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Summer Walker, la nouvelle superstar qui bouleverse les codes du R&B
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Summer Walker - performance au Tonight Show de Jimmy Fallon
Summer Walker - performance au Tonight Show de Jimmy Fallon ©Getty

Summer Walker, la nouvelle superstar qui bouleverse les codes du R&B

Passée d’illustre inconnue à superstar mondiale du R&B, Summer Walker fascine par ses prouesses vocales autant que par sa personnalité sulfureuse.

En a peine quatre ans, Summer Walker est passé de chanteuse du dimanche donnant de la voix devant le miroir de sa salle de bain à l’une des plus grandes stars de ces dernières années. Cette phrase fait sourire, mais illustre à elle seule la folle ascension de la jeune artiste originaire d’Atlanta. Au sommet des charts depuis sa première collaboration avec Drake, elle est désormais indissociable du paysage R&B contemporain.

Si sa voix envoûtante a assurément fait chavirer le cœur de nombreuses personnes, sa personnalité border line est loin de mettre tout le monde d’accord. Mais quoi que l’on pense d’elle, c’est justement l’association de ces deux traits de caractère foncièrement opposés qui ont fait le sel et le succès de la demoiselle. Revenons ensemble sur le parcours à la fois extraordinaire et chaotique de Summer Walker.

A star is born

Avant de régner en queen au sommet du R&B et de collaborer avec de grands noms de la musique tels que Drake, Usher, Pharrell et Partnextdoor, Summer Walker a dû faire son trou. Et comme la plupart des chanteuses à succès, c’est sur Youtube qu’elle fera ses premiers pas dans la musique, en postant des covers à la guitare et au piano. Influencée par des artistes de légende, de Jimmy Hendrix à Amy Winehouse en passant par Erikah Badu, elle n’a que dix-sept ans lorsqu’elle livre l’une de ses premières interprétations marquantes : une reprise du morceau de Drake, « A Night Off ». Alors oui, elle est jeune, mais ces talents vocaux ne trompent pas : elle a déjà l’étoffe d’une véritable star.

Une future star qui s’ignore encore, alors qu’elle va malheureusement se retrouver frappée de plein fouet par le divorce de ses parents. Très affectée par la situation, elle va se renfermer sur elle-même, cultiver sa solitude pour finalement trouver refuge dans la musique. Comme bon nombre d’entre nous, elle se sert de cet art pour cristalliser ses sentiments et ses émotions, mais contrairement au commun des mortels qui se contente de rester auditeur. En effet, la jeune femme ne tardera pas à sortir ses propres chansons, la musique étant devenue son principal moyen d’expression.

Elle chantait d’abord dans sa salle de bain, mais consciente de ses talents et forte d’une mentalité de hustler, elle a une révélation. Elle se dit que la musique peut devenir un moyen pour elle de faire de l’argent rapidement et lui offrir un train de vie confortable. C’est alors qu’elle poste ses premières covers sur Vine (RIP) et Youtube en 2013 sous le pseudonyme bien vulgaire de Punani96Tsunami. Adopter un blase faisant explicitement référence à son vagin, c’est consternant, mais il s’agit sans doute d’un hommage à son activité professionnelle de l’époque. Ah oui… Précisons que Summer Walker est pour l’heure travailleuse du sexe à plein temps, danseuse dans un strip club d’Atlanta plus précisément.

Après avoir signé quelques covers à sa sauce, c’est réellement début 2017, lorsqu’elle publie sur sa chaîne, un mashup des morceaux « Fake Love » de Drake, « Black Beatles de Rae Sremmurd, « Pony » de Ginuwine et « Yes » de Beyoncé avec deux guitaristes que les choses vont s’accélérer pour elle. Elle s’offre un petit buzz, décide de migrer sur Instagram pour définitivement adopter le blase de Summer Walker.

