Anouar ) + Booba - GQ (Pari Dukovic)

Et si Jul, Vald, Kaaris ou Booba devenaient Présidents ?

Kanye West a annoncé vouloir candidater aux prochaines élections présidentielles américaines. Et si les rappeurs français l’imitaient et briguaient l’Elysée ?

Le fonctionnement de la politique américaine peut sembler cryptique pour les citoyens français, qui ne comprennent pas toujours ce système bipartite, les différences entre démocrates et républicains, le fonctionnement des primaires ou le rôle des grands électeurs. Une chose est sûre, en revanche : avec suffisamment de moyens et beaucoup de conviction, absolument n’importe qui peut accéder à la Maison Blanche. Dans Demolition Man, le personnage interprété par Sylvester Stallone est surpris de voir qu’Arnold Schwarzenegger est devenu Président des Etats-Unis dans un futur fictif. Une hypothèse pas si éloignée de la réalité, puisque Swarzy a réalisé une belle carrière politique, même si’l n’a jamais pu candidater à la présidence, n’étant pas né sur le sol américain. Le mandat de Donald Trump a déjà prouvé que la politique américaine n’avait absolument rien à envier à un épisode de South Park. Les récentes déclarations de Kanye West, qui a avoué ses ambitions présidentielles, sont donc à prendre au sérieux. 

L’an dernier, en direct sur Beats 1, la radio d’Apple Music, Kanye lâchait déjà sans sourciller “arrivera le moment où je serai Président des Etats-Unis. L’idée a visiblement fait du chemin dans sa tête, puisqu’il annonçait clairement en un tweet il y a quelques jours qu’il se portait candidat pour les élections de novembre : 

Si la candidature de Kanye West est peu crédible pour la majorité des spécialistes, notamment parce qu’elle arrive trop tard dans beaucoup d’Etats, elle prend tout de même une tournure très sérieuse : le rappeur a ainsi accordé son seul entretien à ce sujet au très sérieux magazine économique Forbes, signe qu’il ne s’agit pas que d’une hypothèse farfelue et que si elle n’aboutit pas cette année, elle sera peut-être plus concrète en 2024. Dans les grandes lignes de son programme, Kanye compte replacer la foi religieuse au centre du débat, imposer la prière à l’école, se méfier des vaccins (C’est la marque de la Bête, ils veulent nous implanter des puces afin que nous ne puissions franchir les portes du paradis"), éliminer le déodorant et le dentifrice (car ils "affectent notre capacité à être au service de Dieu"), s’opposer à l’avortement, et s’inspirer du système politique du Wakanda -on vous avait prévenu, on vit dans un épisode de South Park. 

Le système politique français, bien différent, laisse à tout le monde la possibilité de candidater aux élections présidentielles, à condition de recueillir au moins 500 parrainages de “citoyens titulaires de mandats électifs”. Depuis des années, on a donc droit à chaque nouvelle élection à des candidatures improbables, comme celle annoncée récemment par Jean-Marie Bigard, mais aussi : la candidate de télé-réalité Marlène, le “perturbateur” Aguigui Amoura dans les années 70 et 80, l’actrice pornographie Cindy Lee, l’abeille géante Dédé l’Abeillaud, le Grand Monarque Sylvain Durif, etc. Pas encore de milliardaire à la Donald Trump ou de rappeur à la Kanye West, mais restons prudents : à la moindre inattention, on pourrait se retrouver avec Nekfeu à l’Elysée. Prenons donc le temps d’examiner ce que seraient les politiques des rappeurs français potentiellement intéressés par un mandat présidentiel. 

Booba   

J’ai fait du game une dictature, pour ça qu’on me récompense pas” : une fois élu, Booba applique à la politique française les mêmes stratégies que celles qui l’ont maintenu au top du rap français pendant deux décennies. Entouré d’une fidèle équipe de soldats dévouée corps et âme à son leader, il fait voter quelques subtils modifications de la constitution pour transformer son quinquennat en mandat à vie. Après avoir remplacé le bleu-blanc-rouge par un drapeau pirate et la marseillaise par 92i Veyron, il légalise le port d’armes mais équipe la police française d’armes de guerre en remplaçant notamment les vieux Scénic par des chars d’Assaut. Si le pays se transforme en poudrière géante, Booba mène une politique exemplaire sur d’autres plans : la protection des animaux devient par exemple une priorité pour son gouvernement. 

