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Comment Soso Maness est devenu incontournable
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Soso Maness - (photo : Sarah Schlumberger)
Soso Maness - (photo : Sarah Schlumberger)

Comment Soso Maness est devenu incontournable

Entre ses singles, ses featurings et ses interviews, Soso Maness est devenu l’un des rappeurs les plus appréciés du public, et l’un des plus bankables du moment.

Ces dernières semaines, les grosses sorties d’albums s'enchaînent et nous permettent de constater qu’après une période de floue due au confinement puis à l’été, le rap français a tranquillement repris son rythme de croisière. Ce vendredi, Guizmo a livré le dixième projet de sa discographie ; une semaine plus tôt, Lacrim concluait sa série de mixtapes R.I.P.R.O avec un quatrième volume ; sept jours plus tôt, c’est toute la ville de Marseille qui créait l'événement avec l’album 13 Organisé. Le point commun entre toutes ces sorties ? La présence de Soso Maness, qui occupe actuellement le terrain comme un véritable mort-de-faim, ou plutôt comme quelqu’un qui vit sa réussite actuelle comme un miracle. 

Avant de devenir l’un des rappeurs français les plus bankables, Soso Maness est en effet passé par bien des drames (des amis j'en ai perdu beaucoup, j'en ai même fait chahad avec une balle dans le cou) et des situations désespérées. Entre ses différents passages en prison et les innombrables heures passées sur les terrains de vente Fond-Vert, les moments de doute ont été nombreux, et l’opportunité de devenir une star du rap français n’a longtemps été qu’un lointain fantasme. Contrairement à un jeune rappeur qui aurait explosé très jeune, Soso Maness a eu le temps de vivre beaucoup trop de galères pour espérer de manière concrète s’en sortir aussi bien. Le simple fait d’avoir survécu ou d’avoir évité une peine à deux chiffres tient déjà du miracle dans son parcours. Par conséquent, tout ce qu’il prend aujourd’hui dans le monde de la musique ressemble surtout à du bonus à accueillir les bras ouverts. 

Un franc-parler qui fait plaisir à entendre  

La mentalité très détachée de Soso Maness vis à vis de sa carrière et de son statut de nouvelle star du rap est l’une des clefs de sa cote de sympathie maximale. Les codes implicites du rap-game français influent très peu sur sa personnalité ou son discours, et consciemment ou non, Soso Maness s’est petit à petit imposé dans l’esprit des auditeurs comme l’une des rares têtes d’affiche à se montrer réellement sincère. Ainsi, lorsque les sempiternelles interviews “PNL, tu streames ? Validé, tu binges ?” se transforment en concours de langue de bois avec la majorité des rappeurs interrogés, Soso Maness n’hésite jamais à dire clairement ce qu’il pense. 

47 Ter, fréro laisse tomber, j’aime pas ce genre de musique(GQ), “Validé c’est surcoté, c’est une grosse caricature de la banlieue ou des communautés pour faire rire ou fantasmer(Booska-P), “dans le rap c’est tous des grossistes … ma b*** que c’est tous des grossistes !(Skyrock) … Sans jamais jouer le rôle de l’emmerdeur absolu qui vient tirer gratuitement sur tout le monde, Soso Maness a le mérite de parler clairement et sans détours. Dans un milieu rap très feutré où la critique ne se fait que lorsque des clashs ou des guerres d’égo sont en jeu, le public apprécie de voir enfin quelqu’un d’entier et de sincère. 

Une bonne gestion des réseaux sociaux  

Du côté des réseaux sociaux, Soso Maness semble avoir trouvé le bon compromis entre la pure charge promotionnelle attribuée à une agence et une gestion plus personnelle, indispensable pour créer des liens avec son public. Qu'il partage des moments légers de sa vie privée ou qu'il dévoile des choses plus difficiles (son père touché par le covid, le décès de la jeune Rania), rien ne donne l'impression d'avoir été calculé. Surtout, le marseillais sait faire preuve d'autodérision et assumer pleinement tout ce qu'il fait, comme lors de ce voyage en Turquie pour se faire ré-implanter des cheveux. 

