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Ben PLG - capture clip
Ben PLG - capture clip

Ben PLG, né pour briller

Avec son deuxième album, Ben PLG s’impose comme l’un des rappeurs les plus intéressants de sa génération. Portrait d’un artiste sans filtres.

Décor terne et introspection : l’univers de Ben PNL

Le rap a-t-il des vertus thérapeutiques ? D’Akhenaton à PNL, des centaines d’artistes ont utilisé la musique comme un exutoire, couchant sur la feuille leurs doutes, leurs démons, ou leurs péchés. Si l’exercice a pu les aider à expulser des sentiments négatifs ou à effectuer un travail introspectif nécessaire pour aller de l’avant, il leur a aussi permis d’écrire quelques-uns des textes les plus importants de leur carrière, et surtout de toucher les auditeurs. En dévoilant à leur public leurs émotions les plus profondes, les moments les plus difficiles de leurs vies, les rappeurs français ont su offrir à leur discours une couche très personnelle et donner de l’épaisseur à leur discours.

Personne n’est plus intéressant que quand il se dévoile complètement : quand Ben PLG expliquait sa vision de la musique au cours d’une interview avec le média Keskia ! en 2019, il s’inscrivait déjà dans la continuité de ces artistes qui l’ont précédé sur le devant de la scène. Le rappeur de 30 ans livre ce vendredi Parcours accidenté, nouveau projet qui prolonge l’univers très personnel développé sur son premier album, Dans nos Yeux, qui avait particulièrement convaincu la critique en septembre 2020.

Le meilleur moyen de situer le personnage de Ben PLG est de se pencher sur son dernier single en date, Vivre et mourir à Dunkerque. En quelques secondes, on comprend l’essentiel. Avant même de lancer l’écoute, on est frappé par la référence à Alpha 5.20 et son classique Vivre et mourir à Dakar : Ben PLG est un véritable bousillé de rap français, en particulier de la scène des années 2000, ses textes renvoyant régulièrement aux discographies de Salif, Nakk ou Lunatic. Deuxièmement, on est immédiatement plongé dans le décor nordiste, une donnée particulièrement importante tant l’ensemble de son univers est indissociable de cette région.

Vivre et mourir à Dunkerque

Dès les premières mesures du premier couplet, on est plongé dans un monde beaucoup trop réel pour ne pas être ressenti : “cette année, on part pas en vacances parce qu'il faut changer la machine / T'as gagné un été dans la zone, p't-être une semaine chez tes cousines (à Dunkerque)”.  Dans chacun de ses textes, Ben PLG raconte la dure réalité d’une France qui survit aux abords du seuil de pauvreté. Sa vision du monde est irrémédiablement marquée par ces moments qui ont marqué son enfance, par ces repas constitués uniquement de pâtes au beurre, et par ces fameux “y’a mieux, mais c’est plus cher”.

Ce contexte, associé à un ancrage géographique qui ne permet même pas de rendre la misère meilleure au soleil (“on vient du Nord de la France, pour nous 14 degrés c’est le Sud”), ne pousse cependant pas le rappeur au misérabilisme. Ni larmoyante, ni même vraiment mélancolique, sa musique se pose comme une description brute et sans filtre de la vie quotidienne d’une famille française au bas de l’échelle sociale. Sa carrière naissante dans le rap lui offre aujourd’hui d’autres perspectives, mais le regard reste exactement le même : ma daronne remplit 20 frigos avec le prix d’un clip”.

Ben PLG rappe sa vie comme ses principaux modèles dans la musique. Si un rappeur comme Salif a tellement marqué son époque, c’est bien parce que chacune de ses phrases, chacune de ses interviews, respire le réel et le refus de raconter autre chose que son propre vécu. On retrouve le même type de mentalité et de discours chez Niro, un autre artiste régulièrement cité par Ben PLG dans ses textes. Le nordiste n’a pas forcément eu la même vie, a grandi dans un environnement différent, mais possède la même sincérité, la même capacité à laisser sa personnalité s’exprimer sans aucun filtre. Sa capacité à nous plonger dans les plus infimes détails de son quotidien (“j’écris sur le bruit du clignotant”) crée un lien très direct avec l’auditeur. Quand le rappeur raconte qu’il “parie des fins de mois en parties de dames”, il nous en dit beaucoup plus sur lui-même qu’en chantant une misère impersonnelle, rendant la réalité de son existence et de celle de ses semblables très concrète et simple à appréhender.

Du coeur, de l’envie, et de l’expérience

Côté vécu, deux albums suffisent à entrevoir la richesse de trois décennies de vie. Ben PLG a remplacé l’écu par le cœur, se nourrissant de l’amour de ses proches et partageant autant que possible sa force intérieure avec les autres. Concrètement, le cocon dans lequel a grandi le rappeur se retrouve aujourd’hui directement mis en avant dans son univers artistique : s’il cite régulièrement sa maman dans ses textes (ma daronne a matté Validé, elle veut appeler Sony pour négoce une distrib’”), il place également ses grands-parents sur les visuels de ses projets, dans ses clips, ou encore son petit frère dans ses vidéos. Côté redistribution, son parcours professionnel l’a fait passer par l’animation de vacances pour adultes en situation de handicap mental, et l’a mené à coacher de jeunes artistes manquant d’expérience à l’heure de monter sur scène.

Si Ben PLG peut se permettre de donner de tels conseils, c’est parce qu’il s’est déjà retrouvé face à plus de spectateurs que beaucoup de rappeurs confirmés et certifiés. Appelé à assurer des premières parties du Suprême NTM lors de leur passage dans sa région (Lille puis Bruxelles), l’auteur de Parcours Accidenté a rappé devant des stades pleins, face un public qui n’était pas venu pour lui, et qui ne le connaissait pas forcément. Un véritable baptême du feu, qui aurait pu lui brûler les ailes si l'événement s’était mal déroulé. Savoir gérer une telle pression, s’adapter et convaincre dans un tel contexte vous fait gagner quelques années d’expérience en moins d’une heure.

Malgré deux albums déjà très matures, Ben PLG est encore loin d’être arrivé au bout de son cheminement dans la musique. A l’image d’autres artistes partageant le même type de caractéristiques (sincérité, décor comme source d’inspiration, vécu qui marque de façon indélébile : on pense notamment à Jul), le nordiste pourrait écrire des dizaines d’albums sans jamais épuiser son propos ni donner l’impression de tourner en rond. Particulièrement touchant dans sa façon de se raconter et de tirer des leçons de son histoire personnelle, Ben PLG un rationalisme salutaire et une certaine distance sur les épreuves vécues. Malgré un parcours accidenté, il entrevoit enfin la lumière : “au fait, j’suis pas un putain de rappeur moi ? J’ai trente ans et j’ai tout mis dans la musique, ça fait pas de moi un putain de rappeur, ça ?”