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2020, l’année des come-backs ?
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Sexion d'Assaut (Patrick Fouque)
Sexion d'Assaut (Patrick Fouque) ©AFP

2020, l’année des come-backs ?

Fibre nostalgique pour les fans, nécessite de fraîcheur :on vous a listé les retours dans le rap game en 2020.

Revenir dans le rap après des années d’absence n’est jamais une chose facile. L’une des grandes difficultés pour un artiste sur le retour est de trouver le bon équilibre entre la fibre nostalgique, qui peut lui permettre de retrouver une partie de sa fan-base sans trop d’efforts, et la nécessité de fraîcheur. Convaincre les nouveaux auditeurs ou rappeler aux anciens que l’on a gardé la forme n’implique pas forcément de coller aux tendances les plus actuelles, mais simplement de maintenir un niveau de performance équivalent à celui de ses années de gloire, sans quoi le grand retour risque de tomber à plat.

Ces derniers mois, la question du come-back engendre cependant de moins en moins de calcul de la part des artistes. C’était le cas avec Sniper en 2018 ou Sefyu en 2019, ça l’est encore d’avantage cette année : Casey avec Ausgang, Zekwe en freestyle, ou Lalcko et sa productivité inattendue ... L’ambition générale affichée tient plus dans le plaisir de créer et l’échange avec les auditeurs que dans une réelle volonté de faire du chiffre, de rentabiliser le retour ou de retrouver une gloire passée. Ce constat est bien évidemment fonction du profil des artistes cités : ainsi, on imagine mal les retours de Gradur (2019) ou Sexion d’Assaut (2020 ?) se faire sans viser les premières places des charts.

Ceux qui visent toujours le top : Sexion d’Assaut

L’un des plus grands succès de toute l’histoire du rap français, arrivé à une période charnière : la crise de l’industrie du disque à la fin des années 2000 a ralenti la dynamique générale et laissé du monde sur le carreau, et le vent de nouveauté apporté par le collectif lui permet alors de monter rapidement en puissance. Le contexte est propice, et la Sexion cartonne comme peu de groupes avant. Par la suite, les velléités solo de certains membres, et quelques désaccords contractuels, mettent un frein à la productivité du groupe.

Attendu depuis des années par les fans de J R O Chrome et consorts, le retour se précise cette année, avec des annonces concrètes et autant de raisons d’espérer que de s’inquiéter. Le contexte n’est plus du tout le même, le monde du rap a changé sur tous les plans, et il sera difficile de jouer sur la notion de fraîcheur ; en revanche, l’aura des leaders médiatiques du groupe a été multipliée entre temps, et l’impact d’un nouvel album sera forcément plus fort qu’il y a 10 ans.

Celle qui n’est jamais partie mais qu’on est quand même content de retrouver : Casey

Sa discographie est aussi longue que consistante, mais Casey a vu sa productivité en studio diminuer ces cinq dernières années, avec une longue période de creux entre deux projets collectifs : Toute entrée est définitive (avec Asocial Club) en 2015 et Gangrène (avec Ausgang) en 2020. Particulièrement attendu, ce dernier a pu profiter de la petite dimension événementielle du come-back, malgré le fait que la rappeuse ne soit jamais réellement partie. L’essentiel réside dans le fait que le projet ait convaincu et que le propos principal (les pionniers du rock sont des musiciens noirs) ait été retenu.

Le cas de Casey, un peu comme celui d’artistes comme Ali ou Flynt, est assez particulier : il s’agit de profils qui peuvent se permettre de ne pas avoir une actualité fournie chaque année, et envoyer un nouveau projet une fois tous les cinq ans sans perdre l’attention des auditeurs. Casey, en particulier, mise énormément sur la scène, Gangrène étant d’ailleurs un projet construit pour être joué en live.

Celui qui fait plaisir aux anciens : Hill G

Toute une génération avait fondé un maximum d’espoirs sur le tandem Ill-Cassidy à la fin des années 90, avec des promesses partiellement tenues. Au top de leur forme à l’époque, les X-Men n’ont pas réussi la transition des années 2000 : relation compliquée avec 45 Scientific, nouvel album qui tarde, projets solo arrivés trop tard … Le vrai retour du groupe ne se fait qu’en 2015, avec Modus Operandi, un EP qui fait plaisir aux fans irréductibles, mais ne remet pas le groupe aux sommets. Ill, dit Hill G, continue aujourd’hui son chemin en solo, avec un nouvel album annoncé et déjà teasé. On sent bien que l’idée est avant tout de se faire plaisir et de re-pratiquer un sport dans lequel il a excellé, sans forcément viser d’objectifs précis.

