MENU
Accueil
Aketo, une vie en dehors de Sniper
Écouter le direct
Aketo (Fifou)
Aketo (Fifou)

Aketo, une vie en dehors de Sniper

Auteur de l’EP "Confiserie" la semaine dernière (16 mai), Aketo a eu une vie en dehors de Sniper. On fait le point sur sa discographie solo.

Ces dernières semaines, le confinement a fortement freiné l’actualité du rap français, bouleversant les habitudes des artistes et des auditeurs. Certains rappeurs ont préféré attendre que la situation évolue pour reprendre l’activité (c’est le cas de la plupart des têtes d’affiche), d’autres ont profité de cette période si particulière pour expérimenter ou simplement se faire plaisir. Au delà des évidences (concerts annulés, pas de sorties d’albums en physique), beaucoup de nouvelles pratiques se sont imposées naturellement, comme l’apparition de challenges et battles, ou encore l’explosion du format EP. 

De façon plutôt inattendue, c’est Aketo qui apparaît aujourd’hui comme le grand vainqueur de ces dernières semaines : présent sur tous les fronts, il n’a jamais semblé aussi actif, et ressort de quarantaine avec une énergie nouvelle. Le "Paname All Starz Challenge" a littéralement cartonné, avec la participation de dizaines de rappeurs, des plus confidentiels aux grosses têtes d’affiche. L’occasion de rappeler un peu aux auditeurs l’importance d’un groupe comme Sniper pendant les années 2000, mais aussi de redonner aux artistes l’envie de performer juste pour le plaisir. Le regain d’intérêt autour de Sniper s’est également manifesté par l’organisation d’un battle en live avec la Fonky Family, représentée pour l’occasion par Sat. Chaque groupe a rejoué ses classiques, dans un bon esprit, laissant aux spectateurs le choix de désigner un vainqueur, ou plus simplement d’apprécier que deux groupes mythiques prennent le temps de jouer le jeu. 

Aketo ne s’est pas arrêté là, puisqu’il a profité du confinement pour envoyer quelques freestyles, et surtout pour livrer un projet solo, très court mais particulièrement bien accueilli par ses fans et par la critique. Produit à 80% par Madizm, cet EP intitulé Confiserie a pu surprendre ceux qui ne s’étaient jamais réellement penchés sur le travail d’Aketo en solo : ses influences sont en effet assez éloignées de ce qui peut ressortir de sa discographie en groupe. Considéré par le rappeur comme son "premier vrai projet solo", dans le sens où c’est le seul où il porte entièrement la tracklist sans s’appuyer sur de nombreux featurings,Confiserie pourrait ouvrir la voie à un disque plus consistant, ce qu’on espère franchement, étant donnée la qualité de cette mise en bouche. D’ici là, prenons un moment pour revenir sur le reste de la discographie hors-Sniper d’Aketo, avec quelques très bons titres à redécouvrir (ou à découvrir, pour les plus jeunes). 

"Cracheur 2 Venin" (2007)

Sorti en 2007, quelques années après les très gros succès de Sniper, Cracheur de Venin surprend à l’époque, pour plusieurs raisons. Le format, d’abord : un street CD aux allures de mixtape, avec une trentaine d’invités et seulement deux titres solo ; ensuite, le redimensionnement assumé du statut d’Aketo : de superstar en grosse rotation radio avec Sniper, il devient l’auteur d’un projet presque confidentiel, à la promo extrêmement légère et  à la distribution limitée (8000 exemplaires) ; enfin, les sonorités, thématiques et ambiances l’éloignent parfois radicalement de ce que l’on connaissait de lui jusqu’ici. Aketo se fait plaisir, se lance plus facilement dans l’égotrip que dans les longs textes conscients ou introspectifs, et pose sur des prods que l’on n’attend pas, inspirées par exemple par les scènes du Sud des Etats-Unis. 

Avec ce street-CD, Aketo s’offre une véritable cour de récréation, à une époque de transition dans sa carrière. Le choix des invités est l’un des plus beaux panels du rap français de la deuxième moitié des années 2000 (Sefyu, Sidi-O, Salif, Alkpote, Iron Sy, etc), et s’est fait dans une volonté de challenge assumée, comme le racontait Aketo à l’Abcdrduson en 2013 : “Cracheur 2 Venin, je l’ai fait pour me mettre en danger. J’invitais des mecs dont je savais qu’ils allaient me mettre au pied du mur. Parfois, ils arrivaient, faisaient leur couplet, je n’avais même pas écrit et je me disais : « Oh là là, dans quelle merde je me suis mis ! »

Mixtape gratuite (2010)

Il ne s’agit pas d’un projet officiel faisant partie de la discographie d’Aketo, mais la mixtape gratuite distribuée sur différents forums en 2010 aura au moins été validée par le rappeur, qui la partage à l’époque sur sa page Facebook. Plus un bootleg qu’un véritable projet, cette "mixtape gratuite avant l’album" regroupe les différentes apparitions d’Aket’ sur des compilations, albums et featurings. Peu de réels enseignements à en tirer, donc, si ce n’est que le rappeur est particulièrement productif à cette période, avec une quantité industrielle de collaborations, aussi bien avec des noms connus qu’avec des artistes confidentiels, et quelques posse-cuts au casting phénoménal. 

