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Damso : pourquoi "QALF" n’est toujours pas sorti ?
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Damso - studio (Romain Garcin)
Damso - studio (Romain Garcin)

Damso : pourquoi "QALF" n’est toujours pas sorti ?

Annoncé depuis des années, le projet de Damso intitulée QALF est doucement mais surement en train de devenir l’une des grandes arlésiennes du rap français. On fait le point.

Régulièrement teasée, la sortie de ce projet se fait toujours attendre, alors même que le rappeur avait communiqué à propos d’une publication courant 2019, en indépendant. Il semble cependant prendre un malin plaisir à jouer avec les nerfs de ses fans, puisqu’il s’est démenti lui-même quelques mois plus tard au cours d’un feat avec Hamza, leur lachant sans trembler "l'album le plus attendu de l'année ne sortira pas cette année". 

Cette année, le confinement a permis à Damso de se concentrer sur ce disque et de finaliser les derniers détails. Il y a quelques jours, il a supprimé l’ensemble de ses publications sur les réseaux sociaux pour n’en laisser apparaître qu’une seule, vieille de cinq ans et annonçant la sortie imminente de QALF : 

On devrait donc tabler sur une sortie à la rentrée, le mois d'août étant peu propice aux grosses sorties dans le monde de la musique, et en particulier dans celui du rap français. Ne nous réjouissons tout de même pas trop vite, car ce n’est pas la première fois que le rappeur belge annonce une sortie imminente, avant de se terrer dans le silence. On peut tout de même se demander pourquoi ce qui était annoncé au départ comme une simple mixtape a mis tellement de temps à voir le jour, et surtout, pourquoi elle n’est toujours pas disponible à l’heure actuelle. 

La petite mixtape sans prétention est désormais trop attendue, et Damso a dû revoir son niveau d’exigence à la hausse

C’est l’hypothèse la plus probable : en chantier depuis plus de cinq ans, à une époque où Damso était inconnu du grand public, la mixtape QALF a initialement été pensée comme un projet sans prétention. Avant sa percée, il l’envisage comme une manière de montrer ce qu’il sait faire, et peut-être se faire remarquer en attendant de pouvoir travailler sur des disques plus ambitieux. Le succès est peut-être arrivé plus vite que prévu pour Damso, qui s’est retrouvé avec des sons datés en stock, et un projet pas franchement à la hauteur de ses premiers albums. Entre-temps, l’annonce de la sortie de QALF a déchaîné l’imagination de sa fan-base, qui aurait été déçue par une petite mixtape à la cool. Damso a donc dû reprendre le chantier depuis le début et travailler ce projet comme un véritable album, d’où les années de retard. 

Booba a déposé le nom "QALF"

Une hypothèse moins crédible mais plus marrante : Damso étant hermétique aux piques lancées par Booba sur instagram ou dans ses morceaux, ce dernier a cherché des moyens détournés de faire chier le jeune belge. Il a donc tranquillement déposé le nom QALF et les initiales Qui Aime Like Follow, empêchant qui que ce soit de l’utiliser pour sortir un disque. Bloqué d’un point de vue juridique, Damso repousse régulièrement l’échéance pour laisser le temps à ses avocats de récupérer le nom QALF. On aboutit donc à une situation analogue à celle de Young Thug quand il a été contraint de renommer son Carter 6 en Barter 6 : Damso supprime le A de QALF, évite la bataille judiciaire avec Booba, mais entre en procès avec PNL. Rap-game, ton univers impitoyable. 

C’est Booba qui avait les pistes et il a fallu ruser pour les récupérer 

Même principe que l’hypothèse précédente : Damso étant hermétique aux piques lancées par Booba, il a fallu employer d’autres méthodes pour l’atteindre. Enregistré à l’époque de son contrat avec Capitol, QALF entre dans cette catégorie de projets qui ne sortent pas car les ayant-droits sont incapables de se mettre d’accord, ou que l’une des parties refuse -dans notre cas, Booba, qui possède légalement les pistes et refuse de les céder pour “moins de deux maisons”. Piégé, Damso est contraint de lancer dans une bataille judiciaire et finalement racheter ses propres morceaux, moyennant une coquette somme -permettant à Booba de poser un je viens d’acheter deux son-mai avec l’argent de QALF au détour d’un freestyle. 

