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Comment Bernard Tapie a influencé le rap français
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Bernard Tapie et Doc Gynéco - capture clip "C'est beau la vie"
Bernard Tapie et Doc Gynéco - capture clip "C'est beau la vie"

Comment Bernard Tapie a influencé le rap français

Bernard Tapie est mort d’un cancer ce dimanche 3 octobre à 78 ans. En plus d’avoir marqué tous les supporters de l’OM, l’homme politique et homme d’affaire intraitable qu’il était a gagné une place de choix dans le rap français.

Que ces derniers jours sont difficiles pour l’OM, Après deux défaites consécutives en championnat et un démarrage poussif en Ligue Europa, le club marseillais fait également face à l’épreuve du deuil. Après les disparitions successives du supporter historique René Malleville, et du jeune fanatic Clément, mort dans un accident de la route, voilà que l’Olympique de Marseille pleure le décès de Bernard Tapie, l’un de ses dirigeants les plus emblématiques. En effet, à l’OM, l’homme de 78 ans s’est imposé comme « LE Boss », en devenant celui qui, le 26 Mai 1993, a permis à l’équipe de rentrer dans l’Histoire du football européen en devenant le premier club français à remporter la Ligue des Champions. A jamais les premiers comme disent les Marseillais.

Autant aimé que détesté pour son charisme insolent, ses sorties médiatiques mémorables et les affaires judiciaires dont il a fait l’objet (Affaire du Crédit Lyonnais, l’Affaire Adidas et le l’affaire OM-Valenciennes notamment), Nanard, s’est forgé tout au long de sa vie une image de magnat intouchable et intraitable. Du passionné de ballon rond au plus gangster des rappeurs français, il n’a laissé personne indifférent. A l’instar des plus grands magnats contemporains comme Tony Montana ou Pablo Escobar, la réussite de cet homme d’affaire, aussi controversée soit-elle, fascine. Rien de surprenant alors à ce que Bernard Tapie ait inspiré le rap game, au travers punchlines et multiples références.

Le rap français aime Bernard Tapie

Il n’y a qu’à regarder sur Genius. On trouve des dizaines de références à Bernard Tapie dans le rap français, du rookie discret qui gratte des textes dans son garage aux MC les plus populaires de notre époque. Forcément, les hommes charismatiques et puissants comme lui, c’est du pain béni pour les rappeurs. Une comparaison toute trouvée pour ceux qui veulent se donner une image de voyou sympathique ou asseoir leur supériorité sur le game tout en egotrip.

Luv Resval par exemple n’y va pas par quatre chemins et se pose en "Mafieux comme Tapie, cerveau comme papi, j'arrive cain-cain comme Capi" dans son titre de 2019, Crystal Lake. Même chose pour Gambino qui dans « Catalina », lâche un gros : « J'suis un peu traficante comme Bernard Tapie ». Et puisqu’on est dans les comparaisons teintées d’egotrip, Nakk Mendosa dans "Les 5 fantastique" prévient : "Compare-toi pas à moi : j'suis Bernard Tapie, t'es Bernard Minet". Bang bang, ça c’est dit.

Mais le rappeur qui a le plus capitalisé sur l’image de Bernard Tapie, c’est Zola.  Lui a carrément signé un morceau de son nom en 2018. Avec une pochette stylisée façon GTA, le ton était donné. Au micro, le rappeur d’Evry se place ainsi en businessman et bicraveur sans-pitié dont le seul but est d’accumuler toujours plus de moula. Une punchline suffit pour qualifier son état d’esprit : "Comme Bernard Tapie, c'est tout pour la monnaie comme Bernard Tapie                    ". Demi Portion  se plaît aussi à le mentionner en faisant référence à son avidité pour l’argent dans cette punchline :"Difficile de s'en sortir quand on a l’appétit de Bernard Tapie et le caractère de Cantona".