A l’heure où elle cherchait à se forger une nouvelle identité artistique  en créant davantage de morceaux originaux, elle est découverte par accident par la directrice artistique du label LVNR qui, étonnante coïncidence, porte le même prénom qu’elle. Pour l’anecdote, c’est en cherchant son nom sur Google que la mangeuse est tombée sur les vidéos de sa nouvelle pépite. Sous le charme de sa voix, son homonyme s’empresse alors de la signer pour lui offrir une carrière digne de ses talents vocaux. C’est la chance de sa vie et Summer Walker décide de se consacrer pleinement à la musique.

Dans la foulée, elle sort sa première Last Day of Summer, un projet sur lequel elle travaillait déjà avant sa signature. Son premier single est acoustique et s’intitule « Session 32 ». Le morceau va progressivement commencer à intéresser le public tant cette proposition se situe bien loin des standards R&B du moment. Ce titre lui ouvre les portes d’une grande carrière, mais ce n’est rien comparé au succès qu’elle rencontrera avec son morceau suivant, « Girls Need Love ».

Une nouvelle fois, le public va adorer, mais plus encore, elle va carrément taper dans l’œil d’un certain Certified Lover Boy, plus connu sous le nom de Drake. La légende raconte qu’il a découvert le clip du morceau « Girls Need Love » sur l’écran de télé d’un bowling dans lequel il jouait un soir. Il en est si fan qu’il se permet de contacter la jeune chanteuse par message privée pour lui dire à quel point sa musique l’a touché. Évidemment, elle n’en croit pas ses yeux, et dans un élan de culot, profite de l’occasion pour lui demander une collaboration. Contre toute attente, il accepte et c’est la consécration pour Summer Walker, qui on le rappelle, a débuté en faisant des covers de Drake. Voilà comment le rappeur de Toronto s’est retrouvé avec elle le remix de « Girls Need Love ».

Après quoi, effet Drake oblige, tout le monde se l’arrache et Summer Walker devient une star du jour au lendemain. Les étoiles sont alignées et c’est le moment idéal pour elle de sortir son premier album Over It. Dévoilé en octobre 2019 et galvanisé par le buzz de sa collaboration avec Drizzy, son album débutera à la deuxième place du Billboard la semaine de sa sortie. Mieux encore, avec ce premier opus, Summer Walker battra un record de l’industrie musicale. Encore aujourd’hui, elle est l‘artiste R&B féminine qui jouit du meilleur lancement de l’histoire pour un premier album.

Mais au-delà des chiffres, ce projet est une véritable perle du genre. Il ramène une vibe nouvelle bien loin des standards du R&B actuels et livre un cocktail d’émotions poignantes. Les productions signées de la main de maître de son compagnon de l’époque, le beatmaker London On The Track subliment sa voix et l’association des deux promet de faire fondre n’importe quel cœur de pierre.  

Mais ne vous fiez pas trop à la mélancolie romantique qui transpire dans la musique de Summer Walker. Ces élans vocaux, introspectifs et émotionnels dressent le portrait d’une femme pleine de contradictions. D’ailleurs, il n’aura pas fallu bien longtemps avant que la controverse ne vienne se mélanger à sa nouvelle vie pleine de strasses et de paillettes.

Une vie de polémiques

Nous y voilà, son premier album sorti, il n’aura fallu rien de plus pour faire de Summer Walker une superstar. Dans la continuité du succès critique et commercial de son opus, elle ne tardera pas à rafler des  récompenses. La « meilleure nouvelle artiste » couronnée au Soul Train Awards par exemple, c’est elle. Mais alors que ce moment aurait dû être empli de joie, c’est tout le contraire qui va se passer.

De nature introvertie et solitaire, Summer Walker n’a jamais été très à l’aise en interview et autre apparition publique. Or, lorsqu’elle monte sur scène pour récupérer son trophée, elle apparaît tétanisée et son discours de remerciement deviendra la risée d’Internet et fera la une de Malaise TV. Summer ne peut plus le cacher désormais, elle souffre en réalité de phobie sociale et d’anxiété au quotidien. Pour sa défense, passer du jour au lendemain de nana introvertie et solitaire à une superstar mise sous les feux de la rampe aurait fait tourner la tête à n’importe qui.

