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113 x Daft Punk (Thomas Bangalter) : retour sur la collab improbable
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113 et Thomas Bangalter - capture "113 fout la merde"
113 et Thomas Bangalter - capture "113 fout la merde"

113 x Daft Punk (Thomas Bangalter) : retour sur la collab improbable

Daft Punk, c’est fini… En souvenir du légendaire groupe électro français, retour sur l’une de leurs collaborations les plus marquantes " 113 fout la merde", avec les tontons du bled et du rap français, Rim’K, AP et Mokobé.

Avec tout ce qui se passe en ce moment, on n’attendait déjà plus grand chose de 2021. Pourtant on est quand même déçu. Comme si la morosité habituelle du lundi ne suffisait pas, ce 22 février, les Daft Punk, sans en donner précisément la raison, ont annoncé leur séparation. Dans une vidéo tristement intitulée « EPILOGUE », Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo, ont sonné le glas de plus de vingt-huit ans de carrière, laissent derrière eux des fans désemparés, mais surtout une flopée de classiques intemporels.

On a tous nos morceaux préférés de Daft Punk en tête. Histoire de vous aider à faire passer au mieux la pilule après cette annonce aussi spectaculaire qu’inattendue, revenons ensemble sur l’un de nos coups de cœur à nous, 113 fout la merde. Un titre parmi les plus surprenants de la discographie des frenchies casqués, la collaboration de Thomas avec les tontons du bled : Rim’K, AP et Mokobe.

Un OVNI du rap français

Extrait du deuxième album studio éponyme du 113 sorti en 2002, 113 fout la merde, produit par le légendaire et regretté DJ Mehdi reste encore à ce jour parmi les collaborations les plus improbables de l’Histoire du rap français. Un titre très justement qualifié par Mouloud Achour comme "la collaboration la plus LSD de l'histoire de la musique".

Comment lui donner tort ? A une époque où le métissage musical et le mélange des genres était encore rare dans l’industrie musicale, et encore plus dans le rap, personne n’aurait imaginé des rappeurs collaborer avec des artistes issus des musiques électroniques. Bien avant Jul, 113 fout la merde était un OVNI.

Remettons les choses dans leur contexte : en 2002, le 113 avait déjà marqué le rap français de son empreinte après le succès retentissant de leur album devenu classique, Les Princes de la Ville. Face à eux, les fondateurs de la « French Touch », actifs depuis 1987 goûtaient enfin à la notoriété publique avec leur deuxième opus Discovery, porté notamment par les tubes One More Time et Harder, Better, Faster, Stronger . Comprenez alors qu’une collaboration entre deux grands noms de deux genres différents et a priori aux antipodes l’un de l’autre, ça allait forcément faire du bruit, et surtout, foutre la merde.

Les coulisses d’une collaboration unique

La question que tout le monde se pose alors : en 2002, comment une telle connexion a pu voir le jour ? Dans une interview accordée à Clique en 2015, Pedro Winter, le manager iconique des Daft Punk est revenu sur l’histoire de la création de cet OVNI rap / electro.

Tout est parti d’une illumination de DJ Mehdi, à l’époque producteur de Rim’K et ses compères (et déjà proche de Pedro). Alors que le groupe enregistrait le morceau au studio de la Seine à Paris, ce dernier trouvait qu’il manquait quelque chose pour rendre le tout plus catchy et festif. Il lui vint alors l’idée de génie d’ajouter un refrain au vocoder. Qui d’autre que Thomas Bangalter pouvait assurer au mieux ce job ? (Guy-Man n'a pas participé à l'enregistrement du morceau)

Le duo français était à ce moment en plein boom à l’international. Mehdi n’y croyait donc pas vraiment, mais lorsque son manager le contacte pour lui proposer l’idée, la moitié des Daft Punk a immédiatement accepté la proposition.

