MENU
Accueil
Dix producteurs majeurs du rap français des années 2010
Écouter le direct
BBP, Diaby et Skread (photos : Abcdrduson - Sandra Gomes / Brice Bossavie /Jérôme Bourgeois)
BBP, Diaby et Skread (photos : Abcdrduson - Sandra Gomes / Brice Bossavie /Jérôme Bourgeois)

Dix producteurs majeurs du rap français des années 2010

La décennie que vient de connaître le rap français et francophone a été sans doute celle, jusqu’alors, où il a connu ses évolutions musicales les plus radicales, et cela, en partie grâce aux producteurs. Zoom sur 10 producteurs majeurs qui ont sublimé le rap français ces 10 dernières années.

De la trap et drill écrasante de Booba et Kaaris au rap nuageux et mélancolique de PNL, de l’afrotrap au règne de la topline : derrière chaque artiste qui a incarné une grande tendance se cache un producteur ou un collectif de musiciens qui ont poussé son esthétique à son paroxisme, jusqu’à parfois atteindre des frontières musicales jusque-là inexplorées dans le rap français.

Ainsi, réduire à une sélection de dix entités le son du rap français des années 2010 laissent forcément sur le côté d’autres musiciens de talents : le sens du banger de l’équipe d’Affranchis Musique (Zeg P, Diias), les expérimentations maximales de Seezy, les mélodies titubantes et percutantes de Ritchie Beats, ou encore les instrumentations riches de Céhashi. Mais cette sélection capture à la fois les grandes tendances sonores des dix dernières années passées, et les producteurs qui ont su les incarner au mieux.

Therapy

L’équipe Therapy a redéfini sur toute la première partie de cette décennie écoulée le son de rue à la Française. Le producteur 2093 a su s’entourer d’autres talents pour développer la froideur et la noirceur de la musique qui avait fait sa réputation depuis le Qui suis-je ? de Sefyu en 2005. C’est notamment le Toulousain 2031 qui va mener l’esthétique de l’équipe vers les territoires de la trap et de la drill, grâce à ses livraisons sur les albums de Booba (Lunatic, A4, Futur et Futur 2.0), et surtout avec le travail de réalisation artistique mené pour Kaaris par lui et son associé - le K double A les a surnommé avec malice 4124, addition de leurs noms numéraires.

La force de l’équipe Therapy est d’avoir totalement embrassé les nouvelles sonorités venus d’Atlanta et de Chicago après plusieurs années d’hésitation dans le rap français. Mais plutôt que d’être plus royalistes que le roi ou chercher une copie conforme (écueil qu’ils ont effleuré par moments, comme sur le Jour de paye de Booba), 2031 et 2093 vont se permettre des associations référencées mais libres. Bakel City Gang de Booba mêle les cuivres infernaux de la trap d’Atlanta aux synthés-laser stridents façon musique électronique affectionnés par Araab Muzik ; Caramel, de Booba, encore, combine les mélodies aériennes à la T-Minus aux synthés bouillonnants façon Mike Will. 2031 adopte alors un outil démocratisé dans la production depuis le travail de Lex Luger sur le Flockaveli de Waka Flocka Flame : l’arpégiateur, qui permet de sortir une série de notes répétitives, très courtes, sur la même gamme. Alors qu’avant il étirait les notes de ses compositions, comme des grondements de cloches, le duo Therapy développe là des notes très courtes, comme des piqûres sonores. Celles du morceau Kalash, fameuse rencontre Booba et Kaaris, incarne un summum de cette esthétique.

Avec Kaaris, l’équipe élargie (Loxon, Phantomm) va développer une signature sonore unique. Sur son premier album Or Noir, les arpégiateurs deviennent plus atmosphériques, moins secs. Plus encore, les arrangements de Bouchon de liège et du morceau titre Or noir rappellent davantage, sans doute de manière fortuite, la variété française des années 1980. Les ruptures rythmiques apportées par la drill se font faire sentir par moments dans leurs beats : les caisses claires commencent à sautiller et bégayer (Ciroc, Binks), les hi-hats sont moins contraints, plus inattendus, comme sur certaines parties de Zoo. Un travail rythmique encore plus poussé sur Le Bruit de mon âme, notamment avec des titres comme 80 Zeutrei ou Comme Gucci Mane. Le Bruit de mon âme est aussi l’album dans lequel l’équipe s’affranchit par moments des mélodies “arpégiées” pour développer une couleur musicale plus mélodieuse et mélancolique, qui sera dévelopée plus tard dans les contributions de 2031 (devenu Chichi 2031) et Loxon pour Niro sur Mens Rea, en 2018. Depuis éparpillés, les anciens coéquipiers continuent d’abreuver les sorties du rap français, encore en 2019.

