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DA Uzi, architecte de la rue
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DA Uzi - Capture d'écran clip "La vraie vie" ( Kespey prod)
DA Uzi - Capture d'écran clip "La vraie vie" ( Kespey prod)

DA Uzi, architecte de la rue

Avec son parcours cabossé nourrissant des textes crus, DA Uzi porte l’héritage du rap de rue des années 2000. Son premier véritable album, "Architecte", sortira le 3 avril.

Héritier d’une génération maudite

Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Originellement appliquée aux sciences et à la conservation des masses lors des changements d’état de la matière, cette vérité s’applique également à la musique et en particulier au rap français. Certains des meilleurs représentants de la grande époque du rap de rue des années 2000, celle de la génération maudite de Nessbeal, Salif et Alpha 5.20, ont laissé une nouvelle génération d’artistes prendre les devants, mais n’ont pas abandonné pour autant leur héritage. Ainsi, leur vision du rap, centrée sur un équilibre entre description froide de la vie de rue et attitude plus véhémente, se retrouve aujourd’hui sous une forme différente dans l’univers de jeunes artistes. C’est notamment le cas de DA Uzi, représentant de la foisonnante scène de Sevran, dont la sortie du premier véritable album, Architecte, est prévue le 3 avril. 

"J'ignore de quoi j'suis capable, tu l'as vu dans mon regard triste / La vie m’a touchée, l'amour m'a meurtri, si j'finis touché, tue-moi d'une balle vite" … Quelques mesures suffisent à saisir l’essence de l’univers du rappeur, la vie étant vécue comme un combat à l’origine de cicatrices qui ne refermeront jamais réellement. Avant lui, des profils comme Nessbeal, Zesau, Mac Tyer, et bien d’autres, ont su trouver les mots pour relater le mal-être d’une partie de la jeunesse. Entre introspection pure et récit plus impersonnel du quotidien d’un banlieusard en prises avec une réalité qui dépasse parfois la fiction, DA Uzi reprend le flambeau laissé par ses illustres ainés. 

L’efficacité avant tout

Les directions prises par le rap français ces dernières années ont eu tendance à imposer l’idée que cette musique n’était plus bonne à livrer des réflexions consistantes. Si une part inévitable des projets qui sortent chaque semaine ne propose qu’un discours creux, bon nombre de contre-exemples rendent compte d’un rap français toujours aussi pertinent qu’il y a quinze ans. Chez DA Uzi, on retrouve donc une certaine forme d’éloquence dans les textes et de justesse dans les images, sans perdre de vue l’idée d’efficacité. Contrairement à un profil comme Mac Kregor (pour rester dans la thématique des rappeurs qui ont marqué les années 2000), le sevranais mise sur une écriture simplifiée et percutante, plutôt que sur un vocabulaire ou une syntaxe trop enrichis ou trop complexifiés. 

Auteur d’un premier projet en 2014, DA Uzi a dû patiemment attendre son heure pour exploser. Pas encore prêt, trop embourbé dans la vie réelle pour se concentrer sur la musique, il lui faut deux peines de prison entre 2014 et 2016 pour se mettre du plomb dans la tête, et comprendre que l’or qu’il a dans sa plume peut lui sauver la mise. Autour de lui, la bonne santé de la scène sevranaise crée une dynamique qui aboutit sur la série de freestyles La D en personne. Lancée en janvier 2017, elle va se poursuivre pendant presque dix-huit mois, et symboliser la montée en puissance du rappeur. Arrivé au bon moment, avec la bonne proposition artistique, il n’a plus qu’à consolider sa progression et transformer les perspectives de percée en réussite concrète. A une époque où le moindre semblant de buzz suffit à signer en maison de disques, le travail de fond entrepris par DA Uzi paye forcément : il signe rapidement chez Rec. 118 au milieu de superstars comme Ninho, Aya Nakamura, Sch ou Soprano.

Une nouvelle marche à franchir

La sortie de Mexico, son premier projet en maisons de disques, se fait dans un contexte difficile. D’une part, il est particulièrement attendu par son auditorat, qui sait de quoi il est capable, et qui ne lui pardonnera donc pas de livrer un projet inconsistant; d’autre part, son nom n’est pas encore complètement installé, et viser autre chose qu’un succès d’estime paraît inconcevable. Si les chiffres ne sont pas ceux d’une tête d’affiche, ils sont cependant largement favorables au rappeur, qui confirme à sa major qu’elle a eu raison de miser sur lui. Surtout, les retours critiques sont à la hauteur de l’attente. Considéré comme l’un des projets majeurs du premier trimestre 2019, Mexico installe DA Uzi parmi les noms à suivre de la nouvelle génération du rap français. 

Si elle constitue une excellente carte de visite, cette mixtape permet aussi au rappeur de tirer un premier bilan de ses années passées à se perdre. Contrairement à bon nombre de jeunes rappeurs, qui percent avoir d’avoir eu le temps de vivre, et n’ont donc que peu de choses à livrer dans leurs textes, DA Uzi a déjà de quoi remplir des cahiers entiers avant même d’avoir écrit son premier album. En plus de la consistance qu’il apporte à son discours, son parcours a également sa personnalité et par conséquent son rapport au monde du rap, au public, aux médias : “deux ans dans une cellule, j'suis sorti trop bizarre / Et puis ma coquille m'évitera d'écouter leurs critiques, et puis ma coquille m'évitera d'aimer des p'tites bitch. En comparant le rap à un “journal intime” dans une interview pour La Dépêche il y a quelques semaines, l’auteur de La Vraie Vie continue dans la voie de l’introspection. 

Désormais bien identifié par le public rap français, DA Uzi s’apprête à franchir une étape essentielle avec la sortie de son premier véritable album, Architecte. Seulement, là où la mixtape Mexico constituait un point de départ et par conséquent une excellente surprise tant  critique que chiffrée, cet album n’aura pas l’avantage de pouvoir créer la surprise. Parfaitement préparé avec une nouvelle série de freestyles, WeLaRue, qui permet au rappeur de faire monter la sauce sans pour autant dévoiler le contenu de son disque trop en avance, Architecte pourrait constituer l’une des excellentes nouvelles du printemps.