Aux yeux de ses abonnés, Soso Maness apparaît donc une fois de plus comme quelqu'un qui ne triche pas. Tour à tour drôle, touchant, ou juste sincère, il renforce son image et reste cohérent avec son discours en interview ou dans ses textes. Dernière preuve en date de l'entièreté du personnage, sa réaction sans filtres aux critiques suite au partage d'un extrait dans lequel il pose sur de la drill. 

Un personnage qui n'en fait pas trop  

S'il a beaucoup critiqué les rappeurs français, accusés de grossir leurs exploits dans la rue et de transformer les grammes en kilos, Soso Maness a toujours veillé à être très clair sur son propre CV. En retraçant sa discographie, on comprend ainsi très clairement ce qu'il a fait ou non au cours de son parcours dans l'économie parallèle marseillaise (Pourquoi une fois, aux arrivants, j'ai planté un thorax ?). 

Plutôt que de jouer la surenchère pour rappeler aux rappeurs accusés d'imposture que lui au moins, a un vécu, Soso Maness mise là encore sur la sincérité. La vie de rue est décrite de façon crue et directe (ça crie akha, j'suis en apnée, caché dans l'appart', chassé par les stups), mais elle n'est jamais mise en avant. Au contraire : ayant réellement vécu ce qu'il raconte, le marseillais voit surtout les côtés sombres de ce mode de vie, et en particulier ses conséquences dramatiques, qu’elles soient directes ou indirectes (J'ai vu des seringues dans le bac à sable, là où s'amusent tous les enfants / Le toxico', j'l'ai pris à coup d'surin puis j'ai compris qu'c'était à cause de moi / Oui, à cause de moi parce que je vends la mort, le matin, le soir, à des heures différentes). Face à l'énorme proposition de rappeurs dans la surenchère permanente, le positionnement de Soso Maness s'avère salutaire. Du point de vue des auditeurs, on a affaire à un rappeur qui sait de quoi il parle, mais qui n'en fait pas trop : difficile de trouver meilleur compromis. 

Une proposition artistique efficace   

On l'a dit, le personnage de Soso Maness plaît parce qu'il est sincère, entier, qu'il touche, et qu'il sait faire preuve d'autodérision. De telles qualités seraient cependant improductives si la proposition artistique ne suivait pas. Le tube So Maness a prouvé que le marseillais était capable d'exporter son univers sur d'autres types d'ambiance, et de toucher un public bien plus large. Comme on l’a déjà détaillé, le rappeur marseillais est particulièrement efficace sur ce type de sonorité : 

De Stromaness, directement inspiré de l’univers de Stromae, à So Maness, pur titre club, en passant par Sharkle, Dans mes rêves ou Fucked Up, on ressent tout au long de la discographie du rappeur la forte influence des sonorités électro/club et du monde de la nuit. 

Par ailleurs, l’auteur de Rescapé et Mistral s’est révélé extrêmement efficace à chaque fois qu’il a été invité en featuring. Bangers de rue, titres introspectifs, morceaux ouverts : le marseillais est à l’aise sur tous les terrains, et fait la différence grâce à une personnalité plus marquée que la moyenne des rappeurs français. Sa performance sur Bande Organisée, le single le plus rapidement vendu dans l’histoire de la musique française, est l’un des symboles de la nouvelle dimension de Soso Maness. Au milieu de superstars du rap français comme Sch ou Jul, il signe l’un des passages les plus marquants et lance même une expression virale qui va dépasser le simple cadre de la musique. 

Sa percée sur le tard, est finalement l’une des raisons qui font de Soso Maness un rappeur incontournable aujourd’hui : pendant des années, il s’est forgé en tant qu’auditeur, voyant passer les tendances et les mises à jour l’une après l’autre, s'imprégnant de chaque type de sonorité pour mieux l’appréhender aujourd’hui en tant qu’interprète. Les années de galère ont fini par payer : quasiment deux décennies après ses débuts au micro, Soso Maness a fini par devenir un rappeur incontournable.