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Comment le rap français va gérer son déconfinement ?
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Kekra (photo : Fifou)
Kekra (photo : Fifou)

Comment le rap français va gérer son déconfinement ?

Comme le reste de la société française, le monde du rap va devoir s’adapter à la sortie du confinement. On fait le point.

Véritable épreuve psychologique pour certains, période plutôt agréable pour d’autres, le confinement a bouleversé les habitudes de tout le monde, y compris dans des aspects du quotidien qui relèvent de l’ordre du pur détail. Certains ont découvert l’existence de la farine, d’autres sont subitement devenus marathoniens, et plus de 80% de la population (à vue de nez) s’est lancé dans des lives sur instagram. Le monde du rap a lui aussi été contraint de s’adapter, ses sources de revenus ayant été en partie coupées (annulation des festivals et report des tournées) et les conditions de sorties et de promo ayant été bouleversées. Quelques nouveautés pourraient voir le jour à la sortie du confinement, on fait le point. 

Les punchlines forcées sur la thématique Covid19

A chaque évènement majeur de l’actualité, on y a droit : chaque rappeur veut absolument poser sa référence et trouver le meilleur jeu de mots possible. Le 11 septembre 2001 (au hasard, Sniper avec “les States sont loin d’être à la bourre malgré deux tours de retard), l’élection d’Obama (Despo Rutti a été bon là-dessus), le coup de tête de Zidane en 2006 (les déclinaisons multiples sur l’angle “je partirai sur un coup de tête de Zidane”), etc. La pandémie de Covid19, le confinement, et même le port des masques vont donc se retrouver dans une bonne grosse série de punchlines plus ou moins inspirées. “Je transporte des litres même pendant le confinement”, “confiné dans le binks”, “on a pas attendu le covid pour porter le masque”, ou encore “visage couvert pour les braquos, pas pour le covid”. On n’y échappera pas, espérons au moins un peu d’originalité, d’autant que les Etats-Unis ont déjà lancé le jeu avec 6ix9ine et son “they sick, been hot way before Coronavirus” sur son nouveau titre, Gooba.

Les rappeurs auront eu le temps de mater de nouvelles séries

Ces dernières années, le rap français a été parasité par l’influence un peu trop assumée de certaines séries populaires comme Narcos, Casa de Papel et Game of Thrones. Comme beaucoup de français, nos amis rappeurs ont du profiter du temps enfermés chez eux pour se lancer dans le binge-watching de nouvelles séries. A partir de là, deux possibilités : les plus jeunes rattrapent les classiques qu’ils n’ont pas encore eu l’occasion de regarder, et on se retrouve donc avec Koba LaD dédicaçant Tony Soprano ou Larry enchaînant les références à The Shield et Oz ; ou alors, on fait dans le plus récent, avec Gangs of London en tête de liste, les références à The Walking Dead remplacées par celles à Kingdom, et des masques inspirés de Watchmen.

Des albums plus aboutis

Enfermés pendant de longues semaines, les artistes ont eu tout le temps d’écrire et perfectionner un certain nombre de textes, et peut-être même d’accumuler suffisamment de rimes pour plusieurs albums. L’essentiel de leur activité à domicile a donc pu se résumer au travail sur les textes et à l’écoute de centaines de prods, en plus de pouvoir réfléchir à des concepts un peu neufs pour mieux repartir après la crise. En somme, on pourrait donc avoir droit à des projets bien plus aboutis chez certains rappeurs, pensés sur le long-terme avec notamment un gros travail en amont. De même, le confinement a permis au monde du rap de se recentrer un peu sur lui-même et de mettre de côté les tensions, on s’attend donc à des combinaisons inédites dans les semaines à venir -on pense par exemple à la connexion Booba-Zed, en approche.  

Une recrudescence de rappeurs masqués

Kekra avait plutôt bien anticipé la crise depuis quelques années, tandis que Siboy, Kalash Criminel ou Empty7 vont devoir adapter leurs cagoules pour couvrir la bouche. Sauf cas de pénurie, les masques devraient devenir l’un des accessoires les plus prisés ces prochains mois, avec beaucoup de possibilités de détournement et de customisation. Qu’on ne s’étonne donc pas face aux masques de marques de luxe qu’on risque d’apercevoir dans les clips, ou encore les masques à message sur les visuels.

Un nouveau public pour le rap 

C’est une conséquence inattendue du confinement : l’explosion du réseau social Tik Tok ces dernières semaines a rendu un titre de Zola viral, en particulier auprès de la communauté LGBT. Astroboy, sorti il y a tout juste un an, n’a pourtant rien d’un morceau particulier. Seulement, il contient un drop plutôt bien placé, qui en fait la bande-son idéale pour l’utilisation qui en est faite sur TikTok -on vous laisse découvrir le résultat dans la vidéo ci-dessous.

Plus de projets courts sans prétention

Roméo Elvis, Rim’K, Alonzo … Ces dernières semaines, des têtes d’affiches habituées à se maintenir au sommet des charts ont occupé l’actualité avec des projets très courts publiés sur les plateformes de streaming sans ambitions particulières. Hormis Alonzo, qui a mis le paquet avec un concert virtuel sur GTA V, ces EP sont sortis sans aucune promotion, uniquement dans le but de maintenir une certaine actualité et d’offrir quelques inédits aux auditeurs confinés. L’absence totale de calcul a permis à ces artistes de livrer de la musique de façon totalement libérée, ce que l’on a particulièrement ressenti chez Roméo Elvis, de retour à un rap décomplexé, et débarrassé de son ambition pop.

Conclusion

Le monde du rap a dû s’adapter dans l’urgence au confinement et à la perte de nombreuses sources de revenus, mais s’en est plutôt bien tiré. Les challenges (Panam All Starz), sorties de projets et les freestyles ont permis aux artistes de conserver une actualité, et même de revenir à certaines bases fondamentales trop négligées ces dernières années. L’après-confinement devrait donc nous offrir une dynamique nouvelle sur certains plans. Même si le rap continuera à tomber dans certains travers, ces quelques semaines d’enfermement auront tout de même permis au monde du rap de se ressourcer pour mieux relancer la machine.