Mais on a beau faire preuve d’empathie dans cet article, comme le dit si bien Niska, le monde est méchant et Summer Walker va s’attirer les moqueries d’une frange haineuse du public, y compris de certains spécialistes du milieu comme Joe Budden. Une situation incompréhensible quand on sait à quel point les problèmes de santé mentale ont pris une place importante dans la débat public ces dernières années. Quoi qu’il en soit, le mal et fait et la pression morale qui découle de ce bashing est trop forte et la chanteuse. Au bord de l’explosion, elle décide d’annuler les vingt dernières dates de sa tournée.

On ne sait pas si c’est ce coup dur qui lui a fait péter un plomb, mais c’est juste après cette histoire que Summer s’est enlisée dans une série de comportements exécrables. Retards abusifs pour ses concerts, dramas à répétition avec les « baby mama » de son désormais ex-compagnon London on The Track ou encore accusations de mauvais traitements et malnutrition sur sa fille tout juste née, ce ne sont là que quelques exemples de ce qui est reproché publiquement à la chanteuse.

Mais le pire est arrivé lorsqu’elle a décidé de prendre position pendant la pandémie de Covid -19. En effet, elle fut parmi les premières à affirmer haut et fort que le virus était un complot orchestré par les Chinois pour contrôler et réguler la population mondiale. Elle a évidemment tout à fait le droit d’exercer sa liberté d’expression, mais là où ça pèche, c’est que Summer Walker n’a pas assumé ses propos publiquement et s’est servie d’un « burner account », autrement dit un faux compte pour publier ses fake news et autres théories conspirationnistes. Évidemment quand le public l’a découvert, elle s’est pris un torrent de haine et, ne voulant pas se conformer aux règles sanitaires, elle a carrément été déprogrammée des BET Awards, cérémonie lors de laquelle elle devait performer le soir même. Quand on y pense, rarement le R&B n’avait eu une représentante aussi sulfureuse et dissidente que Summer Walker.

C’est dans ce contexte qu’est sorti de son nouvel album, Still Over It, le 5 novembre dernier. Mais au diable la tempête médiatique puisque c’est bien connu, la controverse fait vendre et n’a jamais empêché personne de se hisser sur le toit du monde.

Superstar controversée, mais superstar quand même

Comme on pouvait s’y attendre, le raz-de-marrée Still Over It a bien eu lieu. Heureusement pour la chanteuse, ses sorties médiatiques défrayant la chronique n’ont rien enlevé à la qualité de sa musique. Avec une voix toujours aussi envoûtante et des collaborations de prestige avec Cardi B, Pharrell, SZA, Ari Lenox ou encore Omarion, Summer Walker est parvenue à confirmer son succès en synthétisant sur ce deuxième disque, le meilleur de son génie artistique. Commercialement parlant, elle a évidemment battu tous ses précédents records.

Sans surprise, Still Over It s’est directement hissé à la première place du Billboard 200 américain en cumulant 166 000 ventes en première semaine. Pour la première fois de sa carrière, Summer Walker a donc logiquement débuté à la place de numéro un. Un succès historique puisque l’album  peut se vanter d’avoir accompli le meilleur démarrage commercial d’une artiste R&B féminine depuis l’album Lemonade de Beyoncé sorti en 2016. Et ce n’est pas tout puisque la chanteuse s’est même carrément payée le luxe de classer 18 de ses chansons simultanément dans le top singles du Billboard Hot 100. Par ce score, elle égale le record de Taylor Swift, qui était à ce jour la seule artiste féminine de l’histoire à avoir réussi un tel exploit.

Tout ça rappelons-le, la chanteuse l’a accompli en à peine quatre ans de carrière. Avouez tout de même qu’en dépit de toutes les controverses dont elle a fait l’objet, ça force le respect. Fascinante autant par sa voix sublime que par son caractère bien trempé qui trop souvent fait rager, Summer Walker est une star et compte bien le rester.