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Des open-mics au Zénith : l’ascension de Josman
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Josman - photo promo (DR)
Josman - photo promo (DR)

Des open-mics au Zénith : l’ascension de Josman

Tout au long de son parcours, Josman a su provoquer la chance et forcer le destin. La sortie de son troisième album est l’un des évènements de ce premier trimestre 2022.

A l’origine du succès, une prise de risque payante

En 2016, quand Josman démissionne de son poste en boutique chez Foot Locker pour aller tourner le clip de Dans le vide, il est face à un tournant de son existence. D’un côté, le jeune rappeur est plein d’espoir, rêvant d’embrasser une carrière dans la musique et de vivre de sa passion. De l’autre, la réalité du quotidien est celle d’un jeune homme à l’avenir incertain, dont les fins de mois ne sont pas toujours sereines. Entre les deux, un mélange de faim, d’insouciance et de confiance. Si le pari et les efforts ne paient pas, le retour à la réalité sera rude, mais inévitable. Josman est bien conscient qu’il dispose d’une courte fenêtre de tir pour atteindre son objectif. L’opportunité qu’il s’offre en quittant son emploi pour se consacrer pleinement à la musique est peut-être celle d’une vie.

Une demi-douzaine d’années plus tard, la sortie du troisième album de Josman est l’un des évènements du mois de mars. Signe de l’attente qui entoure cette sortie, les médias rap -dont Mouv- ont relayé toutes les étapes intermédiaires avant la date fatidique : l’album est presque terminé ; l’album est en cours de mixage ; l’album est terminé ; la première photo de teasing ; l’annonce de la tracklist ; etc. Au-delà de l’effervescence autour de cette sortie, le rappeur affiche tous les signes de la réussite. Tête d’affiche du prochain Printemps de Bourges, il a d’ores et déjà programmé un concert dans la prestigieuse salle de l’Olympia à Paris en mars, puis un Zénith parisien en octobre. Son premier album, publié en 2018, a récemment été certifié disque de platine, et le deuxième, déjà disque d’or, se dirige doucement mais sûrement vers le même résultat. Les rêves de l’année 2016 sont non seulement devenus une réalité très concrète, mais ont même dépassé certains seuils que le jeune homme n’espérait même pas effleurer.

Le pari un peu fou de poser sa démission et partir à l’aventure a donc payé. Avec six années de recul, cette décision tranchée nous apprend deux choses à propos de Josman : premièrement, il a toujours cru en sa musique et en sa destinée. Deuxièmement, il est conscient depuis le début que la détermination seule ne suffit pas toujours, et qu’une prise de risques est parfois nécessaire pour provoquer sa chance. Cette capacité à se lancer vers l’avant sans trop tergiverser revient régulièrement dans le déroulé du parcours de Josman, de son départ de Vierzon pour atterrir en banlieue parisienne, à son évolution artistique assez radicale.

Une proposition artistique en constante évolution

En effet, si la proposition musicale actuelle de Josman est singulière, elle n’a pas toujours été aussi inventive. A ses débuts, le rappeur fait ses classes en tant que pur performeur, plus adepte de couplets longs et denses que de mélodies et de chant. De petits open-mics en compétitions renommées remportées avec les honneurs (End of the weak), il assoit progressivement sa réputation. Plus proche artistiquement d’un profil de pur kickeur, son goût pour les assonances et les allitérations, très développé à l’origine, s’est progressivement intégré à un tissu artistique plus large. La technique pure, qui occupait la majorité de l’espace à l’origine, a désormais un rôle différent, moins directement palpable. Josman la met aujourd’hui au service d’un ensemble plus ouvert et surtout plus riche, avec un meilleur équilibre entre fond et forme.

En élargissant son champ de vision artistique, Josman est devenu plus précis et donc plus efficace. Désormais capable d’exprimer une idée ou une émotion avec quelques mots, là où les enchevêtrements de rimes pouvaient avoir tendance à alourdir le propos, ses textes ont gagné en lisibilité. Avec des intentions plus manifestes, le rappeur s’est donc métamorphosé, projet après projet, en artiste plus complet, son évolution musicale allant de pair avec son apprentissage de la vie. A l’aube de la trentaine, avec une dizaine de projets au compteur (tous formats confondus), Josman a atteint une certaine forme de maturité, mais conserve, et conservera probablement toujours, une âme d’éternel apprenti.

A l’heure de la sortie de M.A.N, Josman est dans une situation qu’il n’a jamais expérimenté. Quand son premier album paraît en 2018, le rappeur est encore dans l’inconnu. Malgré un statut de figure montante, il ne peut encore avoir aucune certitude sur sa réussite. Le deuxième album, SPLIT, en 2020, devait être celui de la confirmation. Son bilan est contrasté : clivant, il fait l’objet d’une réception moins unanime. Surtout, sa sortie en mars 2020, tout juste dix jours avant le premier confinement, bouleverse son exploitation. Pensé pour la scène, il ne peut pas être défendu de la manière dont Josman l’avait envisagé. Il n’est pas pour autant un véritable échec : non seulement il a réalisé des chiffres très décents, mais les débats provoqués à sa sortie correspondent à la vision artistique assez radicale du rappeur, qui ne cherche jamais à mettre tout le monde d’accord.

Entre pudeur émotionnelle et récits de débauche

Avec M.A.N, Josman n’est donc plus dans un contexte de confirmation : en enchaînant rapidement avec les deux EP MYSTR (janvier 2021) et HHHH (juin 2021), il a maintenu la pression, rassuré les fans restés dans l’incompréhension suite à SPLIT, et préparé le terrain pour le troisième album. Dans ce contexte, Josman peut envisager cette sortie suffisamment sereinement : après avoir affronté les imprévus, les difficultés, et s’être confronté aux critiques, il est mieux armé que jamais pour défendre un nouveau projet. L’attente est forte, mais c’est une forme de pression qu’il est capable de gérer, et surtout, dont il sait se nourrir.

Sa relative autarcie artistique (peu de featurings, les mêmes collaborateurs depuis des années) et médiatique (discret sur les réseaux sociaux, rare en interview) pourrait sembler contradictoire pour une figure publique censée chercher la lumière. Cette stratégie d’isolement et de discrétion s’avère pourtant payante. Les exemples de mystères bien entretenus ne manquent pas dans le rap français (PNL, Freeze Corleone, Damso), et la réussite de Josman est une nouvelle illustration des bienfaits d’un bon dosage dans la communication. Ne pas trop en dire, ne pas trop en montrer, peut potentiellement décupler la curiosité du public.

Plutôt sombre et révélant le rapport conflictuel qu’entretient Josman avec le reste de la société, M.A.N est l’album d’un homme pris entre deux mondes, celui d’un rappeur introverti dont les textes oscillent entre pudeur émotionnelle et récits de débauche. S’il franchit une nouvelle étape dans sa carrière avec ce troisième album, sa musique n’a certainement pas atteint sa forme définitive. En perpétuel mouvement, elle continuera de suivre l’évolution de Josman en tant qu’homme et en tant que rappeur.

Certains auditeurs ont découvert Josman dans des open mics confidentiels, d’autres avec des hits cumulant des dizaines de millions de streams. Il y a ceux qui ont accroché dès le premier album, ceux qui ont pris le train en marche avec SPLIT, ou plus récemment, avec HHHH. D’autres ne sont toujours pas touchés par sa musique, et ne le seront peut-être pas davantage avec M.A.N. Pour Josman, ça n’a aucune importance. Il y aura d’autres projets, d’autres scènes, d’autres albums, et il restera toujours des auditeurs à convaincre.