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1991, retour sur une année fondatrice pour le rap français
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JoeyStarr et Kool Shen, Eurockéennes, 1996 (Eric CATARINA/STILLS/Gamma-Rapho)
JoeyStarr et Kool Shen, Eurockéennes, 1996 (Eric CATARINA/STILLS/Gamma-Rapho) ©Getty

1991, retour sur une année fondatrice pour le rap français

Situer précisément la date de naissance du rap français est un exercice difficile, qui provoque inévitablement des débats. Mais ce n’est qu’en 1991 que le rap français devient enfin incontournable

Situer précisément la date de naissance du rap français est un exercice difficile, qui provoque inévitablement des débats. On considère généralement que le premier album du genre est l'œuvre de Dee Nasty, avec Paname Rappin’ City en 1984. D’autres artistes produisent des albums ou des maxis pendant les années 80 : Sidney, le duo Destroy Man & Jhonygo, ou encore Lionel D. Ces publications éparses témoignent de la montée en puissance du mouvement hip-hop en France, mais restent trop marginales pour réellement influer sur l’industrie du disque. 

En 1990, alors que Benny B signe le premier gros single de rap en français avec Vous êtes fous !, des groupes comme IAM et NTM publient leurs premiers projets : la mixtape Concept pour les marseillais, le maxi Le Monde de Demain pour les séquano-dyonisiens. Signe que le marché du rap français prend de l’ampleur, Virgin, par le biais de son label Delabel, produit une compilation réunissant les principaux talents d’un genre émergeant : Dee Nasty, , IAM et NTM, mais aussi EJM, New Generation MC, ou Assassin. 

Ce n’est qu’en 1991 que le rap français devient enfin incontournable. Un véritable rythme s’installe enfin : suffisamment de sorties s'enchaînent tout au long de l’année (Dee Nasty, EJM, Daddy Yod, Saliha, Sens Unik, etc), de nouveaux noms font leur apparition … Évidemment, la situation n’a rien de comparable avec le marché actuel : on publie autant de projets aujourd’hui en un seul vendredi, qu’on en publiait en douze mois à l’époque. 

Le premier album du Suprême NTM

Les débuts du Suprême NTM sont au cœur de l’actualité depuis quelques semaines et la publication de la bande-annonce du biopic du groupe. Pour revenir à cette genèse, le plus simple reste de se tourner vers Authentik, premier album du Posse. Côté invités, on retrouve Yazid et Mr 3, qui ne sont pas vraiment un invité puisqu’il font partie de l’entité Suprême NTM à l’époque, mais aussi Rockin Squat’ (Assasin) et Jaeyez (Afrojazz). 

Particulièrement important dans l’histoire des premiers pas du rap français, Authentik résume toute l’urgence sociale vécue par les banlieues à la fin des années 80 et au début des années 90. Certains textes, notamment Le Monde de Demain, sont tellement actuels qu’ils pourraient être écrits aujourd’hui. D’autres éléments, qui deviendront essentiels dans la majorité des albums de rap français ensuite, sont déjà présents : la dimension freestyle / égotrip, le storytelling (Soul Soul), mais aussi l’introspection (Quelle gratitude). On a aussi droit à quelques phases de pur hardcore : en posant calmement “inventeur de la sodomie verbale, j’ouvre aussi les trous de balle”, Kool Shen faisait du Alkpote avant l’heure. 

IAM : trois projets en un an. 

On a tendance à être impressionné par la productivité de Jul, qui publie en moyenne 4 albums par an, mais que dire de celle d’IAM en 1991 ? A l’époque, sortir un seul disque est une entreprise titanesque : pas de home-studio, l’obligation de trouver un distributeur, de presser les disques … Avec deux maxi et un album au cours de la même année, le groupe marseillais fait déjà preuve d’une productivité effrayante. Évidemment, c’est l’album qui marque les esprits, même s’il est inévitablement un cran en dessous des projets qui suivront au cours des années suivantes (Ombre Est Lumière, L'École du Micro d’Argent). 

L’essentiel de l’univers d’IAM est déjà présent, avec des références mystico-mythologiques (Kheops appartient à l’horizon), une propension au storytelling (Attentat), une forte revendication de l’identité marseillaise (Je viens de Marseille), la méfiance envers la politique (Le nouveau Président), une grosse dose de dénonciation / revendication (Non-soumis à l’Etat), sans oublier le second degré (les interludes Lève ton slip, Crack …).  

Saliha : le rap n’est plus réservé aux hommes

En 2021, le rap français est encore très loin d’une situation de parité. Les rappeuses sont encore peu nombreuses sur le devant de la scène, et depuis Diam’s, aucune n’a été numéro 1 des charts. Il y a trente ans, la situation n’était évidemment pas meilleure, mais proportionnellement, elle n’était en fait pas si différente : sur la douzaine d’artistes à avoir publié un projet rap en 1991, on ne compte qu’une seule femme. Faites le calcul aujourd’hui en prenant un vendredi au hasard : sur 12 projets publiés, combien sont l'œuvre de rappeuses ? 

Saliha, rappeuse de Bagneux, peut donc se targuer d’avoir été la première femme à avoir sorti un album de rap en France. A seulement 20 ans, elle publie Unique chez Virgin. Le succès n’est malheureusement pas au rendez-vous, et malgré un deuxième album en 1994, sa carrière ne décolle pas. Avec les Ladies Night, Sté Strausz, B-Love ou Destinée, elle fait partie des pionnières du rap français, secouant les mentalités d’un milieu encore très masculin, et ouvrant la voie à d’autres artistes féminines. 

L’acte de naissance d’Assassin

En 1991, le groupe Assassin, déjà actif dans toutes les branches du hip-hop depuis des années, publie enfin son premier projet, un Maxi de 4 pistes intitulé Note mon nom sur ta liste. Produit par Doctor L, le groupe composé de Solo et Squat s’impose rapidement comme l’un des piliers du rap underground, se plaçant rapidement en opposition avec une partie de la scène française, récupérée par les majors. 

Les textes d’Assassin sont déjà très engagés, notamment le titre Esclave de notre société, que Rockin’ Squat ouvre par une phrase qui reviendra ensuite régulièrement dans sa discographie : “Je ne veux pas faire de politique, ma mission est artistique. 

es premiers pas du Ministère A.M.E.R

Quelques années avant de livrer l’un des albums les plus importants de l’histoire du rap français (95200, en 1994), le Ministère A.M.E.R commence à faire parler de lui. Un premier maxi, Traîtres, paraît en indépendant, mais n’a pas droit à une diffusion très large, et passe logiquement inaperçu. En revanche, le groupe effectue ses premières apparitions sur Radio Nova, et surtout, en télévision. Comme beaucoup de rappeurs français à l’époque, le tout premier clip du groupe est en effet réalisé dans le cadre de l’émission RapLine, animée par Olivier Cachin sur M6. Le titre Traîtres est donc considéré comme le tout premier single du Ministère A.M.E.R : étant donné ses paroles assez crues et l’image hardcore du groupe, il est étonnant, avec le recul, qu’il ait été mis en avant par une chaine aussi grand public.