Armé de son synthétiseur et de ses talents, Thomas a repris le refrain initial du 113, pour l’interpréter à sa sauce robotique. C’est aussi l’une des premières et uniques fois où le génie de l’électro français a donné de la voix dans sa langue maternelle. L’exploit est d’autant plus notable qu’à l’époque, les collaborations des Daft Punk avec d’autres artistes étaient quasi-innexistantes. En 2002, seul le déjà légendaire Pharrell Williams avait eu la chance de partager un son avec le binôme casqué.

Conscients de la chance qu’ils avaient de marquer ainsi l’histoire de la musique, Rim’K, AP et Mokobé ont évidemment tout donné. Galvanisés par l’ambiance festive du titre, les trois MC se sont complètement lâchés. Arborant chacun un flow impeccable, ils débitent tour à tours des couplets garnis d’humour et remplis de punchlines marquantes. Qui se souvient de Thierry Relou et Jean Michel Claqué ? Sans parler du clip complètement déjanté avec la participation de Thomas en robot (évidemment) et la flopée de guests qui allait avec. Pour sûr qu’en 2002, ils savaient déjà bien faire la fête et foutre la merde. Et pas qu’au bled ! Les Victoires de la Musique s’en souviennent.

Comme quoi, la musique n’est pas simplement qu’une question du business. Une alchimie artistique, un feeling humain couplés à une riche discussion musicale et bonne ambiance en studio, tel est le secret de la recette des plus belles connexions.

Pourtant, aussi incroyable est ce 113 fout la merde avec le recul, le succès à sa sortie ne fut pas forcément au rendez-vous. Comme souvent face à des initiatives audacieuses et avant-gardistes comme celles-ci, le monde n’était tout simplement pas prêt et a mis plusieurs années à reconnaître  la qualité du morceau. Comme le rappelait AP dans une interview avec le média YouTRACE  : « les gens le savent, on a pris des risques. Avec 113 on fait partie des premiers groupes à avoir rappé sur des instrus à plus de 100bpm et sur des sonorités électro ».

Par la suite, Thomas et Guy-Manuel, bien que toujours très discrets publiquement et musicalement, ont signés quelques autres connexions avec des rappeurs et artistes urbains durant leur carrière. Immédiatement, on pense bien sûr au classique Stronger de Kanye West, mais aussi à ses titres On Sight et Black Skinhead, sans oublier les collaborations plus récentes avec The Weeknd, N.E.R.D ou encore Jay-Z sur Computerized. Ceci dit, l’influence des robots français dans le rap ne se limite pas qu’aux featurings. En effets, nombreux sont les artistes, outre-Atlantique notamment, à s’être inspirés de leurs sonorités électroniques si particulières, quand ils n’ont pas samplé les innombrables classiques des Daft Punk.

Daft Punk, icône éternelle

Au-delà de cette pépite co-signée avec le 113 et des nombreux artistes qu’ils ont influencé au fil des génération, les Daft Punk ont surtout marqué profondément le monde de la musique. En seulement quatre albums et presque trente ans de carrière, ils sont parvenus à façonner leur légende en imposant la fameuse « french touch » partout sur le globe.

On a beau ne pas vraiment connaître leurs visages, Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo resteront à jamais dans le cœur de nombreux auditeurs. Autant leur patte sonore unique que leurs clips futuristes et déjantés, personne ne les oubliera. Jamais.

Il n’y a qu’à voir les réactions qu’ont suscité l’annonce de leur séparation. Dans le flot d’hommages et de messages larmoyants publié sur les réseaux sociaux ces dernières heures, un fan visiblement très affecté a carrément publié un message (désormais effacé) sur la page Wikipédia des artistes français, les suppliant de ne pas se retirer et de continuer à faire de la musique. Malheureusement, il va devoir s’y faire comme nous tous : les Daft Punk, c’est  définitivement fini.

A l’heure où le monde n’est plus à la fête, soyez sûrs qu’une fois que les bars et les discothèques rouvriront, nous serons encore des millions sur Terre à danser sur vos sons. Thomas et Guy-Manuel, merci pour tout.

Jérémie Léger