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Doria : portait d'une artiste déterminée
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Doria (Camulo James)
Doria (Camulo James)

Doria : portait d'une artiste déterminée

Prometteuse, Doria sortira son premier album le 25 juin. Portrait d’une chanteuse déterminée depuis le départ.

Dans la grande course à la révélation de l’année, certains profils ont su se démarquer en faisant grimper suffisamment l’attente des auditeurs et en concrétisant sur le plan des chiffres. Depuis le début de l’année, des artistes comme Luv Resval, Squidji ou SDM ont élargi leur auditoire et se sont imposés comme des noms qui comptent dans le paysage rap français en 2021. Doria fait partie de ces grands espoirs, et s’apprête à franchir l’une des étapes les plus importantes de toute carrière : le premier album, dont la sortie est prévue le vendredi 25 juin. 

Une progression graduelle et quelques coups d’éclat  

Quelques coups d’éclat émaillent déjà le parcours de la chanteuse. On se souvient par exemple du succès de son featuring avec Jul il y a tout juste un an : intitulé Toi-même tu sais, ce titre était en top tendance le jour de la sortie de l’album La Machine, dont il est extrait. Un bel exploit, étant donné le calibre des autres invités (Nessbeal, Big Flo et Oli, Jimmy Sax ...) de ce projet, resté l’une des plus grosses sorties de l’année . Avant cette collaboration, elle avait déjà marqué les esprits à plusieurs reprises, que ce soit par le biais de freestyles radio cumulant les millions de vues ou avec son apparition dans l’émission Rentre Dans Le Cercle. 

Depuis, la jeune femme a franchi graduellement les étapes, avec une mise en marché passant par toutes les étapes promotionnelles importantes du moment : titre en partenariat avec Red Bull, live Vevo, vidéo-découverte chez Booska-P, boite à questions de Canal+ … A moins de deux semaines de la sortie de l’album Depuis le départ, tout est en place pour que la jeune rappeuse prometteuse change de statut et s’impose comme l’une des révélations de l’année, d’autant que certains titres sont clairement pensés pour poursuivre l’exploitation du projet pendant l’été. Les sonorités funk d’un titre comme Granita correspondent par exemple pleinement au type d’ambiance potentiellement efficace en période estivale, en particulier après une année complète de pandémie où la morosité a régné. 

Ce type d’influence, en vogue dans le rap français des années 2000, est de moins en moins présent à l’heure actuelle, malgré quelques tentatives épisodiques de PNL, Bosh ou Niro. Chez Doria, la funk est un genre lié à ses premières émotions musicales : très proche de son père, elle a découvert bon nombre d’artistes dans la voiture de celui-ci lors des trajets entre l’école et le domicile. Funk donc, mais aussi soul, RnB ou rap US. Son oreille s'imprègne des voix de Whitney Houston, Mariah Carey ou Alicia Keys. C’est en reprenant un titre de cette dernière qu’elle fait ses premières armes dans le monde de la musique : inscrite -sans être prévenue- par une amie au concours de chant Nanterre Hallstar, elle l’emporte en interprétant If I ain’t got you. 

Le chant avant le rap  

Là où les rappeurs actuels s’adaptent au chant par envie ou par contrainte, Doria a donc fait tout l’inverse : pure chanteuse à l’origine, elle n’aborde le rap que dans un second temps. Sa proposition actuelle est donc plutôt équilibrée, avec autant de titres chantés (Goodbye) que de moments de pur kickage (VRRR). Chant, rap, drill, funk, RnB … elle explore toutes les possibilités. Cet éclectisme est une qualité, évidemment, mais c’est aussi un risque, à l’heure où l’univers de chaque rappeur se doit d’être bien identifié. La question du public ciblé par un profil comme Doria se pose alors : les auditeurs de rap français ont un rapport historiquement compliqué avec les artistes féminines. Le succès phénoménal de Diam’s est restée une exception, tandis les nombreuses femmes qui ont fait carrière ont choisi des créneaux bien spécifiques, sans forcément chercher à toucher le grand public (Casey, Lala &ce, Keny Arkana ...). 