Katrina Squad

Si l’équipe Therapy a donné de nouvelles trajectoires au rap français sur la première partie de la décennie, c’est celle du Katrina Squad qui a, d’une certaine manière, pris le relai lors de la seconde. Le collectif basé à Toulouse et fondé par Guilty a frappé un grand coup avec ses productions sur la mixtape A7 de SCH, pour laquelle ils ont produit toute la première moitié. Au sein de Katrina Squad, Guilty, Ace Looky et DJ Ritmin ont su développer avec le S tout le travail de fond que le crew a effectué les premières années, notamment en produisant pour Furax Barbarossa, Billy Bats ou Stone Black, avec des batteries amples et métalliques et des mélodies funestes. Sur des titres comme A7 et Gomorra, Katrina Squad a apporté une dose d’ambiance baroque et orchestrale à cette version importée de la drill en France, à laquelle ils ont ajouté  une note de mélancolie pour des artistes méridionaux comme Hooss et YL. Mais c’est avec leur retour aux côtés d’SCH en 2018 pour l’album JVLIVS qu’ils ont poussé encore plus loin leur son, en réalisant un album sur lequel flirte rap, musique de films et ambiances méditerranéennes. Katrina Squad a surtout su montrer à travers d’autres collaborations l’étendue de leur palette, entre mélodie puissante sur le Mamacita de Ninho et trap nerveuse pour Kaaris sur Dozo et Leto sur ses deux Trap$tar. Des directions synthétisées et maximisées cette année sur le Rooftop d’SCH, entre la tension de Cervelle et la tristesse de Ça ira, deux titres sur lesquels a travaillé TimoProd, l'une des dernières recrues du Squad.

BBP

Avec QLF, et surtout Le Monde ou rien, PNL a ouvert une brèche en 2015. Leur rap lent, atmosphérique et chantonné a presque rendu ringardes les mélodies nerveuses de la trap et de la drill. Mais si la proposition artistique était déjà forte, appuyée parfois par des producteurs au diapason (notamment Adsa Beatz), elle manquait par endroits d’affirmation, la faute à de trop nombreux type beats achetés ou trouvés sur la toile. Il a fallu attendre Dans la légende en 2016 pour que les frères Andrieu s’entourent de producteurs qui leur ont proposé du cousu main. Et au milieu de Souleyman Beats, Yann Dakta et Rednose, Iksma et Nk.F (leur fidèle ingé-son), c’est un producteur anciennement signé chez Wati B qui leur a fourni parmi les plus belles partitions : BBP.
Après des débuts aux côtés de Vald, simultanément à son travail en musicien de studio pour la deuxième génération Wati B (The Shin Sekaï, etc.), BBP a eu une épiphanie à l’écoute de la musique planante et mélancolique de PNL. En leur livrant Naha, Onizuka et Bambina, il a su se réinventer, trouvant des mélodies délicates mais puissantes, au spleen évocateur sans être larmoyantes, déclinées ensuite sur de nombreux disques de l’entourage de PNL (DTF, MMZ, F430). Surtout, BBP ne s’est jamais reposé sur les lauriers décrochés grâce à son collaboration avec le label QLF. Depuis 2016, BBP a su fournir des artistes aux univers variés des instrumentaux à la fois personnalisés mais fidèles à ses fondamentaux, avec des compositions efficaces sans tomber dans la facilité. Ardentes pour Timal, introspectives pour Dinos, ensoleillées pour Moha La Squale, distordues pour Alkpote, BBP (parfois associé à son ami Dolor) développe des compositions qui épousent les univers créés par ses collaborateurs, tout en gardant des propriétés qui lui sont propres : des batteries au son sec, une impression d’apesanteur souvent apporté par de longues nappes ou des notes jouées en reverse. Cette année, ses nombreuses contributions sur l’album Deux frères de PNL (dont Deux frères, Celsius, Autre monde) ainsi que son travail de réalisateur sur l’album Monument d’Alkpote ont davantage souligné son travail de sound designer avec une patte bien affirmée.