On a aussi Mac Tyer qui dans son morceau Justice appuie sur le caractère intraitable de l’homme d’affaire : "Merde... Le capitalisme c'est pas choisir qui doit s'enrichir, C'est seul-tout qu'Bernard Tapie s'est rendu justice". Plus loin dans ce registre, Naak Mandosa va même jusqu’à le comparer avec les plus grandes figures du grand banditisme : "Sans trébucher, hein, regarde Tony, Tapie ou Khalifa, t'as l'argent t'as l'pouvoir, si t'as l'pouvoir alors t'auras les femmes".

Avec une image aussi sulfureuse, il n’y a pas de demi-mesure, Tapie soit on l’aime, soit on le déteste, mais il n’y a pas d’entre-deux. Parmi ses amis on trouve Gims qui dans le morceau Christophe d’Orelsan demande au monde "d’arrêter de faire chier Bernard Tapie". A l’inverse, beaucoup parmi ses homologues préfèrent mettre en avant son tempérament de magouilleur. A l’image de Freeze Corleone sur Mage Noir : "Là pour les tek deals comme Bernard Tapie". Pour parler de sa finesse d’esprit, Sadek dans Du Sale dit aussi : "J'ai l'cerveau d'Bernard Tapie, dans le corps de Pierre Menès".

Par ailleurs, n’oublions pas qu’au-delà des affaires et du sport, Bernard Tapie était aussi un homme politique virulent. Bien qu’il n’a pas exercé dans les sphères les plus hautes de l’État, il restait à ce jour l’un des plus farouches opposants au Front National. Il est aussi l’une des rares personnes à avoir réussi à faire taire Jean-Marie Le Pen et à prendre le dessus sur lui dans un débat politique. Cet aspect de son parcours est mémorable et Demon One en a gardé un souvenir gravé dans une punchline de son titre « Votez pour moi » : "Ma stratégie, c'est d'envoyer le Front National au tapis. Comme l'a fait Bernard Tapie, j'vais m'attaquer à Jean-Marie".

Si jusqu’alors les citations à l’égard de Tapie étaient faites pour le valoriser dans ses bons, comme dans ses mauvais côtés, d’autres n’hésitent pas au contraire à briser le mythe, à l’image de Double Zulu qui ne se prive pas de pointer du doigt les supercheries de Tapie lorsqu’il était Président de l’OM. "Ensuite tu vas tricher comme Bernard Tapie, et soulever la pe-cou comme Jean-Pierre Papin".

Cette référence sportive à l’OM nous offre une parfaite transition pour nous tourner vers la cité phocéenne. Sans surprise, on constate que Bernard Tapie est particulièrement cité chez les rappeurs marseillais : YL, les artistes de 13 Organisé et tant d’autres. A défaut de ne pas être mentionné dans En avant les marseillais, l’hymne à l’OM bien connue des Psy 4 de la Rime, Soprano lui en a placé une dans l’outro de sa mixtape De puisqu'il faut vivre à la colombe : "Je me sens comme l'OM à l'époque de Tapie, je me sens comme Olivier à l'époque de la New Pie", dit-il. A son tour,  dans son titre T'as raison d'y croire, Naps fait référence à la coupe aux grandes oreilles que l’homme d’affaire a fait gagner à l’OM : "On a un rythme de fou, j'vois les autres ils fatiguent. J'ramène la Ligue des Champions à la Bernard Tapie".

Ceci dit, même s’il est adulé par la majorité des Marseillais, certains d’entre eux comme Alonzo préfèrent rester lucides dans leurs analyses. S’il ne remet évidemment pas en doute la victoire de Marseille en Champion’s League, il n’a pas oublié la tache de l’affaire VA-OM. Dans sa punchline issue du titre « Black Machine», il en profite même pour remettre le Président de l’Olympique Lyonnais à sa place : "J’achète l’arbitre et le match, appelle-moi Aulas ou Tapie". Forcément que les supporters de l’OM aiment ça.

