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Bosh, Niaks, Reda, Chanje … La nouvelle génération du 78
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Bosh, Niaks, Reda, Chanje … La nouvelle génération du 78

De Mantes-la-Jolie à Vélizy en passant par Poissy, de nombreux talents émergent dans les Yvelines. On fait le point sur cette nouvelle génération très prometteuse.

Des heures de gloire d’Expression Direkt aux succès grand public de La Fouine puis Hatik, les Yvelines ont toujours été un important vivier de talents pour le rap français. Cependant, malgré la réussite de certains d’entre eux, une bonne partie de la scène du 78 est restée dans l’ombre des rappeurs d’autres départements. Les villes du 91, du 92, du 93, ou différents arrondissements parisiens, ont pu s’imposer en faisant valoir leur cohésion, ou au moins, en créant des passerelles et des échanges entre elles. Trop éloignées, trop autarciques, les scènes yvelinoises ont toujours dû lutter pour se faire reconnaître au niveau national.

Les raisons expliquant ces difficultés sont variées

Les rappeurs locaux ont par exemple dû composer avec la géographie assez particulière des Yvelines, un département vaste au sein duquel coexistent certaines des villes les plus riches du pays et certains des quartiers populaires les plus défavorisés d’Île-de-France. Impossible, donc, de définir précisément l’identité du rap yvelinois, et de trouver une filiation entre les différentes générations de rappeurs, puisqu’on fait difficilement plus grand écart qu’entre Expression Direkt (Mantes-la-jolie) et 47Ter (Bailly).

Pendant longtemps, les rappeurs des villes excentrées ont également pu souffrir de leur éloignement avec les grands centres névralgiques du rap français. Certes, le 78 “c’est pas le bout du monde, faut prendre le train, mais quand on essaye de construire une carrière, la proximité géographique peut agir comme un accélérateur. Pas facile d’aller se faire une réputation dans des open-mics nocturnes à l’autre bout de Paris, ou d’aller passer des heures en studio à Grigny ou Clichy-sous-bois quand on vient de Mantes la Jolie ou les Mureaux, des villes assez mal desservies par les transports (pas le moindre RER, des lignes SNCF longues et régulièrement perturbées).

La scène locale

 Malgré des dissensions internes inévitables, les gros départements du rap français ont su se maintenir au sommet pendant des années grâce à des scènes locales dynamiques s’appuyant sur de nombreux échanges entre artistes. Dans les années 90, l’exaltation collective était par exemple très palpable du côté de Boulogne (92) ou dans le triangle Orly-Choisy-Vitry (94). Plus tard, le même type de dynamique a permis à Sevran (93) ou à Evry (91), et notamment au Bat.7, de s’imposer parmi les principales places fortes du rap français.

Ce type d’émulation a manqué dans le 78, où pendant longtemps, chacun a donné l’impression de faire sa musique dans son coin. Express D a marqué toute une époque, avant que L’Skadrille, Poison, M.A.S, ne tentent de s’imposer dans les années 2000.

Malgré des connexions ponctuelles, la scène du 78 ne paraît jamais unifiée, et tire rarement dans la même direction. La Fouine, à travers le label Banlieue Sale, tente bien de rassembler autour de lui, en particulier la scène de Trappes (Green Money, Gued1, Chabodo …) mais son personnage est trop clivant pour rassembler tout un département et convaincre tout le monde.

Aujourd’hui, le contexte a changé

S’il est encore trop tôt pour parler d’une scène yvelinoise totalement unifiée, les mentalités ont évolué, et les rappeurs de la nouvelle génération n’hésitent plus à collaborer entre eux ou à partager leurs actualités respectives. Malgré les obstacles, une nouvelle scène émerge dans le 78 depuis quelques années. Les difficultés purement géographiques ont fini par se gommer pour tout le monde, qu’il s’agisse de localités d’Île-de-France excentrées ou de villes provinciales parvenant enfin à se faire une place sur l’échiquier national. Les rappeurs yvelinois sont donc face à un contexte nouveau, et peuvent désormais espérer toucher la France entière.

Venus respectivement de Guyancourt et de Plaisir, Hatik et Bosh ont d’ores et déjà touché une cible très large Leurs rôles majeurs dans la série Validé ont bien entendu facilité leur mise en avant et leur changement de statut, mais ils ont su exploiter le boulevard qui se présentait devant eux. Hatik a misé sur une très grosse productivité et des singles radiophoniques calibrés pour devenir des tubes (Angela, 1, 2, 3, Ma meilleure, etc) ; Bosh a su exploiter son image brutale tout en livrant les bons singles aux bons moments (Djomb, Slide, No Limit) afin de ne pas s’enfermer dans un seul registre. Bien installés parmi les têtes d’affiche françaises, tous deux représentent la partie émergée de l’iceberg yvelinois.

La relève

L’une des scènes yvelinoises les plus actives à l’heure actuelle est celle de Mantes-la-Jolie. Quand on pense à cette ville, la première référence qui vient en tête est évidemment Expression Direkt. Après les belles heures du groupe, auteur de quelques classiques, la scène locale est restée assez confidentielle : Poison, le VF Gang ou Union HP ont poussé pendant les années 2000, avant qu’une nouvelle génération prenne le relais avec Nido, Sosa Lossa, Essely ou Toxik. Ces deux dernières années, de nombreux talents émergent : Dala, qu’on a notamment entendu sur le dernier album de Booba, ou encore Niaks, qui a énormément gagné en visibilité et s’impose comme l’un des noms à suivre en 2022.

Avec ses textes plutôt denses, son univers street, et ses phases plus introspectives, l’univers de Niaks est peut-être celui qui est le plus représentatif du rap yvelinois actuel. Cet adn commun se retrouve chez une partie de la scène locale, avec des rappeurs en équilibre en deux époques. On peut donc entendre des sonorités modernes (rythmiques drill, beats trap) se marier avec des influences plus datées : les rappeurs de la nouvelle génération ont écouté le rap de leurs grands-frères, qui ont grandi sur du Ministère Amer, Lunatic, Ärsenik, et évidemment Express D. Ces références se retrouvent par exemple chez Reda, rappeur de Bougival dont l’univers est lui aussi dominé par les mêmes caractéristiques : du rap de rue teinté de moments très personnels, quelques phases d’égotrip, et surtout, beaucoup de kickage. Attention tout de même à ne pas résumer tout un département à un seul et même type d’orientation artistique. De nombreux univers musicaux différents émergent ces derniers mois ou ces dernières années, sous l’impulsion de Chanje (Vélizy), Jaasper (Conflans-Sainte-Honorine) ou encore Deadi (Poissy), un rappeur longtemps resté amateur avant de se faire connaître quasiment par hasard.

Particulièrement dynamique et variée, la scène actuelle du 78 a toutes les cartes en main pour devenir l’un des nouveaux pôles d’influence du rap français. Entre l’héritage de leurs aînés et l’ouverture aux sonorités modernes, les rappeurs des Yvelines ont trouvé l’équilibre idéal pour exprimer leur vision des choses avec leurs propres influences, dans leur propre décor. Après trois longues décennies d’existence, marquées par quelques gros succès, quelques classiques indémodables, et beaucoup de talents qui auraient mérité mieux, le rap du 78 est peut-être enfin arrivé à maturité.