Jul

À lui seul, Jul a incarné un style de rap unique, singulier dans ses forces comme dans ses limites. Au-delà de son authenticité habillée d’Auto-Tune comme seul artifice, Jul a détonné dès son arrivée en 2014, où le rap était divisé - si on grossit le trait - entre les nouvelles tendances trap et le renouveau boom-bap apporté par l’émergence de la génération Rap Contenders. Dès son premier album officiel Dans ma paranoïa, Jul a commencé à effleurer sa touche si personnelle qu’il va développer sur ses sorties suivantes : des mélodies synthétiques simples nourries inconsciemment par la variété des années 80 et la dance des années 90, mélancoliques malgré des beats au BPM élevé et parfois infusés d’influences caribéennes. Album après album, Jul a peaufiné ce style, en rendant ses basses plus funk et en étoffant ses instruments synthétiques, notamment dès Je tourne en rond en 2015 (Dans ma cité, Je tourne en rond, Ça), donnant par moment l’impression de reprendre à sa sauce certaines intentions développées par le rap marseillais du début des années 2000, chez la Fonky Family ou Carré Rouge. S’il n’y de premier abord a rien de sophistiqué dans les productions de Jul, le Marseillais a pourtant su travailler et faire évoluer un univers personnel, collant parfaitement à son style de rap. Et alors qu’il était seul au monde il y a encore six ans, force est de constater que de Naps à L’Allemand en passant par Heuss l’Enfoiré, le style Jul a essaimé des graines qui ont porté leur fruit, créant un son sans nul pareil dans le rap, détaché des inspirations américaines souvent reprises ici.

Skread

Comme Therapy 2093, Skread a émergé la décennie précédente. Comme lui également, le producteur de Caen a accompagné le passage du rap français au son métallique et synthétique, notamment grâce à son travail pour Nessbeal, avec qui il a d’ailleurs ouvert la décennie en travaillant sur son troisième album, NE2S. Un disque musicalement plus ouvert, tout en gardant l’essence du style Skread : des lignes mélodiques simples, des rythmiques sèches et cassantes. Avec Le Chant des sirènes d’Orelsan et Sélection naturelle de Nessbeal, Skread va étoffer son sens de l’instru en suivant l'éclectisme de leurs auteurs, notamment sur des titres comme Si seul, La Morale, Je suis un salaud et Soldat. Mais dès 2013, en travaillant avec les Casseurs Flowters, Skread a commencé à réappliquer une idée simple : “less is more”. En allant chercher des textures électroniques (Bloqué, Fais les backs, Banlieusard syndrome de Disiz) et en épurant ses instrumentaux (Dans la place pour être, Change de pote), Skread va simplifier ses mises en son, les rendre parfois plus brutes, parfois plus pop. Et si la B.O. de Comment c’est loin va par moment s’écarter de ces principes, avec des instrumentaux plus peaufinés, son travail sur La Fête est finie d’OrelSan va reprendre cette ligne directrice, en ne surchargeant jamais ses productions. En allant chercher l’efficacité de Phazz et la science de l’instrumentation de Guillaume Brière de The Shoes, Skread explore sur ce disque de nouvelles pistes, un son plus diffus, sur des beats tirant vers le garage anglais, collant parfaitement à son penchant pour les rythmiques sèches et droites. Avec cet album et certains morceaux de L’Épilogue, Skread a exploré des univers rarement développés dans le rap français, tout en s’adaptant aux mises en rythme trap incontournable, notamment avec Rêves bizarres d’Orelsan et Damso.