Celui qu’on n’attendait plus : Zekwe dit Zek le Survivant

Beatmaker à ses débuts, Zekwe s’est fait remarquer à partir de 2006-2007 en produisant pour les artistes de de l’écurie Néochrome, puis en prenant lui-même le micro. Sa montée en puissance progressive aboutit à quelques projets en solo ou à plusieurs, mais la santé capricieuse du label ne lui permet pas de décoller définitivement. Malgré un step-up franchement intéressant sur la période 2014-2016, Zekwe se lasse, et ralentit son activité de rappeur jusqu’au point mort.

On croit avoir perdu définitivement un rappeur aussi original que doué, d’autant que l’on comprend qu’il a choisi de se concentrer sur des activités en lien avec le monde de la musique, mais dans l’ombre : auteur, compositeur, directeur artistique d’appoint, évidemment beatmaker, et moult casquettes. Belle surprise, donc, de le réentendre en freestyle le mois dernier chez Grünt, puis sur un format confinement totalement dans l’esprit Zek : une prod composée à partir du son de trois fourchettes, une décomplexion totale, et l’envie de se faire plaisir avant tout.

Ceux que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître : Le 3ème Oeil

Resté dans les mémoires des auditeurs de rap français de la toute fin des années 90 grâce à des titres comme La Vie de Rêve_ou _Hymne à la Racaille, le groupe marseillais 3ème Oeil a connu son apogée avec le succès de l’album Hier, aujourd’hui, demain en 1999, avant de retomber progressivement dans l’anonymat. Après une décennie 2000 marquée par des apparitions en continue de Jo Popo et Boss One sur des featurings avec le reste de la scène marseillaise ou sur des compilations, le groupe semblait avoir définitivement tourné la page -malgré quelques concerts et festivals.

L’annonce de leur retour, via Facebook début mars, est donc une vraie surprise, complètement inattendue de la part des anciens fans du groupe. Aucune indication n’a été donnée au sujet d’une date de sortie, mais on sait déjà qu’il s’agira d’un album, et que Soprano sera de la partie. Etant donné le statut d’anciens de Jo Popo et Boss One, on pourrait retrouver pas mal de beau monde de la scène marseillaise.

Celui qui est revenu plus productif que jamais : Lalcko

Absent des terrains depuis 2012 et la fuite de l’album Les diamants sont éternels, enregistré en 2004 et jamais sorti, Lalcko n’avait donné signe de vie depuis qu’en offrant des inédits à l’Abcdrduson pour une mixtape aux airs de Black Album en 2015. Il est donc assez improbable de se dire qu’il a déjà publié six projets en 2020. Tous ne sont pas totalement inédits, certains ne sont que des rééditions améliorées, mais les faits sont là : les fans de Lalcko, habitués à avoir une demi-douzaine d’années devant eux pour digérer chaque album, ne savent plus où donner de la tête.

Celui qui a toujours été là, et sera toujours là : Zoxea

Entre sa semi-annonce de retour de IV My People (sans Salif, donc bon) et ses messages un brin cryptiques sur les réseaux sociaux (“des news à la Zoxeaokapt seront bientôt dans les bacs”), difficile de démêler ce qu’il va vraiment se passer du côté de Zoxea au cours des prochains mois. Présent dans le paysage rap français depuis le milieu des années 90, le rappeur boulonnais a été moins actif ces dix dernières années, mais n’a jamais annoncé de fin de carrière. Un nouveau projet est attendu depuis 2012, difficile de dire si cette année sera la bonne, mais une chose est certaine : Zox n’a pas prévu de raccrocher le micro.

L’âge d’or du rap de rue, le retour

Entre la fin des années 2000 et le début des années 2010, toute une génération de rappeurs se retrouve autour de grandes lignes communes : univers street, style décomplexé, parcours dans le rap déjà bien entamé (Zesau, Sazamyzy, Juicy P …). Certains se réunissent d’ailleurs pour enregistrer un album commun jamais sorti, Etats-Unis d’Afrique. Qu’ils aient ralenti l’activité ou totalement mis de côté leur carrière de rappeur, beaucoup d’entre eux n’ont plus donné beaucoup de nouvelles à leurs auditeurs ces dernières années. 

Entre featurings avec la nouvelle génération (Juicy P ft Koba LaD, Sazamyzy feat Kalash Criminel et Freeze Corleone), nouveaux projets, et titres inédits, une bonne partie d’entre eux a repris les affaire en main ces derniers mois. Vers un nouvel âge d’or du rap de rue ?