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Ces classiques du rap français qui n’ont jamais été clippés
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Rohff en 2004
Rohff en 2004 ©Getty

Ces classiques du rap français qui n’ont jamais été clippés

Rohff, Lunatic, Les X-Men... même Fianso ou PNL ont sorti des titres considérées comme des classique sans les accompagner d'images, laissant l'imagination de l'auditeur faire le film. Retours sur les plus marquants...

Les publications de clips s'enchaînent à un rythme tellement frénétique chaque semaine que l’on a tendance à oublier qu’à une époque pas si reculée, mettre en images un titre était un privilège réservé aux artistes les plus côtés -ou les plus débrouillards. Ainsi, il y a 20 ans, clipper un titre était l’occasion d’aller chercher un passage en télé, et donc d’exploser en termes de visibilité. Les pratiques étaient alors différentes, et pour de nombreux fans de rap, tomber sur le clip de l’un de leurs artistes était parfois considéré comme un petit évènement. L’évolution technologique a depuis tout bouleversé, et la démocratisation d’internet associée à la réduction du coût de production d’une vidéo ont abouti à la situation actuelle, où chaque artiste met en images une demi-douzaine de titres par projet, et où le moindre freestyle peut offrir l’occasion d’un travail visuel chiadé -ce n’est pas toujours le cas, bien évidemment. 

De moins en moins de titres réellement marquants restent donc privés de mise en image, d’autant que les artistes et leurs maisons de disques ont désormais la possibilité d’adapter leurs stratégies visuelles en temps réel en fonction des tendances dictées par les auditeurs. Il fallait ainsi se fier à l’instinct des directeurs artistiques et des programmateurs radio pour décider des tubes potentiels d’un album, alors qu’il suffit aujourd’hui de jeter un œil aux statistiques des plateformes de streaming, ou aux titres qui provoquent le plus de réactions sur les réseaux sociaux. La marge d’erreur est donc extrêmement réduite, et la chance de voir de véritables classiques non-clippés s’amenuise chaque année un peu plus -sauf volonté précise de l’artiste de ne pas clipper, ou obstacles particuliers type conflit contractuel empêchant l’exploitation des titres d’un album. 

Si l’absence de clip n’empêche pas d’apprécier l’écoute d’un titre -si bien qu’il est même parfois préférable de n’avoir qu’un audio et rien d’autre-, revenons tout de même sur ces morceaux marquants qui sont restés vierges de toute mise en image. 

Lunatic - Le Crime Paie

Unanimement considéré comme l’un des plus grands classiques du rap français, Le Crime Paie avait peu de chances de se voir doté d’images : sorti en 1996, à une époque où les clips de rap français sortis chaque année se comptent sur les doigts de la main droite de Jaime Lannister, il cumule les difficultés (groupe indépendant, sujet difficile, sortie sur une compilation …). Le titre passe tout de même à la postérité, et un live télévisé d'époque tourné dans l'émission Captain Café de Jean-Louis Foulquier finit tout de même par ressortir des cartons il y a quelques années, faisant aujourd’hui plus ou moins office de clip pour les nostalgiques -on redirigera en revanche les plus jeunes vers la version GTA V. Etant donné que Lunatic se sépare après un seul album sorti en indé, on n’aura eu droit qu’à deux clips officiels : Pas l’temps pour les regrets, et Strass et Paillettes. On aurait donc pu citer également La Lettre, Le son qui met la pression ou Les Vrais Savent. 

Rohff - Code 187

Considéré par beaucoup comme le meilleur album de Rohff, La Fierté des Nôtres n’aura pas connu une exploitation très appuyée, avec 3 extraits clippés seulement. De nombreux titres marquants pour les auditeurs de rap français des années 2000 n’ont donc pas eu droit à un habillage vidéo, parmi lesquels Code 187 ou J’rappe mieux que toi. En dehors de cet album, Rohff a généralement livré des disques très long format, et bon nombre de titres n’ont donc logiquement pas pu être clippés. On pourra donc citer bon nombre de ses classiques privés d’images : Ce son c’est la guerre, Testament, La Hass, En Mode 2, etc. 