Sur la plan international, c’est plus compliqué. Toujours aussi taquin, Booba se comporte avec les leaders mondiaux comme il s’est comporté avec ses concurrents dans le rap depuis des années : en les taclant quotidiennement via Instagram. Heureusement, le culte qui s’est mis en place autour de sa personnalité le pousse à prendre lui-même les devants en cas de conflit armé avec une autre grande puissance : exit l’armée, la dissuasion nucléaire ou et les bombardements sur les populations civiles, puisque le “premier Duc de France” a trouvé une nouvelle solution pour déterminer le vainqueur d’une guerre : l’Octogone sans règles. Les livres d’Histoire enseigneront longtemps son combat face à un Vladimir Poutine extrêmement bien conservé et soupçonné de dopage, voire de clonage. 

Vald   

Initialement pensé comme un coup de comm’ spectaculaire et une vaste blague, la candidature de Vald à la Présidentielle de 2022 rencontre un succès ahurissant, contre toute attente. Ses meetings sur fond vert ou dans des paroisses, son discours absurde, et son fameux slogan “il a pas voté Vald, il s’est fait niquer sa mère” le rendent rapidement très populaire. Les français ayant perdu confiance en la politique, son absence totale de promesses et l’inexistence de son programme font de lui le candidat le plus sérieux et le plus plébiscité à la fin du premier tour. Lors du fameux débat du second tour, il s’impose en ne prononçant pas un véritable seul mot et en répliquant “gnagnagnagna” à chaque argument de son adversaire. 

Étonnamment, une fois élu, Vald mène une politique très terre-à-terre. Ses allocutions présidentielles ne sont que des enchaînement de banalités (les milliardaires qui bloquent le jeu, c’est pas fair-play) qui font du bien aux français car elles restent au plus proche de leur réalité quotidienne (ni se nourrir, ni se loger n'est gratuit, j'crois qu'avec ça, j'ai tout dit). Engagé dans une croisade contre “les élites pédophiles”, “le projet MK Ultra”, et les pensions abusives, il disparaît du jour au lendemains sans laisser aucune trace, certainement abattu par une organisation secrète satanique ou une bande de reptiliens. 

Jul  

La scène est mémorable : le 13 mai 2022, Jul, fraîchement élu à la tête du pays, débarque en roue arrière à l’Elysée pour la passation de pouvoir. Premier Président en claquettes-chaussettes, son discours d’investiture se résume en un timide “hé mercé le sang”. Après avoir délocalisé l’Elysée dans une cabane au fond de son jardin, il mène une politique exemplaire, devenant le Président le plus populaire de l’histoire de la Vème République, et le premier à se balader au milieu de ses concitoyens en trottinette électrique. 

Engagé dans une réforme de l'Éducation Nationale afin de garantir à chacun les mêmes chances de réussite, il nomme Bernard Pivot à la tête de son gouvernement et impose une heure de dictée par jour à tout le monde, de l’école primaire à la maison de retraite. Aussi productif en politique que dans la musique, il publie jusqu’à quatre réformes majeures par an, dont certaines annoncées par surprise. Sur le plan international, c’est un sans-faute : respecté par l’immense majorité des dirigeants mondiaux, sa seule prise de bec (avec Boris Johnson, premier ministre britannique) se conclut par un mémorable “at worst, eat my leek” qui rappelle aux Français les grands moments de bilinguisme de Jacques Chirac. 

Kaaris  

Après une campagne présidentielle agressive, dans laquelle Kaaris promet la guerre à tous ses opposants. Invité du vingt heures, il se retrouve face à Christophe Jakubyszyn qui lui demande de quand date sa vocation présidentielle. Lancée droit dans les yeux, sa réponse mémorable (ma vocation : te braquer et te voir me l’astiquer) lui fait faire un bon de vingt points dans les sondages à quatre jours du premier tour, et se qualifie pour le second tour avec 27,0% des voix exprimées, malgré le boycott de la moitié des votants de Sevran. 

Élu deux semaines plus tard, il débarque à l’Elysée en Audi noire, assis sur la fenêtre, kalash à la main. Alors que les français attendent du sang, des menaces aux pays concurrents, et pourquoi pas une petite guerre de temps en temps, la déception est grande : Kaaris passe la moitié de son temps dans les jardins de l’Elysée avec sa fille, et offre des budgets bien plus conséquents à l’Education Nationale qu’à l’armée. Sa côte de popularité fait cependant un nouveau bon quand il annonce l’ouverture de goulags destiné aux citoyens reconnus coupables de cyber-harcèlement. 

Sur la plan international, Kaaris entre dans l’Histoire puisqu’il règle le conflit israélo-palestinien en quelques minutes avec un discours aussi concis qu’éloquent : “problème avec personne, nous on s'en bat les couilles, on bosse avec tout l'monde, shalom aleykoum.