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Caballero et Jeanjass, l’union fait la force
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Caballero & JeanJass - (DR/Romain Garcin)
Caballero & JeanJass - (DR/Romain Garcin)

Caballero et Jeanjass, l’union fait la force

En réunissant sur un même projet des profils aussi éloignés que le Roi Heenok, Lomepal ou encore Oxmo Puccino, Caballero et Jeanjass prouvent une fois de plus que l’union fait la force.

“Le tout, plus que la somme des parties”

Holisme : nom masculin. Théorie selon laquelle la nature aurait tendance à constituer des ensembles supérieurs à la somme de leurs parties. Exemple : Le duo Caballero et Jeanjass a une puissance de feu supérieure aux parties distinctes Caballero + Jeanjass. 

Du succès critique de Double Hélice 2 au succès populaire de la série High et Fines Herbes sur Youtube, l’émulation constante entre les deux rappeurs agit en effet comme un multiplicateur de leurs qualités. Ensemble, Caballero et Jeanjass s’amusent, se poussent à aller toujours plus loin, et exaltent les qualités intrinsèques de l’un et l’autre. Si l’aventure de groupe a parfois tendance à freiner la créativité des individualités, elle prend ici tout son sens. Caballero a eu une vie et une carrière avant JJ. Jeanjass a eu une vie et une carrière avant Caba. Tous deux se sont d’ailleurs régulièrement entrecroisé avant que leur binôme devienne une identité à part, une fusion quasi-définitive. 

Paradoxalement, la réussite de l’émulation entre les deux rappeurs bruxellois ne tient pas dans la façon dont leurs différences se complètent (Booba et Ali, Kool Shen et Joeystarr) mais bien dans l’accumulation de similitudes entre eux. Individuellement, l’un et l’autre se situeraient en effet dans la moyenne des rappeurs bruxellois. Si leur image, leur humour, leur facilité à se laisser aller à des égotrips percutants, leurs références, fonctionnent comme un tout, c’est bien parce que chacun peut s’appuyer sur son binôme pour décupler la force de ses formules. 

Plus fort à deux, encore plus forts à vingt  

Conscients que l’union fait la force, les deux rappeurs bruxellois ont donc pris le parti d’élargir la notion de groupe sur leur nouvelle mixtape, High et Fines Herbes -quatrième projet du duo, et bande originale de la série du même nom. Les deux bruxellois ont convoqué une véritable armée de rappeurs pour les épauler, et la tracklist rappelle celle de grandes compilations historiques du rap français. Entre représentants de la nouvelle génération et légendes capables de traverser les décennies, HFH convoque une grosse vingtaine d’artistes, de Lorenzo à Rim’K, de Chilla au Roi Heenok. 

Au delà de ce rapprochement entre les générations -qui fait franchement plaisir à voir-, le tour de force de Caballero et Jeanjass tient surtout dans la diversité incroyable des profils qui se partagent le micro tout au long de ces 25 pistes. Difficile en effet de faire cohabiter sur une même tracklist les noms de Big Flo et Oli, du Roi Heenok et de Lomepal. Le capital-sympathie des deux belges a bien entendu joué un rôle déterminant dans la constitution de cette folle liste de noms, mais c’est aussi et surtout leur mentalité et leur motivation à fédérer les personnalités les plus opposées qui a été déterminante. 

Entre leur second degré omniprésent, leurs attaches à une certaine forme de technique dans les schémas de rimes, leur position de liant entre ancienne et nouvelle génération, Caballero et Jeanjass partagent certaines de leurs caractéristiques avec la majorité de leurs invités. L’ouverture pop d’un Lomepal ou un Roméo Elvis, l’humour de Lorenzo,  l'exubérance et le phrasé si particulier de profils comme Alkpote et le Roi Heenok ... Dans la musique de Caba et JJ comme dans le ton d’un programme comme High et Fines Herbes, on retrouve ce patchwork de personnalités, qu’il s’agisse d’une influence assumée ou plus simplement d’un point de rencontre avec les artistes cités. 

Un duo fédérateur  

L’aspect réellement fédérateur de la démarche de Caballero et Jeanjass ces derniers mois apparaît donc finalement comme un prolongement logique de la notion d’holisme évoquée en début d’article. Plus forts ensemble, les deux rappeurs bruxellois poursuivent l’effort collectif en espérant que “meilleurs à deux” se transforme en “meilleurs à vingt-deux”. Le rap francophone est entré dans une période où la plupart de ses têtes d’affiche ont compris que travailler ensemble était porteur de succès. Les rappeurs qui sortent des projets la même semaine se soutiennent entre eux (Sch et Gradur), ceux qui sont mis en opposition par les auditeurs se donnent de la force mutuellement (Hatik et Moha la Squale), et les initiatives collectives se multiplient (celle de Fianso avec 93 Empire ou Le Cercle évidemment, mais pas seulement). 

Sur ce plan, la scène bruxelloise avait déjà quelques foulées d’avance sur le reste du rap français : que les rappeurs s’entendent ou non, aucune brouille publique n’a jamais parasité la dynamique locale. L’excellente entente entre artistes sur place a contribué à ce que chacune des figures montantes puisse s’appuyer sur les autres pour gagner en force, en créativité ou en visibilité. Concrètement, voir des profils aussi éloignés que Roméo Elvis et Isha (sur le plan des chiffres, de la proposition artistique, de l’histoire personnelle, de la cible) continuer à collaborer et à se témoigner du respect est bénéfique pour chacun d’entre eux. 

En se lançant dans un projet de grande envergure réunissant autant de personnalités différentes que High et Fines Herbes, Caballero et Jeanjass ne font finalement que prolonger, à une échelle plus large, la mentalité de la scène au sein de laquelle ils ont grandi. D’une connexion internationale de proximité (Belgique-France), leur initiative réunit désormais différents continents (Roi Heenok, Madd et Shayfen), différentes générations, et différentes mentalités.