Dany Synthé

De musicien de studio à hitmaker, de beatmaker à jury de La Nouvelle Star, le parcours de Dany Synthé est l’un des plus remarquables de cette décennie. L’artiste du Val-de-Marne est symptomatique des mutations qu’a connu une partie du rap vers une musique plus globale, absorbant aussi bien la pop et la variété que les multiples influences afro-caribéennes. Dany Synthé a débuté en créant des productions efficaces, mais parfois manquant de personnalité, pour Nessbeal et Brasco. En s'affinant aux côtés de Skread et OrelSan sur la tournée qui a suivi Le Chant des sirènes (la mélodie affolée de Raelsan, c’est lui), Dany Synthé va commencer à développer sa patte sonore - son travail sur certains instrus du Rap Machine de Disiz, On s’comprend pas notamment, est remarquable. Dany Synthé a surtout connu deux points de bascule, aussi bien pour lui que pour le rap français. D’abord, Sapés comme jamais de Maître Gims et Niska, énorme tube de 2015, auréolé d’une Victoire de la musique de la chanson de l’année (et donc grâce au vote du public). Un morceau qui concentre tout ce qui fait la force de Dany : un sens de la mélodie redoutable et un travail méticuleux sur les détails mélodiques et rythmiques (réécoutez le morceau au casque). Ensuite, en arrangeant et en produisant la moitié des titres du premier album de MHD. Sur ce disque qui va définitivement installer de nouvelles directions dans le rap français, de l’afropop à l’afrotrap, Dany Synthé va se permettre une déclinaison de teintes selon ses différentes sensibilités, du plus brut (Afro Trap Pt. 4 (Fais le mouv)) au plus orchestré (Wanyinyin). Une formule bien rodée qu’il a méthodiquement appliquée ensuite avec Niska, Shay, Awa Imani, tout en développant ses sensibilités vers la chanson avec Louane, Florent Pagny, et même Booba pour un titre comme Petite fille. Son profil de musicien de formation classique devenu beatmaker a, aussi, sans doute ouvert la voie à d’autres musiciens au profil similaire, comme Josh Rosinet (Habitué de Dosseh).

Ikaz Boi & Myth Syzer

Au-delà de leur amitié de longue date, née à La Roche-sur-Yon, Ikaz Boi et Myth Syzer sont indissociables sur le travail qu’ils ont mené ces dix dernières années, comme les deux côtés d’un tao, s’influençant l’un et l’autre. De manière schématique, on pourrait être tenté de décrire le son Myth Syzer comme diurne et celui d’Ikaz Boi comme nocturne. Le premier a créé avec Bisous, en 2018, un album solo tout en romantisme estival et mélodies flottantes rarement égalés par d’autres artistes cette décennie, alors qu’Ikaz Boi a développé sur ses propres sorties, la série des Brutal, un son froid et menaçant comme un tempête hivernal. Leurs livraisons sur les albums de nombreux rappeurs laissent aussi cette impression : un titre comme P-Town de Jazzy Bazz, produit par Syzer, à l’ambiance aérienne et diffuse s’oppose à la nervosité stroboscopique d’un Ikaz sur On est sur les nerfs de Joke. Pourtant, avec son album Bisous mortels, Myth Syzer a lui aussi prouvé qu’il pouvait développer des instrumentaux sombres, quand son comparse a produit pour le Triple S de 13 Block des mélodie plus enlevées et colorées. Il y a en tout cas chez ces deux producteurs un sens commun pour la recherche de teintes presque organiques posées sur des mécaniques trap, donnant à leur musique une saveur unique dans le paysage rap français. Tous deux sont aussi remarquables dans leur capacité à s’adapter à l’univers des rappeurs avec qui ils travaillent, entre le boom-bap 2.0 de Myth Syzer pour le Junior de Prince Waly et les ambiances hallucinées d’Ikaz pour Veerus.

Diabi et Hugz Hefner

Comme pour Ikaz Boi et Myth Syzer, difficile de séparer le travail de Hugz Hefner et celui de Diabi sur cette décennie tant ils sont liés par des artistes communs, notamment Nekfeu. Pourtant, si c’est la complémentarité qui lie les deux producteurs vendées, c’est au contraire deux styles qui s’opposent chez Diabi et Hugz Hefner. Si tous les deux sont passés par la 75e Session, en produisant notamment sur le A l’abri de Georgio en 2014, ils ont ensuite exploré des directions différentes. Dès Feu, premier album de Nekfeu en 2015, Hugz Hefner a créé un univers sonore aérien, presque spatial, entre les pianos tout en reverb de Tempête et les synthés oscillants d’Égérie. Des teintes qu’il a ensuite perpétuées sur l’album Destins liés du $-Crew, poussées encore plus loin dans la sensation de vertige sur Cyborg, rendues plus brillantes sur le Dieu bénisse Supersound Vol. 3 de Sneazzy. Une griffe particulière, percutante et en apesanteur, qu’il a encore décliné cette année avec 2Zer et Doum’s.