"Petits meurtres entre amis" (2015)

Projet court (9 titres) orchestré par DJ Weedim, Petits meurtres entre amis réunit deux artistes aux profils a priori opposés : Aketo, donc, et Sidisid, moitié du groupe Butter Bullets. Pourtant, l’association fonctionne à merveille, à tel point qu’on n’a jamais entendu Aketo se lâcher autant sur disque -il ouvre d’ailleurs le projet sur “c’est le genre de prod qui m’inspire, ça me donne envie d’écrire les pires saloperies” puis se permet même un refrain composé uniquement d’une répétition de “petite branlette, petite branlette(Je reste de marbre). Entre prods trap, sonorités venues droit des cimetières de Memphis (Je sais) thématiques légères (Grinder, le titre Joeystarr) et autodérision (j’me dois d’être costaud dans ma tête, regarde comment j’suis galbé), le Sniper lâche une quantité phénoménale de punchlines, s’essaye à l’autotune, et brise définitivement l’image laissée par ses albums en groupe une dizaine d’années plus tôt. 

"Confiserie" (2020)

Le dernier né, donc, particulièrement bien accueilli par tous ceux qui ont eu l’occasion de l’écouter. Cinq titres seulement, c’est très court, mais c’est aussi un véritable concentré de tout ce que sait faire Aketo : de l’introspection, des gros égotrips, des enchaînements de références à l’ancienne (“Roi sans couronne, chacun pour soi pour macker le biz”) et à la nouvelle génération (“Ounga, Ounga, PNL”) ou à ses propres influences US (Juicy J, UGK). L’occasion pour Aketo de démontrer une fois de plus qu’il sait faire des choses très différentes de ce qu’il a pu faire avec Sniper, mais aussi de rappeler que techniquement, son expérience et ses qualités lui permettent encore aujourd’hui de se placer au-dessus de la mêlée. 

La suite (été 2020 ?)

Confiserie partie 2, ou du moins un projet "plus consistant" que cet EP 5 titres, c’est ce qu’a laissé entendre Aketo ces derniers jours sur twitter. Enthousiasmé par les excellents retours reçus au sujet de ce projet court, Aketo pourrait donc enfin nous livrer son premier véritable album solo, avec beaucoup d’attentes aussi bien de la part de ses nouveaux fans que de ses auditeurs de la première heure. Ces derniers attendent désespérément l’album depuis une décennie entière, puisqu’entre les annonces, les reports et l’annulation, Une petite vie 100 histoires est resté un projet inachevé. 

Une petite vie 100 histoires (sortie annulée)

Le fameux premier véritable album solo d’Aketo aurait donc dû être celui-ci. Annoncé dès 2009, sa sortie est alors en bonne voie après la diffusion d’un premier extrait, Smile, disponible à l’époque sur Myspace. Malheureusement, le rappeur perd quelques années et relance le projet en 2013 avec un contrat chez Believe et le clip d’Accoutumance. A l’époque, on se dit que c’est enfin le bon moment pour Une petite vie 100 histoires, mais à force d’être repoussée, la sortie est finalement annulée. 

The Lost Tapes (un jour peut-être ?)

Évoqué dans l’émission La Sauce sur OKLM en 2018, l’idée de mixtape réunissant tous les titres enregistrés mais jamais sortis d’Aketo pourrait aboutir un jour. Tout est très hypothétique bien entendu, mais la possibilité existe : “Une petite vie 100 histoires, c’est un projet avorté. Après, peut-être qu’un jour je sortirai une lost-tape (rires). Mais bon, depuis cette époque, je n’ai pas arrêté de faire des morceaux. Les disques durs sont remplis, ils se remplissent encore. Je préfère sortir ce que j’ai de plus récent. Le stock … on verra, on fera un vide-grenier à un moment donné, je vais tout décoffrer (rires). 

Les collaborations hors albums 

Malgré une discographie solo qui reste assez famélique en comparaison avec le travail effectué en groupe, Aketo a toujours pris le temps de collaborer avec énormément de rappeurs, du haut de l’affiche aux bas-fonds de l’underground. Parmi les titres qui ont marqué les esprits pour une raison ou une autre, il était par exemple présent sur le Paname Boss de La Fouine (avec Tunisiano) ou sur l’album L’Empereur d’Alkpote (Souvenir du Bled). Impliqué également sur des compilations, on le retrouve à l’affiche d’Au Coeur du Drame Vol.2 avec le clip Au Pied du Mur ou le titre La kermesse des rescapés. Plus surprenant, on le retrouve également en 2010 sur une mixtape commune entre DJ Whoo Kid (G-Unit) et Gak (le rappeur niçois) aux côtés de Faf Larage, Lil’ Fame (du groupe new-yorkais M.O.P) ou encore Bouga. 

DJ Whoo Kid et Gak cover
DJ Whoo Kid et Gak cover

Un livre pour conclure en beauté ? 

Auteur d’un blog extrêmement intéressant (qu’on vous invite à découvrir si vous n’êtes jamais tombé dessus) intitulé logiquement_Une petite vie 100 histoire_s, Aketo est déjà revenu en long et en large sur ses débuts dans le rap, livrant des anecdotes des coulisses (rencontre avec NTM en 1998, avec MC Jean Gab1 avant la sortie de J’t’emmerde, etc) avec une véritable ambition autobiographique. Si le blog n’a plus été mis à jour depuis trois ans, Aketo a évoqué ces dernières semaines la volonté de reprendre le projet : “je bosse sur la suite, l’idée serait d’en faire un bouquin”, a-t-il lâché innocemment en avril. Un projet ambitieux, donc, qui peut prendre du temps, mais qui constituerait une belle page d’histoire du rap français.