PNL - Humain

Grand spécialiste de la mise en images, PNL a su faire de chaque clip un événement de taille : quadrilogies formant un long-métrage (Naha, Béné, Onizuka et Jusqu’au dernier gramme), décors incroyables (La vie est belle, Oh Lala), retours dans le passé (Deux Frères), Tour Eiffel (Au DD) … Même sur le premier projet du duo, QLF, sorti en 2015, la moitié de la tracklist est clippée, et ce malgré un disque sans distribution et une médiatisation absente. Pourtant, certains morceaux majeurs de l’oeuvre de PNL sont passés à la trappe : on pense par exemple à Porte de Mesrine sur Le Monde Chico, ou encore Humain sur Dans La Légende. Ce dernier a marqué bon nombre d’auditeurs, en particulier le couplet spectaculaire de N.O.S, même si les réalisateurs des clips du groupe ont dû être soulagés de ne pas avoir à illustrer le fameux “J'les baise, ils refermeront la porte sur ma bite”. 

X-Men - Retour aux Pyramides

Comme Le Crime Paie, Retour aux Pyramides fait partie de ces titres mythiques de la deuxième moitié des années 90, que bon nombre d’auditeurs maintiennent depuis deux décennies dans le haut de leur top personnel des meilleurs morceaux de rap français de l’histoire. Extrait de la bande originale de Ma 6T va crack-er en 1997, Retour aux Pyramides n’est pas clippé à l’époque, bien qu’il constitue l’un des titres les plus visuels écrits -à tel point que l’on finit par se dire qu’il aurait fallu beaucoup de créativité de la part du réalisateur pour réussir à produire des images à la hauteur des textes. On se demande même quelle scène serait la plus difficile à mettre en images : les nonnes qui fument du crack à Vincennes, les nains homos qui dansent le pogo avec des skins, ou même la scène “comme dans Platoon”. 

Nekfeu - Cyborg (album complet)

Exception à la règle des albums quasi-entièrement clippés des années 2010, Cyborg ressemble finalement beaucoup aux disques des années 90 qui ont tant inspiré Nekfeu : beaucoup de titres importants pour ses fans, mais pas la moindre image. Une stratégie particulièrement audacieuse à notre époque -où même ceux qui innovent sur le plan de l’image et de la communication (PNL en premier lieu) misent gros sur les clips- qui s’est pourtant avérée payante, avec trois singles certifiés diamant et un album triple-platine. Depuis, le rappeur s’est concentré sur des formats plus longs (le documentaire Expansion mais aussi un début de carrière prometteur au cinéma) et n’a pas dû regretter de consacrer si peu de temps aux clips, puisque l’un des seuls qu’il a tourné depuis, Putain d'Époque de Dosseh, a été l’objet d’une plainte pour plagiat et supprimé des plateformes jusqu’à récemment. 

Fianso - DZ Mafia

Lui aussi spécialiste des clips-événements (parfois même dès leur tournage), Fianso a beaucoup occupé l’espace devant la caméra ces dernières années, même s’il tend de plus en plus à laisser le devant de la scène à la nouvelle génération. Parmi les titres qui ont marqué ses auditeurs, l’un d’entre eux a beaucoup touché la diaspora algérienne de France à sa sortie en 2017 : DZ Mafia. Sur un projet quasi-entièrement clippé, il est l’un des rares titres à ne pas avoir été mis en images, malgré les envies du rappeur exprimées en interview chez Rapélite à l’époque : “il faut un visuel fort, DZ Mafia, on ne va pas le rater”. A cette période, il évoque cependant ses doutes quant au format du clip, ne sachant pas encore quel type de visuel adopter : plutôt fédérateur, en invitant une infinité de guests algériens et franco-algériens (acteurs, footballeurs, écrivains, rappeurs ...), ou plus naturel, à la Fianso ? Trois ans plus tard, DZ Mafia est resté un titre sans clip, signe que le bon angle et la bonne occasion n’ont pas été trouvés.