Diabi, lui, semble être resté au ras du sol, en travaillant un son plus poussiéreux et sec, d’abord avec Georgio sur Bleu noir puis Héra, puis Nekfeu sur Cyborg et Alpha Wann sur UMLA. Mais c’est évidemment cette année que Diabi a révélé tout son sens de l’orchestration, en nourrissant encore plus qu’avant ses instrumentaux des contributions d’instrumentistes, notamment Loubenski. Sur des titres comme Compte les hommes et Ciel noir, Diabi réussit comme peu en France à traiter ces séquences joués comme des samples qu’il travaille et déforme, tout en n’hésitant pas à explorer aussi sur Koala mouillé ou Menteur menteur des teintes grime encore timides chez nous. Ainsi, quand Hugz donne l’impression d’envoyer ses artistes en orbite, Diabi, lui, semble leur permettre de garder les pieds sur terre, même si la noirceur de Stop pour 404Billy semble lui ouvrir de nouvelles voies à explorer

En’Zoo

En’Zoo est probablement le moins connu des producteurs de cette liste, et celui dont le travail a eu le moins de succès grand public. Pourtant ses expérimentations sonores cette décennie ont été particulièrement prodigieuses en accompagnant l’évolution de deux artistes originaires comme lui des Pyrénées-Orientales : Nemir et Gros Mo. Inspiré d’abord par le groove chaud et filtré de Jay Dee et Soulquarians, En’Zoo va offrir un écrin parfait pour l’énergie solaire de Nemir sur Ailleurs, parfaite carte de visite du Perpignanais dans le rap français, en 2012. Puis avec Gros Mo, entre 2014 et 2016, En’Zoo va davantage chercher un son accidenté, boueux, reprenant le travail qu’il avait entamé avec Nemir à l’époque de Next Level 2, au tout début de la décennie. En’Zoo fonctionne ainsi, en constante recherche de grains particuliers qui épousent les envies de ses collaborateurs, tout en n’hésitant pas à sortir de sa zone de confiance en acceptant les challenges. Pour Nekfeu, il produira avec Nique les clones part. 2 et Princesse parmi les premiers gros hits solo du Parisien, avec des ambiances tout en légèreté. En réalisant une partie importante du Grand cru de Deen Burbigo, En’Zoo donnera aussi au premier album du toulonnais une couleur aérienne et lumineuse. Mais c’est finalement avec le longtemps attendu premier long format de Nemir sorti cette année qu’En’Zoo a montré une synthèse de son répertoire. Il y a actualisé son sens du groove avec les rythmiques plus lentes de l’époque, a fait passer ses boucles colorées par des filtres aquatiques, tout en gardant son sens de l’ouverture musicale, entre l’acoustique de Des heures et Elle m’a eu d’un côté et le funk néon de Rock N Roll et DPLT de l’autre.

Le Sommet

Association de charbonneurs du son, Le Sommet a incarné cette décennie à sa façon une certaine manière de produire, où la somme des individualités compte peut-être plus que les affirmations individuelles de chacun. Le collectif réunit des profils variés, avec Le Motif, Blackstarz, Junior Alaprod, DSK On The Beat, Heezy Lee, S2keyz et Shabz Beatz, mais s’ouvre ou s’est ouvert aussi régulièrement à d’autres talents des machines, comme l’incontournable Pyroman (Réseaux de Niska) ou le pianiste Josh Rosinet. Avec ce fonctionnement collégial, Le Sommet a signé un nombre conséquent de grands hits du rap français en s’appuyant sur les atouts de ses différents compositeurs. Trap brutale chez Black Starz (BruxellesVie) ou vaporeuse chez Shabz Beatz (Strict minimum), inflections afro chez DSK (Roger Milla) et S2Keys (Encore), sens de la réalisation chez Le Motif et de la topline pour Heezy Lee, travail sur les textures chez Junior Alaprod : chacun apporte sa pierre à l’édifice. Ainsi, ils ont pu aussi bien produire de manière collective le festif Mobali de Siboy, Benash et Damso et le romantique Thibaut Courtois de Shay. Surtout, chacun a su tisser des liens de confiance avec un artiste et développer ainsi des univers musicaux singuliers : Shabz Beatz avec Take A Mic, Junior avec PLK, S2Keys avec Zed Yun Pavarotti, DSK avec MHD, Le Motif avec Shay. Avec ce fonctionnement collectif et libre, Le Sommet a peut-être ouvert une tendance très courante ces dernières années : les séminaires de production, où des producteurs s’enferment quelques jours entre eux ou avec un artiste pour produire des instrus redoutables, futurs hits de demain.