Enfin, pour finir en beauté sur les punchs marseillaises dédiées à Tapie, on gardera cette pique teintée d’humour signée Akhenaton dans Lyrix Files qui dit : "Dans la B.O. Taxi, j'ai du crédit comme Nanar Tapie". Une référence habile à l’Affaire du Crédit Lyonnais, l’une des plus importantes controverses de la vie de l’ex président de l’OM. Mais la relation entre Bernard Tapie et le rap ne s’arrête pas là. N’en déplaise à ses ennemis, il avait toutes les qualités requises pour devenir un grand rappeur et s’est même prêté à l’exercice il y a plus de vingt ans.

Bernard Tapie, maître punchlineur

Qu’on se le dise, Bernard Tapie, s’il n’avait été un homme d’affaire, homme politique et président de l’OM, aurait carrément pu être un rappeur, un vrai. Connu en effet pour ne pas avoir la langue dans sa poche, il a livré de son vivant quelques punchlines mémorables lors de ses très nombreuses sorties médiatiques. Des punchs qui auraient pu mettre en PLS n’importe lequel de nos MC du moment. Les médias, le monde du football en général, les politiques et ses détracteurs, il n’a épargné personne. Même ses propres joueurs et les dirigeants de son club en ont pris pour leur grade quand il estimait que c’était nécessaire.

On se souvient par exemple de cette punchline destinée aux journalistes de l’Equipe : " Je ne mâche du chewing-gum que dans deux cas de figure : quand je regarde un match qui concerne l'OM (à cause des nerfs) et quand je lis "L'Équipe" (toujours à cause des nerfs)». Loin d’être rancunier, le quotidien sportif a, à l’occasion de la disparition de Tapie, signé un papier mettant à l’honneur les plus belles punchlines de sa carrière. Lisez-le, c’est un véritable plaisir.

Bernard Tapie aurait pu être un rappeur ? Que dis-je ? Bien sûr qu’il l’a été ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, Nanard a bel et bien franchi le cap le temps d’un morceau. Après avoir été chanteur de variété française, puis crooner sous le nom de Bernard Tapy, il a effectivement mis les pieds dans le rap game grâce à Doc Gynéco.

C’est en 1998 que le docteur l’invite sur son titre «C’est beau la vie». Un morceau plein d’ironie puisqu’à cette époque, Bernard Tapie croulait sous les dettes et venait d’être rattrapé par la justice. Loin de vouloir se laisser abattre, « l’homme aux mille vies » profitait de cette opportunité pour tacler ses détracteurs en musique. Dans le clip éponyme, le duo Bruno Escobar / Nanard se met en scène dans une voiture pourchassée par des hommes armés jusqu’aux dents, mais décide, envers et contre tous de garder le sourire.

Ensemble, ils se livrent à des passe-passes délirants comme :"Et quoi qu’il arrive sur Terre, dans le foot, les affaires, le rap, les ministères, c’est toujours…", commence le rappeur, « le gangster », termine l’homme d’affaires. On a aussi droit à une ref cynique à l’affaire OM-VA lorsque Gynéco lui pose directement la question : « Alors putain dis-moi ce match, on te l'a vendu ? », "Mais tu rigoles, j’les aime à Valenciennes", lui répond Tapie OKLM.

Bien que cette collab des plus étranges fasse sourire encore aujourd’hui, Doc Gynéco, lors d’une interview avec le journaliste Augustin Trapenard et 2016, déclarait, non sans humour, la regretter  :« Oui des fois j’me goure dans mes choix, c’est pas facile d’être un visionnaire ». Malgré tout, l’auteur de Première Consultation n’a pas manqué d’adresser un message à la mémoire de son ancien ami à l’annonce de sa disparition.  

Héros et génie pour les uns, requin odieux et insupportable pour les autres, Bernard Tapie était sur tous les fronts et restera quoi qu’il en soit l’un des hommes d’affaires et politique les plus influents de son époque. Comme Pablo Escobar, il sera immortel tant que sa légende continuera d’alimenter la culture populaire et le rap français. C’est pourquoi on espère que Jul et sa clique lui en placeront au moins une dans le Classico Organisé à venir. Lui qui même s’il les a quittés, restera à jamais le premier dans le cœur des Marseillais.