"QALF" est une expérience de torture psychologique sur l’ensemble de sa fan-base

“Il sort cette année”, “non finalement pas cette année”, “c’est une mixtape”, “non en fait c’est un album et c’est pas pour tout de suite” ... quand on retrace l’historique du teasing de la sortie de QALF, une seule conclusion s’impose : Damso s’est lancé dans une expérience de torture psychologique sur l’ensemble de sa fan-base. Théories en tous genres, analyses du moindre indice, annonces de sortie non-respectées : on est clairement face à quelqu’un qui aime faire souffrir. Comme pour le titre Une âme pour deux, Damso s’amuse à manier les concepts et à naviguer entre réel et imaginaire, sauf que cette fois-ci, il ne s’agit pas d’un morceau mais bien d’une expérience en temps réel. Ne vous inquiétez pas pour les fans : certes, ils ont souffert, mais ils crieront au génie dès que le pot-aux-roses aura été dévoilé. 

Damso est un poil trop perfectionniste

A la base, une mixtape est une mixtape justement parce qu’elle ne nécessite pas le même type de travail qu’un album : on ne lui demande pas de présenter une tracklist cohérente ou un ensemble homogène, et elle peut même présenter un rendu moins professionnel, plus spontané. Cinq ans pour préparer une mixtape, ça n’a donc pas vraiment de sens, et l’indication “l’album le plus attendu de l’année ne sortira pas cette année” sur le featuring avec Hamza, fin 2019, laisse en effet à penser que le format du projet a changé. Surtout, Damso est un grand perfectionniste, qui prête attention au moindre détail -il sait que ses fans vont tout scruter et tout interpréter, donc il n’a pas trop le choix. Du mix au mastering en passant par les lettres de l’alphabet grec à intégrer à la tracklist, absolument rien n’est laissé au hasard, et QALF est travaillé avec le même sérieux et la même ambition que ses précédents albums -peut-être même plus, car cinq ans d’attente, c’est autant de pression en plus. Forcément, la sortie prend du retard, d’autant que le belge n’a jamais eu une productivité folle type Jul ou Gucci Mane, préférant prendre son temps entre chaque publication pour bien fignoler l’ensemble. 

Il manque un morceau-choc

C’est une constante sur chaque projet de Damso : l’auditeur a toujours droit à sa petite dose de sensations fortes avec un titre qui sort des clous, soit par sa thématique, soit par son concept. C’était le cas sur Batterie Faible avec Amnésie, un morceau dans lequel Damso évoquait le suicide d’une ancienne petite amie avec un dédain assez terrible (“le jour de l’enterrement, je m’en battais les couilles”, “je me souviens de cette vie que j’ai ôté, son 86B que j’ai peloté) ; puis sur Ipséité, avec le très conceptuel Une âme pour deux, dans lequel le rappeur évoque la question du transfert d’âme d’un corps à l’autre, et se retrouve en pleine relation sexuelle avec une prostituée qui lui avoue être sa mère (Si, si, ouais, ouais, Damso, j'suis ta mère et t'as pas changé d'un poil pubien, ça c'est clair, j't'ai reconnu quand j'ai posé ta verge sur mes lèvres) ; enfin, sur Lithopédion, il traite de la question de la pédophilie sur le titre Julien, là aussi de façon assez conceptuelle. Après avoir été si loin dans les thèmes, difficile de choquer à nouveau, d’autant que ces titres lui ont à chaque fois valu autant de retours positifs que de dures critiques. C’est donc peut-être ce qu’il manque à la tracklist de QALF : un texte avec le même type de visée qu’Amnésie, Une âme pour deux et Julien. Après l’absence de culpabilité face au suicide, puis l’inceste maternel, puis la pédophilie, on a franchement peur de la suite. 

"QALF" n’existe pas

La moitié des auditeurs de rap français se torturent l’esprit pour déterminer quand QALF sortira, mais personne ne s’est rendu compte du véritable problème : ce projet n’a jamais existé. C’est une démonstration simple et claire de l’effet Mandela, un concept qui décrit la création de souvenirs clairs de quelque chose qui ne s’est jamais produit, dans l’esprit d’une ou plusieurs personnes. C’est par exemple le cas du film Shazaam, dont beaucoup de spectateurs se souviennent, mais qui n’a en fait absolument jamais existé. Il faut peut-être se rendre à l’évidence : QALF entre dans la même catégorie d’oeuvres, celles dont tout le monde a déjà entendu parler, mais qui n’ont jamais eu d’existence dans le monde réel.