L’hétérogénéité de sa musique, qui passe d’un titre drill énervé à un banger estival ensoleillé, donne l’impression d’une rappeuse à l’humeur changeante, capable d’accompagner sa petite sœur à l’école le matin et de tirer sur ses ennemis l’après-midi. C’est d’ailleurs ainsi qu’elle se raconte sur le titre Demain, décrivant une personnalité paradoxale, “grande gueule” mais “plutôt timide”, “un coup drôle, un coup triste. Cependant, contrairement à ce que pourraient laisser croire ses influences très variées, sa volonté d’explorer un spectre très large de sonorités, et son caractère contrasté, Doria se recentre dès lors qu’elle prend la plume. Sur le fond, elle ne s’éparpille pas : ses textes affichent beaucoup d’introspection, une dose d’égotrip, et c’est à peu près tout. 

Des textes très personnels  

Quelques écoutes suffisent en effet à cerner le personnage de Doria, et à comprendre son rapport à l’amour (premier mec, j'me mange une baffe donc l'amour, moi, j'ai vite lâché), à ses parents (Dodo pour sa mère, elle pourrait tous vous défoncer), à l’autorité (depuis petite, j'ai la tête dure, moi, j'déteste les règles, j'réponds à la maîtresse donc le soir, papa me réveille), ou à l’humain (j'me sens seule, même entourée par milliers). Si certaines thématiques sont plutôt classiques et forcément déjà entendues dans le rap français, d’autres sont moins ordinaires. C’est notamment le cas de la perte de poids de la jeune femme, qui évoque dans plusieurs textes ce changement physique assez spectaculaire (j’ai perdu 60 kil’”) et surtout ses conséquences sur le regard des autres (il m'appelait gros ta" et aujourd'hui c'est le sang” ; “quand ça faisait 120 kilos à la pesido, ces bâtards me jugeaient). Peu, voire pas du tout évoqué dans le rap français, le sujet est traité sans filtre : “tous les jours dehors, sapé comme un coupe-vent, j'ai voulu maigrir, j'ai essayé les coupes faim. Surtout, il est abordé sur le bon angle : Doria n’évoque jamais les critères physiques comme motivation de sa perte de poids, n’associe jamais la minceur avec un quelconque idéal, puisque, comme elle l’a expliqué en interview chez Clique, ces changements étaient uniquement liés à des problématiques de santé. 

Lancée sur de bons rails, la carrière de Doria n’en est encore qu’à ses balbutiements. L’étape du premier album constitue la première pierre d’une discographie composée à l’heure actuelle d’un seul et unique EP paru en 2019. Elle constitue également l’achèvement d’un parcours initiatique formateur sur le plan artistique, mais aussi humain : avant de se consacrer pleinement à la musique, Doria a connu des rythmes infernaux, cumulant dans le même temps études, alternance, petits boulots le soir et les week-ends (boulangerie, garde d’enfants), et les séances studio. Difficile de faire plus déterminée, d’autant qu’elle n’en garde pas que de bons souvenirs (Ma vie s'est pas faite seule, crois-moi que dur j'ai bossé, j'ai dû nettoyer des chiottes [...]  j'avais qu'une seule envie, c'était de tous les insulter). 

Encore considérée comme une artiste en développement, elle semble tout de même faire les bons choix pour ne pas griller toutes ses cartes, comme lorsqu’elle a refusé de participer à la saison 2 de Validé, estimant qu’elle n’avait rien d’une comédienne. Arrivée dans le rap français à une période franchement particulière, elle a déjà dû faire face à une concurrence d’un genre assez particulier : “c'est dur de commencer sa carrière en même temps que celle du COVID. Quand on connaît son parcours, on se rend compte qu’il faudra plus qu’une pandémie pour venir à bout de sa détermination.